Sambre: aux Alcooliques Anonymes, les vies se réparent au jour le jour

Publié le par kreizker

in "La Voix du Nord" (France), 14 septembre 2015

Chaque mercredi soir, le centre socioculturel de l’Épinette, à Maubeuge, accueille la réunion des Alcooliques anonymes. Entre abstinents de longue date et nouveaux venus souhaitant lutter contre leur dépendance, chacun semble trouver ici la force d’avancer au jour le jour dans ce combat sans fin.

Sambre: aux Alcooliques Anonymes, les vies se réparent au jour le jour

Ce jour-là, ils ne sont que quatre, réunis autour de la table du centre socioculturel du quartier de l’Épinette. Des abstinents de longue date, venus, comme chaque mercredi ou presque, « recharger les batteries » pour la semaine. Devant eux, des canettes de sodas, des bouteilles d’eau et les livres dans lesquels ils puisent les pensées du jour, point de départ de chaque réunion des Alcooliques anonymes (AA). Là, chacun est libre de s’exprimer ou non, de confier ses craintes, de partager son expérience.

Son histoire avec l’alcool, Michel (le prénom a été modifié), abstinent depuis 30 ans, a l’habitude de la raconter. La longue descente aux enfers et la reconstruction, grâce aux AA. « Je me suis enfoncé tout doucement dans l’alcool. » Des premiers verres partagés avec les copains, « pour combattre la timidité », Michel a rapidement franchi les étapes. « J’ai fini avec du vin en litre, le moins cher. Je le cachais chez moi pour que ma femme ne s’en rende pas compte. Le plus difficile c’est quand on recevait du monde à manger. J’avais installé un programmateur sur le compteur électrique avec deux fils qui se touchaient, pour faire sauter le courant en plein milieu du repas. Ça me donnait un prétexte pour descendre à la cave, remettre le courant et boire en cachette. » Trente ans plus tard, il s’amuse désormais de tous les subterfuges qu’il utilisait pour cacher son addiction. Beaucoup moins des ravages de la boisson sur sa vie. « À la fin, je ne savais même plus compter, ni conduire, je tremblais tout le temps. La dernière année avant d’arrêter, je n’ai travaillé que 37 jours. »

 

L’abstinence 24 h à la fois

Puis un jour, il se décide à pousser la porte des Alcooliques anonymes. « J’y suis allé pour que ma femme me fiche la paix, je n’avais pas envie d’arrêter de boire. » Cette soirée sera pourtant décisive. Il y fait la rencontre d’anciens alcooliques, dont l’histoire ressemble à la sienne, et y découvre un des principes clés des AA, l’abstinence 24 heures à la fois. « Dès le lendemain je me suis fixé comme objectif de passer une journée sans alcool. Je me suis dit que je boirai, mais demain. Et j’en suis toujours là. »

Depuis, Michel a reconstruit sa vie, petit à petit. « Au bout d’un moment, la famille a commencé à revenir chez nous. J’étais la bête noire et maintenant je suis devenu le vieux sage », glisse-t-il dans un sourire. « Ici on trouve des ressources insoupçonnées, ça dépasse largement les frontières de l’alcool. » Ultime revanche sur ses moments sombres, Michel a été sollicité il y a quelques années pour devenir élu de son village. Trente ans après sa première réunion, le retraité continue de venir, chaque mercredi, aux AA. Une nécessité pour ne pas relâcher la vigilance et apporter son aide à ceux qui, comme lui à l’époque, ont besoin d’aide.

Publié dans AA france

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