"Sauvé grâce aux Alcooliques Anonymes"

Publié le par kreizker

in "Le Républicain Lorrain" (France), 23 mars 2016

 

Avant de pousser la porte des Alcooliques Anonymes, Paul était capable de boire une bouteille de vin rosé au réveil

Avant de pousser la porte des Alcooliques Anonymes, Paul était capable de boire une bouteille de vin rosé au réveil

Saint-Avold : Boire ou vivre

 

Les Alcooliques Anonymes lui ont sauvé la vie et l’ont guéri de son addiction, Paul n’a plus honte d’en parler. Le jeune retraité revit depuis qu’il a banni la bouteille de sa vie. Pourtant, ça a été un combat de tous les jours, une lutte sans merci, contre une supposée amie, insidieuse. « J’ai commencé à picoler vers 19, 20 ans », se souvient cet ancien ouvrier. « Au départ, c’était festif, avec les copains, au bistrot, toutes les occasions étaient bonnes pour fêter la troisième mi-temps ». Alors que ces amis savaient s’arrêter au bon moment, Paul, lui poursuivait la soirée jusque tard dans la nuit, seul parfois avec son verre et ses coups de blues.

« Une drogue dure »

« Avec l’âge, les copains se sont assagis. Moi, j’ai continué, j’avais besoin d’alcool ». Paul se marie et devient papa de deux enfants. Ses proches, même s’ils se doutent de son penchant, n’en font pas état. Le sujet est tabou. « Un alcoolique trouve tous les moyens pour assouvir son besoin. Dès le réveil j’étais capable de descendre une bouteille de rosé. Puis dans la matinée et dans l’après-midi au boulot, je tapais dans ma réserve. À midi, c’était apéritifs, vin, digestif. Tout comme le soir. L’alcool, c’est une drogue dure. Le corps en réclame sans cesse ». Paul en a conscience, mais ces moments de lucidité s’évadent avec l’ivresse. « J’avais des flacons cachés partout dans la maison », avoue-t-il. « Ma femme s’en rendait compte, mais elle faisait l’autruche ». Jusqu’à cette soirée où elle est rentrée à la maison et a trouvé son mari, affalé sur le canapé, à la limite du coma éthylique. « Elle a fini par se fâcher, par m’obliger à me faire soigner. J’ai la chance d’avoir une femme patiente, qui ne m’a jamais abandonné, malgré toutes les promesses non tenues que je lui faisais ».

Paul a poussé une première fois la porte des Alcooliques Anonymes. C’était dans les années 90. Et grâce à eux, il a réussi à tenir une dizaine d’années. Puis un verre de rosé l’a renvoyé dans sa dépendance. « Je m’en souviens comme si c’était hier. Ça va très vite. Le soir même je descendais une bouteille, les jours qui ont suivi, j’ai littéralement sombré ». Plus de dix années de profond naufrage, « j’ai failli crever, j’étais dans un état lamentable, je me réveillais la nuit pour boire, je tremblais, je ne pouvais plus me regarder dans une glace. Un soir, j’ai senti mon cœur s’emballer, j’ai été hospitalisé et là j’ai compris que je n’avais plus le choix. C’était continuer à boire et mourir ou tout arrêter et espérer vivre ». Retour à la maison des associations à Saint-Avold au premier étage, dans la salle commune où se réunissent les mardis soirs, les alcooliques anonymes. « Leur méthode est efficace, elle est basée sur ce principe : "un verre c’est de trop et les mille autres qui suivent ne suffisent pas". Quand vous avez compris cela, que vous avez accepté votre alcoolisme, vous avez déjà effectué la moitié du chemin ».

Aujourd’hui Paul a repris goût à la vie, il a compris qu’il pouvait être heureux sans se mettre dans des états seconds. Il sait aussi que céder - ne serait-ce qu’une seule fois - à la tentation anéantirait tout espoir de guérison.

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