IMMERSION SANS MODÉRATION CHEZ LES ALCOOLIQUES ANONYMES DE PONTARLIER

Publié le par kreizker

in "L'Est Républicain" (France), 20 mai 2016

IMMERSION SANS MODÉRATION CHEZ LES ALCOOLIQUES ANONYMES DE PONTARLIER

Né en 2001, le groupe des Alcooliques Anonymes de Pontarlier continue, en toute discrétion, de sauver des vies brisées par l’addiction. Plongée dans leur quotidien.

 

Tous les mardis soirs, les « amis » se retrouvent à la MJC des Longs-Traits. En toute simplicité. Pour s’écouter, se raconter, se soutenir, se renforcer. Jamais - ô grand jamais - pour juger.

Les Alcooliques Anonymes (AA) ont essaimé dans l’Hexagone dès 1964, suite à la traduction en français du roman éponyme de Joseph Kessel, qui décrit avec génie les rouages de cette terrible maladie. Il a fallu attendre 2001 pour qu’un groupe se crée à Pontarlier, adossé à un second groupe de parole, les Al-Anon, dédié quant à lui aux proches, eux aussi violemment impactés par l’addiction d’un mari, d’une épouse, d’un fils ou d’une fille (lire par ailleurs)…

 

La quête de l’abstinence « heureuse »

 

« Pour le groupe des AA, on est petite dizaine en moyenne chaque semaine. Il y a peu de temps, on a accueilli deux nouveaux amis », décrit Frédéric, 58 ans, dont « une trentaine » passée dans l’alcoolisme.

« Je buvais sept jours sur sept, mais pour moi, je n’étais pas malade, juste un buveur excessif. Je rentrais le soir, je prenais une cigarette, un verre, et c’était parti pour un cycle de plusieurs heures », avoue en toute franchise ce frontalier. Son foie en paya le prix fort : « Mon médecin a été clair, soit je posais le verre, soit c’était la cirrhose ».

Sevrages, doutes, angoisses, cauchemars de rechute (ce qu’on appelle les « cuites sèches »)… Le chemin vers l’abstinence fut semé d’embûches. Il l’est toujours. Il le sera toujours. « Il n’y a pas de guérison possible avec l’alcool », tranche Frédéric, « on avance un jour après l’autre. Le piège, c’est que plus on s’éloigne des réunions avec les AA, plus on se rapproche de la bouteille. Et attention, quand il y a rechute, c’est quelque chose de carabiné. » Le groupe pontissalien des AA l’a vérifié à ses dépens : « En quelques années, on a perdu quatre de nos amis comme ça. Quatre suicides. Quand on replonge, on a coutume de dire que ça se termine soit à l’hôpital, soit à la prison, soit au cimetière ».

Qu’on ne s’y méprenne pas : il n’y a, chez les AA, aucune recette miracle, ni trucs ou astuces pour se jouer du diable qui danse en chacun d’eux. Seulement de l’écoute, du partage, de l’entraide et de la bienveillance.

« On a un programme en douze étapes. La première est d’admettre que nous sommes impuissants face à l’alcool, et qu’on a perdu la maîtrise de notre vie. L’avantage du groupe, c’est que chacun avance à sa vitesse. On parle de notre expérience personnelle, chacun y puise ce qu’il veut. On n’est pas responsable de sa maladie, mais on est responsable de son rétablissement. Derrière, c’est sûr, il y a du boulot. Être abstinent, c’est bien, mais le but, c’est l’abstinence heureuse », développe Frédéric.

Lui touche au but. Conscient d’être en équilibre sur un fil. « Ici, j’ai appris à vivre une nouvelle vie », dit-il. Une vie fragile. Incertaine. Mais si belle, loin de la bouteille.

15e anniversaire des AA et des Al-Anon de Pontarlier : pour tous ceux que cela intéresse, rendez-vous ce dimanche à la MPT des Longs-Traits. Buffet à 12 h, réunion ouverte à 14 h 30. Contact : 06.38.25.39.45

Publié dans AA france

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