Un petit mot du fondateur de AA France

Publié le par kreizker

in "BIG" (Bulletin des Intergroupes, Paris Banlieue), n°375, juin 2016

 

Barcelone 2016

 

On m’appelle Manuel de Paris et j'appartiens aux Alcooliques anonymes dans mon corps et dans mon âme. 
 
Tout a commencé pour moi au milieu des années 1960. A.A existait déjà depuis 25 ans. J'en avais 37. 
 
Je les ai découvert en lisant "France Soir" dans un article de Joseph Kessel. 
 
Quelques «gringos», comme je les appelais avec un certain dédain à l’époque, se réunissaient à l'Eglise Américaine de Paris, Quai D'Orsay dans le 7ème arrondissement. 
 
Pendant 20 ans, j'avais vécu toutes sortes d'aventures, de péripéties et de malheurs. Il n’y avait plus de place pour les larmes, les excuses et même les mensonges, et je pensais très sérieusement à me suicider. 
 
Mais quand je les ai vus et entendus, j'ai su que j'avais trouvé les miens, qui comme moi, avaient fui sans savoir où et pourquoi; ces idéalistes qui avaient échoué dans la vie et que l'alcool avaient ruiné. 
 
P. Fuller, était mon parrain, Nick H. était le sien et Bill W., était celui de Nick. Je fus donc quelque chose comme le petit-fils des fondateurs de A.A. 
 
Quelques mois plus tard, avec trois autres personnes qui sont venus grâce aux articles de "Jeff" (Joseph Kessel), nous avons ouvert le premier groupe en français en France 
 
Je me souviendrai toute ma vie de la qualité humaine, de la délicatesse et la bonté de ces «gringos» qui nous ont accueillis et aidés. 
 
Ils nous ont d’abord transmis le désir d'atteindre la dimension humaine qu'ils avaient acquises et inspirées ce programme. Cet amour partagé à travers une spiritualité aussi simple qu’indulgente, ainsi qu’un sens de la responsabilité pour que le message d'amour atteigne les alcooliques des pays vinicoles d’Europe, où le vin n'était pas considéré comme une boisson alcoolisée et où les mœurs avaient atteint des niveaux absurdes et nuisibles pour les alcooliques. 
 
Cela faisait plus de 14 ans qu’ils essayaient de mettre en œuvre un groupe en français en France, en vain. Il y a maintenant plus de 56 ans, et peu à peu tous les obstacles sont tombés. 
 
Ils nous ont suggéré de monter dans le "train" des gagnants, en acceptant un programme simple, un programme cosmique. Nous devrions vivre 24 heures chaque jour, ici et maintenant. Il y avait quatre saisons: les Etapes, les Traditions, les Concepts et les Promesses, divisés à leur tour en 12 parties, comme les mois de l'année. Ce “train” fonctionnait grâce à l’énergie émanant des aides partagées durant les réunions. Ils nous ont recommandé que nous rechargions nos batteries deux fois par semaine aux réunions. 

 
Avec l'aide du groupe et mon parrain, mes valeurs changèrent peu à peu. Je compris que d'être heureux était simple, et que le plus difficile était d'être simple et que plus vous donniez dans ce monde, plus vous receviez, que je devais me préparer chaque matin pour lisser les plis de l’âme de mon enfance, que j’avais confondu depuis le début de mon existence la souffrance avec la vie. Peut-être en raison d'une hypersensibilité innée et mon manque de maturité émotionnelle mes peurs avaient entravé ma croissance. Mal armé pour faire face à la vie, mon Ego s’est développé démesurément et lorsque finalement il rencontra l'alcool, il m'a fait perdre le sens des réalités. Le mot «alcool» en arabe signifie «simulateur». C’est diabolique. 

 
Sans vous, chers «gringos» de mes premiers jours, je n'aurais jamais su que la seule solution à tous mes problèmes, ne pouvait être qu’un réveil spirituel, ce qui m'a donné une nouvelle éthique de vie. 
 
Je vais bientôt avoir 93 ans, j'ai une bonne santé, une merveilleuse famille, et une situation confortable, me permettant d'assister régulièrement à mes réunions, où je vais donner le meilleur de moi-même, parce que je refuse d'être un vieux «dinosaure» et que j’aime partager. 
 
Je ne pense pas que A.A. est venu par hasard dans ce monde (ça va faire 81 ans), dans cette humanité qui se détruit de mille manières, comme nous l'avons fait lorsque nous buvions. 
 
Chaque fois que l'humanité est en danger, il émerge et apparaît quelque chose pour la sauver. Je crois que le christianisme, dans cette Rome pourrie et décadente, n’était pas un hasard, et je crois que A.A. non plus aujourd'hui. 
 
Il est difficile de prévoir aujourd'hui la portée et l'importance de A.A. dans cette humanité ainsi que l'impact de sa philosophie de vie et de sa spiritualité. 
 
Je suis un alcoolique des années 1940 à 1960, lorsque l'alcoolisme n'était pas encore considéré comme une maladie. On croyait alors que c’était plutôt un manque de volonté ou un vice, et aux alcooliques on leurs faisait des "électrochocs" qui, malgré leur puissance ne parvenaient pas à changer l'âme. 
 
Je pense qu’ aujourd'hui nous sommes tous des pionniers de quelque chose d'important. 81 ans n’est rien dans l'histoire de l'humanité. 
 
Dans ma vie d'Alcooliques anonymes, j'ai rencontré beaucoup de compagnons qui, après un certain temps, pensant être “guéris” ou auto satisfaits, ont délaissés les réunions, et bien qu’ils soient restés abstinents, ressemblaient à des fleurs fanées qui font peine à voir. 

 
Nous avons constaté que, bien que le nombre de groupes A.A. croît, il y a de moins en moins de personnes qui participent aux réunions. Nous avons remarqué cela il y a déjà 20 ou 25 ans. Il peut y avoir de nombreuses raisons à cela mais nous ne pouvons pas rester sans rien faire. Cette question nous a tellement préoccupés qu’en utilisant "la demande des minorités" selon notre Cinquième Concept, nous avons demandé au Conseil U.A.A. France de le mettre à l'ordre du jour de la prochaine Conférence. 

Une fois alcoolique, toujours alcoolique. Une fois A.A, pour toujours A.A. Et si vous ne venez pas pour recharger vos batteries et que vous ne partagez pas dans les réunions, vos batteries se déchargeront et votre joie de vivre disparaîtra. 
 
 
Manuel de Paris 
 

Publié dans AA france

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V
Mon Dieu ! Le fondateur de AA France ! Quand même, alors ! :-) :-) :-)<br /> Valéry,<br /> AA de Nantes
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K
Mais oui, himself !!!