«Il y a autant d'alcoolisme que d'alcooliques»

Publié le par kreizker

in "La Dépêche" (France), 17 octobre 2016

À Toulouse, environ 150 personnes participent aux réunions organisées le vendredi, le samedi, le dimanche et le lundi en ville, et le mardi, mercredi et jeudi en périphérie.

À Toulouse, environ 150 personnes participent aux réunions organisées le vendredi, le samedi, le dimanche et le lundi en ville, et le mardi, mercredi et jeudi en périphérie.

Une centaine de membres des alcooliques anonymes participaient ce week-end à Toulouse à la convention régionale de leur association. Éric M., son responsable médias répond à nos questions.

Pourquoi organiser des conventions des alcooliques anonymes ?

Ces rencontres organisées une fois par an dans chaque région permettent de nous donner de la visibilité grâce aux médias et d'entrer en contact avec ce que nous appelons nos alliés naturels que sont les médecins, les psychologues ou les assistantes sociales.

Vous travaillez en collaboration avec eux ?

Oui, mais nous ne sommes pas une association médicale. Notre façon de soigner notre alcoolisme, c'est d'en parler entre nous et de partager nos expériences nos forces et nos espoirs dans le but de rester abstinent et d'aider les autres à le devenir. Nous travaillons sur la base d'un programme de rétablissement en douze étapes qui permet de faire le bilan, de savoir qui on est, qui on veut devenir et comment on y parvient. C'est le programme de toute une vie et nous avons coutume de dire que ça tombe bien parce que c'est justement ce qui nous reste à vivre.

Vous tenez à rester anonyme. Pourquoi ?

Pour deux raisons. D'abord pour se prémunir individuellement contre la tentation du prestige. Si nous n'étions pas anonymes, des gens pourraient être tentés d'incarner le mouvement à eux tout seuls. Or, faire partie des alcooliques anonymes, c'est un mode de rétablissement et un mode de vie individuelle. Personne n'est en mesure de parler au nom de l'expérience des autres. Il y a autant d'alcoolisme que d'alcooliques. Chacun à son parcours.

Ensuite, nous ne voulons pas tomber dans le travers des États Unis où il y a régulièrement des vedettes qui se présentent comme membres des alcooliques anonymes. Lorsqu'ils rechutent, ça donne une image lamentable de l'association.

Il y a beaucoup de rechutes ?

Ça fait partie de la vie de l'alcoolique. J'ai connu un ami qui a rechuté après 25 ans d'abstinence. Il y a aussi pas mal de gens qui viennent à quelques réunions et qui disparaissent. Mais j'ai aussi connu des SDF qui sont venus à une première réunion et qui ont posé leur verre immédiatement.

Comment ça s'est passé pour vous ?

Personnellement, j'ai participé pendant cinq ans aux réunions avant de poser définitivement mon verre. Je continuais à me garder des moments où j'explosais. J'étais aux Alcoolique anonymes, mais je ne me reconnaissais pas en tant qu'alcoolique. Je pensais que je buvais parce que j'étais malade mental ou déprimé alors qu'en réalité j'étais déprimé parce que je buvais.

La moyenne d'âge des membres de l'association est assez élevée ?

On prend vraiment conscience de son alcoolisme autour de la cinquantaine quand on commence à tout perdre. À 20 ans, on se sent invulnérable. On dit toujours que pour arrêter de boire il ne suffit pas d'en avoir marre, mais il faut en avoir marre d'en avoir marre.

À Toulouse il y a sept réunions par semaine, c'est beaucoup ?

D'abord, on n'est évidemment pas obligés de participer à toutes. Mais il faut comprendre que l'alcoolisme est une maladie que l'on porte avec nous à chaque instant de notre vie. Les réunions régulières et fréquentes permettent d'évacuer le trop-plein qui conduit à consommer de l'alcool.

Contact : 08 99 59 37 76

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