"Alcooliques anonymes de Brioude"

Publié le par kreizker

in "La Montagne" (France), 30 novembre 2016

Une compréhension mutuelle réunit les Alcooliques Anonymes de Brioude, deux fois par mois

L’anonymat est crucial pour les membres qui confient ici un pan de leur histoire

L’anonymat est crucial pour les membres qui confient ici un pan de leur histoire

À Brioude, l’association des Alcooliques Anonymes a tissé un lien particulier entre ses membres. Une complicité au gré des échanges qui leur a redonné le sourire.

 

Autour de la table, tous ont la même résolution. Se projeter dans le court terme pour une victoire à long terme. Un jour après l'autre, tenir, ne pas se projeter trop loin vers un avenir lourd d'angoisse. Un peu le crédo de ces hommes et ces femmes de tous âges partageant un secret enfin dévoilé : leur alcoolisme. Ces réunions des Alcooliques Anonymes les rassemblent autour d'un même but : partager leur expérience pour s'en sortir. Et ce samedi-là, dans la salle du foyer restaurant de Brioude, ils venaient de la Haute-Loire mais aussi du Puy-de-Dôme pour échanger et lutter. Pour fêter la première bougie d'abstinence de Jean-François aussi, mis à l'honneur et qui a choisi le thème des échanges du jour.

« J'ai commencé jeune, les sorties en boîte, confie-t-il. Puis avec le stress, la timidité, les soucis, j'ai augmenté les doses. Je ne voyais pas mon problème. Jusqu'à un soir où j'ai reconnu ma maladie et j'ai appelé la permanence du groupe. »

La semaine suivante, Jean-François assistait à sa première réunion. « Après tout ce qui a été dit, l'échange avec les autres, j'ai posé le verre. » C'était il y a un an. Depuis, il suit les réunions, y trouve non seulement du réconfort mais surtout une écoute 

sans jugement. Comme ses camarades, il souriait, ce samedi-là. Tous heureux de se retrouver et de croquer enfin la vie pleinement, en se comprenant d'un simple regard. Un lien amical, profond, dans l'anonymat total. Juste un prénom, un visage, une souffrance. Chacun témoignant de son parcours, de ses craintes, se dévoilant face à face et s'apercevant que d'autres avaient les mêmes. « Peu de mes proches sont au courant, ils ne me comprennent pas ; ici on me comprend, on sait de quoi je parle, précise Jean-François. Etre alcoolique, cela reste une tare dans la société… Ce n'est qu'il y a trois ou quatre ans que je me suis aperçu que je l'étais. Je buvais dix litres de rouge dans la journée. Un besoin de boire et l'envie de toujours plus, j'en avais jamais assez. Et à force de tomber, on apprend à marcher. J'en avais marre d'avoir des problèmes alors j'ai poussé la porte de l'association. Seul. Sans le dire à personne. Et je me suis retrouvé là à m'apercevoir qu'on était tous différents mais tous réunis pour un même problème : la gestion de nos émotions qui nous plongeait dans l'alcool. Alors j'ai commencé à parler de mes soucis au lieu de me saouler la gueule… Et aujourd'hui, le fait d'avoir été aidé m'a beaucoup aidé et j'ai envie d'aider les autres. »

Une aide sans jugement, sans injonction, qu'avec des mots et de l'écoute. « On n'est pas à l'hôpital ici, on ne dit pas "arrête de boire" mais on suggère de tenir un jour sans », poursuit Fabrice. C'est là toute la différence. Ne pas demander l'impossible d'un coup, mais tendre à y arriver, un pas après l'autre pour assurer le long terme.

« On reste "alcoolo" 
dans nos têtes »

En plus de ces réunions, l'association propose une béquille morale : un numéro de téléphone d'un parrain à appeler pour les moments difficiles. Pas une guérison. « On reste "alcoolo" dans nos têtes, dans nos façons de penser, estime Fabrice. C'est pour ça qu'il faut rester aux réunions. Un seul verre fait replonger. Alors on parle de vivre au jour le jour pour apprendre à gérer nos émotions, l'appréhension, la peur qui pousse à la consommation, mettre cela de côté. Un jour à la fois, c'est primordial. »

« On dit des choses au parrain qu'on a choisi qu'on ne dit à personne d'autre, même pas à sa femme, poursuit un autre. C'est un interlocuteur privilégié, expérimenté, qui répond à nos questions et qu'on peut appeler quand on a soif. »

Un jour après l'autre. Et deux réunions par mois pour en discuter. « Chacun prend la parole à son tour, il y a une grande écoute et un grand respect des uns et des autres », confie Evelyne toujours souriante. Abstinente depuis 19 ans et qui s'y tient, un jour après l'autre.

4 Avenue Victor Hugo - 43100 Brioude

Publié dans AA france

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