"Alcooliques anonymes : le chemin de la liberté"

Publié le par kreizker

in "L'Est Républicain" (France), 29 janvier 2017

"Alcooliques anonymes : le chemin de la liberté"

L’alcool a miné leur vie y laissant des cicatrices indélébiles. Mais un jour, au bout de 10, 20 ou 30 ans, ils ont admis leur « défaite complète » et se sont tournés vers des « amis ».

 

Je suis alcoolique. Cet aveu, si difficile à formuler, est la seule voie pour « se rétablir » estiment les Alcooliques Anonymes. Le mouvement, né dans les années 30 aux États-Unis, se perpétue depuis, sans statuts, seulement par la main tendue d’un abstinent à celui ou celle qui boit, par l’écoute et la bienveillance.

Ils sont neuf, dont une femme, ce soir-là, autour de la table. Se réjouissant de revoir Hubert après plusieurs mois sans nouvelles. Lui les retrouvant comme si c’était hier, café en main. Avant la réunion, certains vont griller une clope : « on ne peut pas tout arrêter d’un coup… » La dérision est souvent précieuse pour évoquer la « souffrance ».

« Bonjour, je m’appelle Thomas, je suis alcoolique… La période des fêtes a été dure. Lundi, j’entame une nouvelle cure. J’espère qu’elle sera bénéfique. La première m’a fait tenir six ans et demi. Merci. » Le ton est donné. A tour de rôle, chacun se présente et s’exprime ou non, sans crainte d’être jugé, ni interrompu. Vider son sac, dire ses joies, ses victoires, ses peurs, les soucis quotidiens et, toujours, la soif. Chez les AA, « un verre sera toujours de trop car les vingt suivants ne seront jamais assez. Mais si je dis non au premier verre, il n’y en aura pas de deuxième… »

Seul le modérateur de la soirée est autorisé à prendre la parole derrière le témoignage d’un « ami » pour donner son point de vue, mélange de sa propre expérience et des douze étapes et douze traditions tirées du « gros livre » rassemblant les principes de rétablissement et d’unité du mouvement. « Aider l’alcoolique qui souffre encore est aussi un moyen de nourrir notre propre rétablissement », avait expliqué André avant de nous inviter à cette réunion normalement fermée, la philosophie des AA.

La fraternité, l’intimité des séances, est essentielle. « Ce qui s’y dit ne sort pas de la salle. Et la seule condition pour y participer est le désir d’arrêter de boire pas d’être sobre. » L’alcool cet « ennemi puissant et sournois n’autorise pas la demi-mesure » et il ne peut être combattu que par « l’honnêteté envers soi-même, être capable de regarder l’image dans le miroir. »

Les « amis » sont là pour dire que c’est possible. Longtemps après avoir arrêté, ils restent fidèles au groupe, pour rappeler aussi combien le chemin est tortueux pour sortir de la « dépendance physique, psychologique et émotionnelle. »

Sébastien, 56 ans, « alcoolique depuis l’âge de 15 ans. Addict également au cannabis et aux médicaments » est abstinent « de tout » depuis six mois. Il souligne ce rôle de l’émotion dans la maladie qui le ronge, à travers l’anecdote d’une rencontre qui a viré « à la panique ». L’occasion de rebondir pour Jacques : « Cela résonne en moi. Reprendre une vie affective dans l’abstinence est très difficile. On se retrouve comme un gosse avec le cœur qui bat à tout rompre. Reprendre sa place, abandonnée, en famille est tout aussi troublant. C’est quand on a lâché prise que cela peut enfin arriver. »

Retrouver la « confiance en soi » qui s’est dissoute dans l’alcool, avec tout ce qui faisait une vie sociale, famille, travail, amis… « Toute notre vie tourne autour de l’alcool », témoigne encore Jacques, abstinent depuis vingt ans. « Les six derniers mois de mon enfer, avant ma première cure, je me réveillais la nuit pour boire un verre, afin de ne pas trembler au matin, en reprenant la voiture pour aller me réapprovisionner… »

Publié dans AA france

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