Témoignage d’un repentant de l’alcool au volant

Publié le par kreizker

in "Le Reflet" (Québec), 25 janvier 2017

Un matin d’octobre 2013, Éric (prénom fictif) dit s’être réveillé avec l’intention «de sauver sa peau». Arrêté à quatre reprises pour conduite avec les facultés affaiblies, il a senti qu’il était mûr pour guérir sa dépendance à l’alcool.

 

 

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J’aidais des gens qui avaient un problème de dépendance, le jour, et je buvais chez nous, le soir.Éric

 

Affecté par une dépendance à l’alcool depuis l’âge de 17 ans, Éric a suivi des thérapies, dont celles des centres Mélaric et Portage.

«Dans ma tête, je réglais le problème en allant en thérapie. Quand je sortais, je sentais que je surfais sur une vague d’espoir, mais elle s’éteignait ensuite. Ma solution était de retomber dans l’alcool», indique-t-il.

Il était âgé de 19 ans lorsque les policiers l’ont intercepté une première fois pour conduite avec les facultés affaiblies.

«Je les trouvais «chiens» de m’arrêter. Je n’avais pas conscience que c’était moi le problème», affirme celui qui a alors perdu son permis pendant trois mois.

Au centre de désintoxication Mélaric, il avait fait la connaissance d’un père qui offrait des ateliers de pastorale. Ce dernier avait le projet d’ouvrir une maison de réinsertion à Montréal pour les alcooliques qui avaient terminé leur thérapie. Éric est devenu bénévole, intervenant, puis directeur de l’organisme. Il n’a pas consommé une goutte pendant six ans.

«Je côtoyais des gens qui prônaient la consommation modérée. J’ai commencé à me vendre l’idée qu’après six ans d’abstinence, je serais capable aussi de boire modérément», raconte-t-il.

«J’ai été capable de me contrôler pendant deux ans, jusqu’au moment où j’ai commencé à prendre de la drogue, poursuit-il. À partir de là, il n’y avait plus de frein. Je suis redevenu le gars dépendant qui cherchait des moyens de consommer en cachette.»

En 2003, à Boucherville, il est de nouveau arrêté pour conduite avec les facultés affaiblies.

«À ce moment-là, je m’en foutais d’avoir un char ou non, admet-il. J’ai perdu la seule pièce d’identité qui me restait. Je ne faisais pas d’impôts, je n’avais pas de carte d’assurance-maladie et d’assurance-sociale.»

Éric n’a pas conduit jusqu’en 2010. Entre temps, il a rencontré sa conjointe des neuf dernières années, «une femme extraordinaire qui lui a redonné de l’espoir», dit-il.

«Je me suis remis à jour dans mes dettes, j’ai refait mes cartes d’identité et mes impôts», explique-t-il.

Un coup

Victime d’un accident qui l’a empêché de travailler, il s’est mis à jouer dans les machines pour compenser le manque d’argent.

«J’ai perdu 40 000$ en deux ans, laisse-t-il tomber. Ma conjointe était tannée, mes enfants ne voulaient plus me parler. J’ai commencé à boire pour mourir.»

En 2012, il est arrêté à Châteauguay pour alcool au volant et perd son permis et sa voiture pour un mois. Quelques jours après avoir récupéré sa voiture, il est de nouveau intercepté avec les facultés affaiblies au volant, cette fois sur l’autoroute 30 à Saint-Constant.

«Ça m’a donné un coup, avoue-t-il. J’ai dit aux policiers de ne pas me laisser sortir. Je leur ai dit que j’avais juste le goût de mourir.»

Éric est retourné voir les Alcooliques Anonymes dans la région, qu’il avait rencontrés en 2011.

Le 8 octobre 2016, Éric a souligné ses trois ans d’abstinence avec les Alcooliques Anonymes. Son fils cadet de 17 ans, avec qui il avait perdu contact pendant quatre ans, a célébré ce moment avec lui.

«Je lui en ai fait des promesses, admet-il. Aujourd’hui, il croit en moi.»

Permis restreint

Perdre son permis de conduire apporte son lot de conséquences. Éric, qui travaille dans la construction, a dû dire à son patron qu’il n’avait pas de permis. Un de ses jeunes collègues l’amenait au travail. Sa dernière arrestation en 2012 lui a valu 30 mois sans conduite. Depuis le 25 décembre 2016, il a un permis restreint qui lui permet de conduire avec un antidémarreur éthylométrique dans sa voiture jusqu’en 2019.

«J’avais le goût des fois de conduire, mais j’ai accepté mon sort», affirme-t-il.

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Coûts d’une première condamnation pour alcool au volant  

À 24 ans : 6189$

À 40 ans : 5638$

 

 

-D’après CAA-Québec, environ 15 000 personnes voient leur permis de conduire suspendus chaque année pour conduite avec les facultés affaiblies par l’alcool au Québec.

-Selon CAA-Québec, les assureurs doivent gérer le risque associé à une condamnation pour alcool au volant. Les primes peuvent augmenter jusqu’à 200 % dès la première année.

Publié dans divers en vrac

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