RTBF 4 février 2017

Publié le par kreizker

RTBF 4 février 2017

Enfin parallèlement au lancement cette semaine de la `Tournée minérale', le témoignage d'une ancienne alcoolique. Anne a arrêté de boire il y a près de 35 ans. Elle fréquente toujours les Alcooliques Anonymes. Elle explique son expérience et sa descente aux enfers. Elle explique aussi comment elle s'en est sortie.

Anne continue aujourd'hui à fréquenter les réunions des Alcooliques Anonymes. "Bonjour à tous, je m’appelle Anne, je suis alcoolique abstinente. Cela fait 34 ans, depuis le 6 mars 1982, que je n’ai plus bu d’alcool, grâce à l’aide du mouvement des alcooliques anonymes. Toute seule je n’y serai jamais arrivée ". Ainsi s’exprime elle en début de réunion des AA.

"Le 6 mars 1982, j’ai vécu une renaissance, voire une seconde naissance ", raconte Anne. "J’ai appris à me connaître après cela. Anne et la bouteille n’est pas la même femme qu’Anne sans la bouteille. La première, c’était quelqu’un de très mal dans sa peau, terriblement idéaliste, et comme tout le monde n’est pas beau ni gentil, du jour au lendemain, je trouvais que ma mère était trop ceci, le père de mes enfants était trop cela. A l’époque, j’ai rencontré l’alcool, et je me suis vite rendu compte qu’en buvant, j’oubliais ou j’atténuais les problèmes que j’avais. J’ai cru pendant très longtemps que je buvais parce que j’avais des problèmes, mais j’ai dû me rendre compte que j’avais des problèmes parce que je buvais… ", confesse Anne.

Un parcours long et fastidieux

Avant d’en finir avec l’alcool, Anne est allée voir plusieurs médecins et psychiatres. " On me parlait de cures, de médicaments, d’arrêter de boire ; cela me semblait impossible. J’ai cherché le médecin qui aurait pu arrêter de boire à ma place ", avoue Anne. " Au début, c’était un alcool festif, mondain, social ; comme tout le monde, je me rendais compte que je riais, que c’était gai, que je parlais plus facilement; mais très vite, j’ai commencé à boire en dehors. A la fin, je buvais vraiment beaucoup, je commençais l’alcool dès 8h30, dans la voiture, au premier feu rouge après avoir déposé les enfants à l’école. J’avais tout le nécessaire dans un Tupperware brun en-dessous de mon siège. Mais ça, c’était vraiment à la fin de mon alcoolisme ", explique Anne.

"J’utilisais toutes les excuses possibles pour prendre un verre. Je n’aimais pas une bouteille qui n’était pas vide … ou remplie.  Le père de mes enfants rentrant parfois tard, et mes enfants n’étant pas parfaits – même s’ils sont merveilleux et que je les adore – me fournissaient des milliers de raisons de boire. J’inventais des raisons. Parfois, c’était le chien de la voisine qui m’ennuyait…"

"Je dois la vie à ce médecin"

Mon fils avait des allergies respiratoires. J’ai rencontré un médecin qui l’a beaucoup aidé. Et tout à coup, je me suis demandé pourquoi je n’oserais pas, moi aussi, parler de mes problèmes d’alcool. Je lui en ai donc parlé, et il m’a donné des petits granules pour essayer d’être un peu mieux dans ma peau. J’étais consciente que je buvais trop et ai donc fait deux ou trois visites pour moi. Je diminuais, sans pour autant arrêter, et l’alcool était toujours dans ma tête ", raconte Anne.

Un jour, le médecin lui dit : " Je ne peux plus rien faire pour vous aider, il n’y a que les Alcooliques anonymes qui puissent le faire ". Anne sort du cabinet en sanglots, se sentant d’abord abandonnée par ce médecin. " Ça n’était pas la première fois que j’entendais le mot " alcoolique " mais jusque-là, je l’avais toujours refoulé, j’étais dans le déniJe dois la vie à ce médecin que j’ai écouté, car j’ai téléphoné aux AA, en ayant bien bu. Je suis allée à une réunion avec 45 minutes de retard, et je n’ai pratiquement rien compris à cette première réunion tellement j’étais saoule. Mais j’y suis retournée pour deux raisons : d’abord, les gens riaient ; moi, je ne savais plus rire ; et ces gens avaient les yeux clairs, et pour ça, je suis retournée. Je buvais alors encore un peu mais pour la première fois de ma vie, je n’ai pas menti sur ma consommation. Ce que j’avais toujours fait jusque-là face au médecin en lui disant que j’avais bu une demi-bouteille. Un des membres m’a dit : " Si tu sais arrêter au 5e, tu n’es pas comme nous, tu es comme la majorité des gens ". Ça m’a turlupiné car je me suis rendu compte qu’au 5e, je n’aurais jamais su m’arrêter."

Le jour décisif

Le 6 mars 1982, Anne se lève, et se dit qu’elle ne boira pas ce jour-là. " Parce que c’est vraiment ça le défi des AA : on apprend à ne pas boire un jour à la fois, et non pas à promettre. J’ai promis de nombreuses fois lorsque je buvais. C’est pas le dixième verre qui me fout dedans, c’est le premier. Je me suis levée avec les mains mayonnaise, je tremblais, j’avais mal au cœur, des maux de tête. J’ai continué à ne pas boire et très vite, je me suis rendu compte que je recevais plein d’autres choses en retour, comme la confiance des gens. Bien entendu, ça a mis du temps, on ne récupère pas tout du jour au lendemain. Mais je changeais, j’étais moi, avec mes défauts et mes qualités. Ça a été dur, parfois, je sortais de la maison pour aller me promener. Ou parfois, comme le médecin me l’avait conseillé, je prenais une douche en alternant le chaud et le froid pour diminuer le stress."

Tout récupérer au lieu de tout perdre

" Il faut se dire qu’on se reconstruit et on arrête de boire pour soi avant tout. J’ai retrouvé la confiance de mes enfants, j’ai refait ma vie professionnelle, ma vie de couple. Maintenant j’ai une vie comme Monsieur et Madame tout-le-monde, avec la cerise sur le gâteau qui est de se dire qu’on a failli tout perdre et que finalement, on a tout récupéré", conclut Anne.

Publié dans AUDIOS

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