"Rennes. Ancien alcoolique, il raconte son combat de 39 ans d’abstinence"

Publié le par kreizker

in "Ouest France", 17 avril 2017

Les Alcooliques anonymes sont des groupes de parole qui aident à s'en sortir. Cet ancien ingénieur a pu échapper à l'addiction grâce à cette association.

Les Alcooliques anonymes sont des groupes de parole qui aident à s'en sortir. Cet ancien ingénieur a pu échapper à l'addiction grâce à cette association.

Un Rennais de 89 ans raconte comment il est parvenu à vaincre sa maladie, l’alcoolisme. Avec 39 ans d’abstinence derrière lui, il raconte son combat victorieux.

« Je me suis engagé dans une vie sans l’envie de rien. » Antoine (1), né à l’été 1928,a manqué l’entrée à Polytechnique. Celui qui voulait devenir architecte a été poussé par un père « autoritaire et exigeant » d’origine modeste mais qui a réussi socialement. Marqué par cet échec, le jeune homme s’installe à Paris et ne fait plus rien.

L’homme, 89 ans aujourd’hui, s’amuse des anecdotes : « Je suis né quinze heures en avance, ma mère venait de fêter le 14 juillet avec de l’alcool. » Il déclare, à présent, être alcoolique abstinent.

« J’ai touché le fond »

Antoine devient finalement ingénieur. Il multiplie les stages en Europe et côtoie déjà l’alcool : « J’en avais besoin pour réussir, c’était mon dopant. L’alcool était mon ami. » Son dernier stage au Japon terminé, son patron le met à la porte pour des notes de frais liées à l’alcool trop élevées. « Je n’avais pas conscience du problème », explique-t-il. Antoine tombe dans la dépression en passant deux années au chômage. Il séjourne plusieurs mois en asile psychiatrique d’où il s’évade.

Embauché de nouveau, il doit licencier 200 personnes dans l’entreprise où il devient responsable.« Je me dégoûtais, j’ai pu le faire grâce à l’alcool, glisse-t-il avec lucidité. Je n’en ai pas le souvenir mais j’ai giflé un policier. En cellule de dégrisement, j’ai touché le fond. » Sa seconde femme souhaite l’aider. Il rencontre un masseur réputé, membre de l’association des Alcooliques anonymes. Il obtient des documents sur le groupe de parole.

« Résurrection »

Antoine assiste à une réunion des Alcooliques anonymes. « Je ne m’y reconnaissais pas encore. Je pensais retrouver des SDF autour d’un curé, je n’y serai pas allé seul. »L’ingénieur se rend compte que tout le monde peut être touché.

« Nous apprenons à arrêter de boire pendant 24 heures, c’est difficile. On découvre qu’il s’agit d’une maladie », raconte-t-il. Revenu le lendemain, il considère ce 26 mars 1978 comme un nouveau départ : « C’est le jour de ma résurrection, j’ai une vie mais deux naissances »Apprendre à vivre sans consommer, « c’est une révolution ».

Pas une goutte d’alcool

Cela fait 39 ans qu’il n’a pas touché à une goutte d’alcool. Avec le recul, Antoine trouve l’origine de son addiction : « L’insatisfaction, l’orgueil et un complexe de supériorité. L’humilité est devenue l’antidote de l’orgueil. »Les Alcooliques anonymes ont permis à l’ingénieur en retraite de prendre confiance en lui et surtout dans les autres. « Je suis l’anti-Dieu qui a commencé à estimer les autres », résume-t-il.

L’octogénaire a failli rechuter à deux reprises. L’alcool l’a attiré pendant six mois. Antoine participe encore une fois par semaine aux groupes de parole. « Cela m’aide. Je leur suis reconnaissant car j’ai appris à être vrai et je suis heureux à présent », souffle-t-il. Parce que cette addiction est méconnue, l’homme veut la faire connaître. Il veut à présent aider les autres.

(1) Prénom d’emprunt

Publié dans AA Bretagne

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