Alcooliques Anonymes : « Quand on pose le verre, il reste la vie »

Publié le par kreizker

in "La République" (France), 21 juin 2017

Deux fois par semaine, les AA se réunissent à Fontainebleau, pour combattre cette maladie méconnue et mal comprise. Michel et Marie, abstinents depuis 33 et 9 ans témoignent.

« Je me cachais pour voir mes enfants devant l’entrée de l’école, je ne voulais pas qu’ils aient honte de leur père »

« Je me cachais pour voir mes enfants devant l’entrée de l’école, je ne voulais pas qu’ils aient honte de leur père »

Un café pour Michel, un soda pour Marie. Leur « normalité » depuis 35 ans pour lui, 9 ans pour elle. Depuis qu’ils ont « posé ce verre ». Ce verre qui a détruit leur vie, les a coupé du monde et menacé gravement leur santé. « Je buvais entre 4 et 5 litres d’alcool par jour », témoigne Michel. Marie, elle, a fait deux AVC… « je continuais à boire sur mon lit d’hôpital ».

Ils en sont tous deux sortis grâce à un déclic, mais aussi et surtout grâce aux Alcooliques Anonymes (AA), qui se réunissent deux fois par semaine à Fontainebleau. « L’alcoolisme, c’est une maladie mal comprise et méconnue. Il n’y a qu’aux AA qu’on peut parler librement sans être jugé, avec quelqu’un qui n’a pas connu ça, je ne peux pas vider mon sac », dit Marie.

« C’est une drogue aussi forte que l’héroïne ou la cocaïne, poursuit Michel. C’est sournois, on est piégé petit à petit. On commence par boire un verre en cachette, puis ce sont des litres de vin dans la journée. On boit pour se sentir moins mal, on sait qu’on se détruit ». Marie acquiesce : « ça désinhibe, on se sent bien. J’étais mariée et mon mari a décidé de ne plus boire à la maison. J’ai donc bu sans lui dire. On souffre moralement et physiquement, mais on ne peut pas s’arrêter. L’alcool m’empêchait d’être lucide. J’accusais les autres, alors que le problème c’était moi ». Même constat pour Michel : « c’est la rue qui me menaçait. Je me cachais pour voir mes enfants devant l’entrée de l’école, je ne voulais pas qu’ils aient honte de leur père. Avant que mon père décède, je lui ai fait la promesse de ne plus boire. J’ai mis quatre mois à le faire… Un lundi d’avril 1983, j’ai appelé mon médecin. J’ai posé mon verre ».

Plus une goutte depuis. Michel, désormais, se consacre aux autres. Aide, conseille, partage. Avec son lot de succès, et d’échecs forcément. « Aider les autres, c’est le meilleur des remèdes. Si la personne veut s’en sortir, si elle vient aux réunions AA, ça marche ».

Aider les autres

Marie, elle, a mis du temps à se sortir de la spirale. « Quand on est dans l’alcool, on ne voit pas. C’est toujours la faute des autres. C’est une tragédie de voir à quel point on doit souffrir avant de connaître des vérités selon lesquelles nous devons vivre. Quand on pose le verre, il reste la vie. S’occuper des enfants, de soi, aider ».

Une traversée du désert qui les a marqués, forcément. Et qui fait d’eux des personnes accomplies : « je n’aurais pas une si belle vie si ça ne m’était pas arrivé, confie Marie. Je me satisfais de ce que la vie veut bien me donner. Ce n’était pas le cas avant d’être dans l’alcool ». Michel, lui, insiste sur l’importance des réunions : « il y a de tout. Des SDF, des médecins, des comptables. On nourrit des amitiés franches. La liberté est totale, vient qui veut, on ne se coupe pas la parole. On sait qu’on a souffert, quelque part, on connaît l’autre. On a tous la même histoire : une grande souffrance ».

« Ma première réunion était sur le bonheur. Je l’ai vu comme un signe, moi qui pensais à me suicider », sourit Marie. Un sourire franc. Optimiste et résolu à profiter de la vie. Et continuer à semer l’espoir.

Yoann Vallier

Renseignements
Réunions à l’hôpital de Fontainebleau (CRM Enfants) le samedi à 14 h 30 et le mercredi à 20 h 30 à FLC. Numéro vert : 089.69.39.40.20 (24 h / 24).

Publié dans AA france

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