"Avec Vie libre, les alcooliques ne sont pas anonymes"

Publié le par kreizker

in "Ouest France", 2 juin 2017

Tous les quinze jours, l'association Vie libre ouvre ses portes aux personnes touchées par l'alcoolisme.

Tous les quinze jours, l'association Vie libre ouvre ses portes aux personnes touchées par l'alcoolisme.

L’alcoolisme est une maladie. Tous les quinze jours, à Fougères (Ille-et-Vilaine), l’association Vie libre ouvre la porte aux convalescents de la bouteille et à leur famille. La guérison ne peut être l’affaire que d’un homme ou d’une femme seul(e).

Au deuxième étage de l’aile droite de l’ancien couvent des Urbanistes, à Fougères, la salle est presque trop petite pour accueillir tout le monde. Ce vendredi soir, comme tous les quinze jours, l’association Vie libre ouvre la voie de la guérison à des hommes et des femmes en proie à une maladie pernicieuse, incomprise et parfois invisible : l’alcoolisme.

Ils sont une quarantaine, âgés de 25 à plus de 70 ans, à vouloir guérir de la bouteille. « C’est en venant ici qu’ils apprennent que c’est une maladie », explique Christian Le Roux, responsable de la section fougeraise. Vie libre guérit des malades. Pas des pécheurs.

Aujourd’hui, la consommation d’alcool est stable en France. Sauf chez les 18-25 ans, où en près de dix ans, de 2005 à 2014, la proportion de personnes ayant connu une ivresse dans l’année est passée de 33 % à 46 %, et la part de celles en ayant connu au moins trois a presque doublé, passant de 15 % à 29 %, selon les chiffres de l’Inpes. « Dans le temps, c’était le cidre, le vin, la bière. Aujourd’hui, les pratiques d’alcoolisation ont changé », reconnaît Christian Le Roux. La jeunesse, impatiente, a toujours le goût de l’ivresse. Il faut que ça aille vite et fort. On appelle ça lebinge drinking ou biture express.

Il est 20 h 30 passé de quelques minutes, le responsable de la section fougeraise ouvre la réunion. Une boîte de cachous passe de main en main, parfois encore tremblantes, symptôme encore visible d’une forme de rémission. « On a le plaisir d’accueillir ce soir Jocelyne et Jean-Charles. […] Sachez qu’aujourd’hui, vous serez entourés de nouveaux amis. Courage et long chemin dans la voie de l’abstinence. »

« Je suis fier de moi »

Quelques applaudissements saluent les nouveaux venus. Mais contrairement à d’autres associations, un membre de Vie libre est passé les voir à leur domicile quelques jours auparavant afin de leur expliquer le déroulé du suivi. Loin des clichés véhiculés par le cinéma ou les séries américaines, pas besoin de décliner son identité et de dévoiler son pedigree de buveur. À Vie libre, le conjoint et les enfants sont les bienvenus. « Pousser la porte est déjà difficile, alors on n’oblige personne à prendre la parole », indique Didier Goupil, un abstinent qui a fait le choix, comme beaucoup, d’intégrer le conseil d’administration de l’association.

Chaque réunion est organisée autour d’un thème. Ce vendredi, place au jeu des questions. Des membres du bureau, abstinents ou conjoints d’ex-alcooliques, se muent en animateurs. « Quand as-tu retrouvé la confiance en toi ? » « Quelle réaction as-tu devant une personne qui rechute ? » Les anciens prennent la parole. Chacun sort du même enfer. Une maladie qui brise la vie « d’une dizaine de personnes autour de soi », insiste Catherine. Ces témoins rappellent que l’abstinence heureuse et la fête sans alcool, ça existe. Que l’on peut rechuter pour une bière. Qu’il faut réagir avant qu’il ne soit trop tard. « J’ai décidé de me soigner le jour où j’ai failli tuer ma femmeraconte Marcel. J’étais dans un état d’ébriété avancé et je lui ai dit : « Prends le gosse et fous le camp. » » Avant de commettre l’irréparable.

Jean-Charles panse ses plaies depuis déjà trop d’années, et pour lui, difficile d’admettre la maladie. « On est tous responsables de ce que l’on boit. Je suis patron de bistrot. J’ai tout à portée de main. Malgré quatre sevrages et une cure, ça n’a pas fonctionné. » Malaise. La parole est libre, parfois douloureuse, alors la réponse se veut bienveillante. « Nous sommes là pour aider les gens, pas pour les juger », rappelle Didier. Sébastien, la trentaine bien tassée dont quinze ans de boisson, l’a bien compris. Accompagné de sa femme, il raconte : « Personne ne me croyait quand j’ai dit que j’allais arrêter de boire. J’ai rechuté plusieurs fois, mais aujourd’hui, cela fait plus de cinq ans que j’ai arrêté et je suis fier de moi. »

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