"Entre abstinence et Baclofène, témoignages d’anciens dépendants à l’alcool"

Publié le par kreizker

in "La Croix" (France), 13 juin 2017

 

La Croix publie le témoignage de personnes qui sont sorties de leur dépendance à l’alcool, que ce soit en arrêtant complètement de boire ou en diminuant drastiquement leur consommation.

« Le premier verre, c’est toujours le verre de trop »

Angèle (1), 58 ans

« Au départ, je pensais que je serai capable de contrôler. Et puis, un jour, j’ai compris que je ne contrôlais plus rien du tout. À l’époque, j’étais cadre supérieur, mariée, deux enfants. Et je buvais à l’insu de tous, dans une très grande souffrance. Cela a duré près de 15 ans.

Au début des années 2000, je suis allée voir un alcoologue qui m’a prescrit des médicaments, j’ai aussi fait deux cures. Mais sans résultat. Lors de cette première cure, le médecin m’a dit que le seul objectif était l’abstinence totale. Cela m’a paru logique. Je voyais bien que j’étais incapable d’avoir une consommation contrôlée. J’ai essayé de moins boire par exemple lors de vacances en famille. Mais à mon retour, je me remettais à boire des quantités toujours plus fortes.

Ce sont les Alcooliques Anonymes qui m’ont sauvée. Dès les premières réunions, ils m’ont fait comprendre qu’il fallait arrêter complètement. « Le premier verre, c’est toujours le verre de trop », disaient-ils. Ce discours m’a tout de suite « parlé ». Car je savais que, dans mon cas, prendre un premier verre, c’était inévitablement prendre le deuxième puis le troisième. J’ai arrêté de boire en 2003. Et cela ne me manque pas. La pression sociale pour boire lors des réunions festives ou familiales, je ne la ressens pas. Aujourd’hui, je ne me sens pas guérie mais juste stabilisée. Et je ne veux pas risquer de replonger pour juste un verre de temps en temps. »

 

► « L’ivresse ne me fait plus envie »

Bernard Gaude, 67 ans

« À l’époque, j’avais pas mal de responsabilités au travail. Pour me déstresser ou juste passer un bon moment avec des amis, j’ai commencé à boire. Je prenais une bière puis trois ou quatre apéros et une bouteille de vin lors du dîner. C’était une sorte d’alcoolisme mondain mais qui a commencé à envahir ma vie. Le soir quand je me sentais seul, je me disais que j’allais boire un petit verre avec le fromage. Et à l’arrivée, je me « sifflais » une bouteille de rosé.

Cela a fini par avoir des conséquences sur mon caractère, mon humeur. Et j’ai compris qu’il était temps de me soigner. J’avais entendu parler du Baclofène et ce qui m’a attiré, je crois, c’était le fait qu’avec ce médicament, on pouvait apparemment sortir de la dépendance sans devenir totalement abstinent. Pour moi, le vin, c’est festif, c’est bon. Et je ne me voyais pas ne plus en boire de toute ma vie.

Je suis allé voir un généraliste qui m’a prescrit du Baclofène, à des doses qu’il a augmenté de manière progressive. Les deux premières semaines, j’ai arrêté complètement. Puis, je me suis autorisé un verre de temps en temps. Et ce qui était très nouveau, c’est que je n’avais pas envie d’un deuxième. J’ai pris du Baclofène pendant environ deux ans et demi. Aujourd’hui, cela fait un an que je n’en prends plus et tout va bien. Quand je sors avec des copains, je bois un verre, parfois deux ou trois. Mais jamais davantage. L’ivresse ne me fait plus envie. »

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