"Les témoignages poignants de deux membres du groupe des Alcooliques Anonymes"

Publié le par kreizker

in "L'Eveil de Haute Loire" (France), 7 décembre 2017

À l’occasion des 20 ans du groupe « AA » du Puy-en-Velay, Brigitte et Michel (ce sont des pseudos), aujourd’hui abstinents, témoignent de leur rapport avec l’alcool et de l’importance de l’association des Alcooliques Anonymes.

L’un et l’autre ont accepté de livrer une partie de leur histoire, pour aider d’autres personnes, pour s’aider eux-mêmes aussi.

 

Brigitte : « Je me sentais très, très seule. C'était mon secret, ma tare, mon vice, quelque chose d'affreux que je devais absolument garder pour moi ».

2012 Cette année-là, le livre Les Alcooliques Anonymes est inscrit dans la liste des 88 « livres qui ont forgé l'Amérique ».

 

Michel : « Pour moi les AA aujourd'hui c'est évident, y compris durant les vacances. Il y a des groupes partout, il est très facile de les trouver ».

L'un et l'autre ont accepté de livrer une partie de leur histoire, pour aider d'autres personnes, pour s'aider eux-mêmes aussi. Nous avons décidé de reprendre leur témoignage en quelques mots clefs.

Processus

(Brigitte) : « J'ai rencontré l'alcool quand j'étais jeune. C'est un produit qui m'a tout de suite beaucoup plu. J'étais introvertie, timide. Pour moi, l'alcool était un produit magique. Dès le moment où j'ai touché à ça (ndlr : l'alcool), j'ai pu parler, danser, aller vers les garçons, tout devenait facile. Après mes études et mon mariage, l'alcool est revenu, par ennui, par solitude. J'ai utilisé l'alcool pour me désinhiber au départ. Ensuite comme un médicament, pour oublier ou pour me faire aller bien. Puis à la fin, pour tirer le rideau, pour dormir ».

Quantité
(Michel) : « A chaque fois que j'ai bu de l'alcool dans ma vie, je n'ai jamais pu gérer la quantité, c'est-à-dire le moment où j'étais juste gai, où je perdais la raison, où je tombais par terre. A l'armée, j'étais toujours le plus "bourré". Mais je n'ai pas été dépendant tout de suite, ça a mis 25 ou 30 ans. Au début, j'aimais bien l'alcool, le goût, mais après c'est plutôt l'effet que je recherchais ».
 

Rencontre

(Brigitte) : « Quand j'ai rencontré les Alcooliques Anonymes, j'étais sur le point de devenir folle ou d'aller jusqu'à la mort. Je les ai rencontrés à l'occasion d'une cure à Clermont-Ferrand, alors que j'habitais en Haute-Loire. À cette époque (en 1996), il n'y avait rien en Haute-Loire. Mais le groupe m'a tellement plu que je faisais les trajets toutes les semaines pour aller dans le Puy-de-Dôme. J'ai ensuite participé à la création du groupe du Puy, le 13 novembre 1997 ».

 

Du rhum le matin

(Michel) : « À force de tromper les autres, je me suis trompé moi-même. Dès le matin, il me fallait un petit truc pour ne pas trop trembler, pour enlever les effets de la veille. Il fallait que ce soit quelque chose de fort, comme du rhum, pour que ça agisse vite. Et ça a commencé à me créer des problèmes dans mon couple, sur la route aussi ».

 

Zigzag

(Brigitte) : « J'ai fait quelques comas éthyliques. J'ai failli ne pas revenir à la vie. Il n'y avait plus que l'alcool, c'était l'obsession mentale du verre. Il me le fallait et j'étais prête à tout pour avoir cette dose, y compris à voler. J'ai même oublié mes enfants à l'école. J'ai bu au travail et j'ai pris la voiture alcoolisée. Une fois, alors que j'emmenais ma fille à l'école, elle m'a dit : "Attention maman, tu fais des zigzags, tu vas nous foutre en l'air". Et il y avait une copine à elle dans la voiture… »

 

Maladie

(Michel) : « Un alcoolique ne peut pas boire juste deux ou trois verres. Il est malade. Aujourd'hui, j'ai l'avantage de connaître mon problème, grâce aux AA, mais je ne me considère pas comme guéri. Cela fait 5 ans que je suis abstinent. Je vais bien. J'ai reconstruit des choses. J'ai retrouvé un travail dans la fonction publique. J'ai repassé le permis et je l'ai gardé. J'ai un petit-fils, que je n'aurais sans doute jamais pu garder avant. J'ai surtout eu la chance d'avoir deux enfants qui m'ont beaucoup aidé à un moment clef. C'est ma fille, à un moment, qui venait remplir mon frigo… J'étais vraiment tombé très bas ».

 

Quantité

(Brigitte) : « Au début, j'achetais un pack de 12 bières. Mais je ne supportais pas qu'il reste plein. Il fallait que je le vide, en une heure ou deux. Après ça n'a plus suffi. Je suis devenue dépendante et je n'ai jamais trouvé la marche arrière. J'augmentais les doses et la fréquence, dès le matin, pendant la nuit même. Je me levais… » 
Bougie (Michel) : « Chez les Alcooliques Anonymes, on parle de bougies. Une bougie, c'est quand on a un an d'abstinence. Ma problématique au début, c'est que je n'arrivais jamais à un an d'abstinence. Je n'ai jamais baissé les bras. J'ai bataillé, mais j'ai finalement réussi à poser le verre grâce aux Alcooliques Anonymes. Pour certains, ça marche du premier coup. Moi, il m'a fallu du temps. Je n'avais pas compris que c'était à moi de décider, de tenir dans la durée ».

 

Cures

(Brigitte) : « J'ai fait 5 ou 6 cures. Mais je n'y allais pas pour moi. J'y allais pour récupérer l'amour des miens, ou pour ne pas le perdre. Je ne prenais pas part à la chose, j'étais encore dans le déni ».

 

Tremblements

(Michel) : « A une époque, j'étais alcoolisé quasiment 24 h\24 h. Je buvais une bouteille de pastis par jour, avec ou sans eau. Quand on est alcoolique, on a toujours de l'alcool dans le sang. Je ne pouvais pas fonctionner sans. Quand je me levais, ce n'était pas forcément du café que je buvais. Je tremblais tellement que je ne pouvais pas pointer la souris d'un ordinateur sur l'écran. Je ne pouvais même pas écrire à jeun ».

 

Centre Roger Fourneyron - 31, Boulevard de la République - 43000 Le Puy-en-Velay

Publié dans AA france

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