"Pays de Morlaix. "Hervé" raconte comment il a rompu avec l'alcool"

Publié le par kreizker

in "Ouest-France", 27 Mars 2018

Mercredi, cela fera 30 ans que le groupe morlaisien des Alcooliques Anonymes existe. Hervé sera présent : il n'a pas bu une goutte depuis trois décennies. Il raconte son parcours, entre déni et envie d'aider les autres.

Témoignage

C'était le 18 juin 1988. « Une date qu'on n'oublie pas en général », remarque Hervé (prénom d'emprunt). Ce jour-là, il a réussi à dire « non » à l'alcool. Mais avant que le Léonard se décide à pousser la porte des Alcooliques Anonymes, il s'est passé du temps.

Sa consommation débute de manière « festive ». Puis, vient l'époque de « la tisane de 11 h, quand je travaillais dans le bâtiment ». Si l'alcoolisation « était courante sur les chantiers »,la pause « tisane » perdure quand Hervé, qui vit alors en région parisienne, se met à travailler en bureau. « Le meilleur moyen de picoler, c'est d'offrir à boire à quelqu'un. » Sur deux bouteilles achetées, « j'en gardais une dans mon bureau ».

Chez lui, il n'y a jamais de rupture de stock. Son épouse sait qu'il boit. « C'est difficile de le cacher. Mais ce qui est facile, c'est de dire: non, je ne bois pas tant que ça. » Au fond de lui, Hervé sent qu'il y a un problème. Seulement, « je ne voulais pas le reconnaître ».

« J'ai fermé un oeil »

Il est licencié de son travail. « Officiellement, ce n'était pas lié à mon alcoolisation, mais je suis à peu près certain que ça a joué. » Son épouse le met en relation avec un avocat, pour négocier son départ de l'entreprise. « Ce n'était pas neutre de sa part », sourit Hervé. Dans la conversation, son interlocuteur lui glisse qu'il fêtera bientôt ses 14 ans d'abstinence.

Cette personne est aux Alcooliques Anonymes, les AA. Désormais, Hervé ne peut ignorer que ces groupes d'entraide existent. « Dans ma tête, je me disais: ça te concerne toi, pas moi. »Comme il faut retrouver du travail, Hervé freine sa consommation d'alcool. « Ça a plus ou moins marché. Mais, un jour, ça n'a pas marché du tout. »

Un après-midi, il est chez un membre de sa famille, dans le pays de Morlaix. En l'absence de son hôte, « j'ai tété toutes les bouteilles de la cave ». Un « rattrapage » de tout ce qu'il n'a pas bu les semaines précédentes. « L'organisme de l'alcoolique fonctionne comme ça. » Le soir, la personne qui l'accueille lui demande de la déposer à Lampaul-Guimiliau. « Pour conduire,j'avais la technique : fermer un oeil pour pouvoir suivre la ligne blanche médiane. »

Un jour sans fin

Mais, à un rond-point, les gendarmes sont là. « Ils ont été surpris que l'alcootest réagisse si vite. » En même temps que son permis est retiré, c'est son masque qui est ôté. « Je me suis dit: je ne peux plus me cacher, la lutte est finie. »

À son retour en région parisienne, il téléphone à l'avocat abstinent. Et le voilà à sa première réunion des Alcooliques anonymes. « Il est d'usage de donner la parole aux nouveaux en dernier. » Le vrai déclic se fera après avoir entendu tous les membres. « Autour de la table, c'est ma vie que les gens ont raconté », confie Hervé, encore très ému.

À 49 ans, il vient de réussir avec succès la première étape d'un processus qui en compte douze.« J'ai admis que j'avais perdu la maîtrise de ma vie. »Maintenant, il faut passer aux actes : 24 heures sans boire. Un contrat moral avec lui-même renouvelé chaque jour depuis. « Je me considère toujours alcoolique: si je prends un verre d'alcool, je vais retomber. »

Mais Hervé est bel et bien abstinent, malgré les nombreuses sollicitations, comme « ces cocktails où il est souvent si difficile de se faire servir des boissons sans alcool ».

Toujours fidèle aux AA

Entre-temps, les étapes se sont succédé, plus ou moins facilement. Il y a une phase d'autocritique, une autre de réparation des torts causés à son entourage. Pour finalement arriver à la 12e et dernière étape, « la transmission du message ».

C'est ce qu'Hervé s'emploie encore aujourd'hui à faire, en participant à chaque réunion du groupe de Morlaix. Il le fréquente depuis 1989, d'abord lors de ses vacances dans la région, puis assidûment depuis son retour au pays il y a 20 ans.

Le groupe ouvre ses portes

Mercredi, le groupe morlaisien fêtera ses 30 ans. Pour l'occasion, la réunion sera ouverte à toute personne intéressée, pour elle-même ou un proche. « Chaque membre racontera comment il est arrivé aux Alcooliques Anonymes. » Dans un peu moins de trois mois, ce sera au tour d'Hervé de fêter sa trentième année d'abstinence. Quelque chose « de très difficile et de formidable en même temps. Je suis content d'être celui que je suis maintenant ».

 
 

Chaque mercredi, à 20 h 30, réunion des Alcooliques Anonymes à Kernéguès. C'est gratuit. Chaque 3e mercredi du mois, ouvert aux proches des membres et à toute personne intéressée.

Ancien Lycée de Kernegues - Avenue du Lycée - RDC Bâtiment central petit perron de gauche - 29600 MORLAIX

Publié dans AA Bretagne

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