"Alcooliques Anonymes. Martine, la soif de vaincre"

Publié le par kreizker

in "Le Télégramme" (France), 21 août 2018

 

Après presque trente ans d’alcoolisme, Martine est devenue sobre avec l’aide des Alcooliques Anonyme de Pontivy

Après presque trente ans d’alcoolisme, Martine est devenue sobre avec l’aide des Alcooliques Anonyme de Pontivy

Au bout du rouleau, elle a poussé les portes des Alcooliques Anonymes de Pontivy en juillet 2017. Un an plus tard, Martine vient de souffler la première bougie de son abstinence. Témoignage d’une renaissance.

 

Comme tous les alcooliques, elle savait dissimuler son mal. Filouter pour mieux picoler. Mentir et tromper son monde, pour s’en jeter un p’tit dernier. Ainsi, Martine* planquait du beurre dans les placards pour prétexter, devant son mari, devoir aller en chercher au supermarché du coin. À son retour, dans le panier, le beurre n’était en fait que du mousseux. Aussi, Martine accompagnait son homme chaque dimanche aux concours de boules. Les boules ne l’intéressaient pourtant pas. Mais la buvette, si. Ces tréteaux de l’amitié où l’on commande une petite bière, puis deux, avant un petit rosé, parce qu’il fait un peu trop chaud. Cet alcool qui vous fait tourner la tête comme un soleil, et qui vous assomme en un rien de temps. Et qui, au fil des mois, vous brise finalement la vie. Au point de se détacher de sa famille, de perdre son boulot. Ses rêves. Sa foi. Son foie. Tout.

 

Idées noires et peurs bleues

 

L’alcoolisme. Voilà ce qu’était le quotidien de Martine depuis son 27e été. Jusqu’alors, tout allait pourtant bien. Une enfance heureuse, un bon job. Un mari, des enfants. Et puis patatras. Ledit mari, routier, est souvent absent. Pour combler le vide, l’éplorée se sert un verre chaque soir… Puis deux. Les larmes s’oublient, la solitude s’évapore. Alors rebelote le lendemain. Puis le surlendemain. Jusqu’à vider trois litres de mousseux par jour. On appelle cela « l’alcoolisme à domicile ». Celui qui lui a fait « perdre pied », dit-elle aujourd’hui, le regard las. 

 

« Je faisais à manger à mes enfants et puis après, je buvais des bouteilles ». Sa favorite ? Celle de mousseux. Juste un peu avant midi. « Je regardais la pendule jusqu’à ce que sonnent 11 heures pour commencer à boire ». Et le soir ? « Si je savais qu’il y avait une bouteille ouverte dans le frigo, je ne dormais pas. Il fallait que je la finisse ». Un malheur jusqu’à plus soif et « une jeunesse gâchée », marmonne l’intéressée. Mais aussi des enfants placés en famille d’accueil. Des amis qui tournent les talons. Un permis retiré, suite à un accident de voiture à 32 ans « avec deux grammes et quelque dans le sang ». Puis un foie devenu trop gros et un œsophage en souffrance. Les cures n’y changent rien : Martine est engoncée dans sa pénombre, faite d’idées noires et de peurs bleues. Avant de voir, enfin, la vie en rose…

 

Nouvelle vie et nouveaux projets

 

Car Martine a remonté la pente, et vaincu ses vieux démons. « À la fin de la dernière cure, des associations sont venues se présenter dans ma chambre, dont celle des Alcooliques Anonymes. Je n’avais rien à perdre, j’y suis allée ». Un soir de juillet 2017, à 19 h 30, elle pointe donc sa mine fatiguée dans le quartier de Bolumet. « Mon mari m’y a emmenée. Ce n’était pas simple à trouver et je me souviens, il m’a dit : tiens, la flèche est vers le bas, c’est là ! ». Et là, c’est le refuge. Le havre des cabossés, le repaire des miraculés. Le port des rescapés. « J’ai ouvert la porte, j’ai vu des gens sympas, qui souriaient. Ma parole s’est libérée. Ces réunions ont été primordiales dans ma sobriété. J’ai réussi. Sans les A.A., je serais retombée dedans ». Un an plus tard, Martine est toujours sobre. Pour de bon. Cela fait donc un an, tout juste, que l’enfer est derrière elle. « Je retrouve une nouvelle vie ! », sourit d’ailleurs l’heureuse Bretonne qui va bientôt repasser son permis de conduire pour entamer une formation d’auxiliaire de vie. À Noël et quand il y a du monde à la maison, « c’est limonade kiwi ». Les dimanches, elle retourne aux concours de boules de son mari, sans loucher sur la satanée buvette. Mieux, sa famille est revenue vers elle. Et pour la première fois depuis longtemps, la vie est belle

 

* Le prénom a été modifié

Pratique : À partir du 4 septembre, la réunion des Alcooliques Anonymes de Pontivy se tiendra quai Plessis, au deuxième étage du bâtiment E, tous les mardis à 19 h 30. Jusqu’à cette date, le lieu se situe rue Paul-Valéry, au quartier de Bolumet, les mardis à 19 h 30.

Publié dans AA Bretagne

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