"Dieu s'invite aux Alcooliques Anonymes"

Publié le par kreizker

in "Protestinfo" (Suisse), 16 Janvier 2006

Réunion des Alcooliques Anonymes (AA) dans une salle enfumée au sous-sol d’une salle de paroisse : des hommes et des femmes debout autour d’une table prient en se tenant par le bras, puis égrènent les douze étapes qu’ils doivent franchir pour être et rester sobres. Ils invoquent à plusieurs reprises le Très Haut. Visiblement Dieu est de la partie. Chacun témoigne alors de sa déchéance due à la boisson. Pour les nouveaux venus, la réunion a des allures de secte. L'Association s'en garde bien. Elle précise en ouverture de chacune de ses séances que « les Alcooliques Anonymes ne sont associés à aucune secte, confession religieuse ou politique, à aucun organisme ou établissement ». Reportage.
Ce soir-là, ils sont dix hommes et trois femmes à se retrouver pour une réunion ouverte. Les participants, des gens issus de toutes les catégories sociales, ont en commun leur dépendance à l’alcool qui leur a fait toucher le fond, et le même désir d’arrêter de boire. Les soirées des Alcooliques Anonymes sont pour eux les réunions de la dernière chance, après avoir tout essayé pour s’en sortir. Ensemble, ils s’engagent à tenir le coup sans boire, vingt-quatre heures à la fois. 

« J’ai tout perdu, ma femme, mes enfants, mon travail, mon logement », confie à l’assistance cet homme. Ce n’était plus possible, il m’a bien fallu voir la réalité en face ! ». Il explique qu’il est venu aux AA sans conviction, parce qu’à la clinique psychiatrique où il a fini par aboutir pour une cure de désintoxication, on l’a invité à rejoindre l’association. « Les psychologues, ça n’est pas mon truc, ajoute-t-il, ça ne marche pas avec moi, alors je suis venu ici ! », explique-t-il, après avoir « fait une foule de trucs qui n’ont pas été efficaces ». 

Un homme prend la parole à son tour spontanément. Il a de la peine à camoufler sa colère derrière le ton rigolard qu’il feint. « Vous dites toujours qu’il faut faire appel à Dieu, que c’est Lui qui fait les 90% du travail, et que nous devons faire les 10% restant pour nous en sortir, mais dans mon cas, j’ai l’impression que je fais 95% des efforts et que Lui ne fait que les 5% restants ». L’assemblée l’applaudit et le remercie personnellement, en le nommant par son prénom. Une chaude connivence lie les participants à la soirée. Un autre interlocuteur se lance : « C’est trop dur pour moi. Mais il y a un Etre qui a tout pouvoir, c’est Dieu. Ici, dans ces réunions, je me sens compris. Je sens que les autres savent de quoi je parle. A vrai dire, je n’ai jamais entendu dans ma vie des gens parler comme cela se passe ici, en toute franchise ! C’est le miracle des Alcooliques Anonymes ».
Malade des émotions
« Moi, enchaîne un autre membre de l’association, je suis malade des émotions. Je n’arrivais jamais à dire ce que je ressens. Je bois pour faire face à mon angoisse du lendemain. Hop ! Vite un verre pour qu’il n’y paraisse pas, et hop, un autre pour que je supporte ce qui m’arrive, un autre encore pour aller travailler ; je suce un bonbon mentholé pour camoufler le tout. Aux Alcooliques Anonymes, j’ai appris à ne pas avoir peur de mes émotions. Ici, c’est du fond du cœur que tout le monde parle. Personne ne juge l’autre. J’apprends à vivre les émotions tout nu, sans alcool ».

On dirait parfois que les participants répètent une leçon, si l’on ne captait pas leur émotion, toujours au bord des lèvres. Le message diffusé par les dépliants et la littérature éditée par les l’Association des Alcooliques Anonymes semble avoir bien passé dans le groupe et abouti à des victoires personnelles.

François, look yuppie impeccable, bénévole à l’association, répond volontiers à mes questions après avoir décliné rapidement son passé. « J’ai actuellement six ans d’abstinence grâce aux AA, et cela après vingt-cinq ans de galère alcoolique. Mon entraînement à la sobriété, je le dois à eux. Si j’ai choisi d’aider les autres, c’est parce que je sais qu’on ne peut pas s’en sortir tout seul. A l’association, on ne condamne pas les rechutes, on n’ajoute pas à nos souffrances, on accueille chacun dans sa vérité, on lui demande seulement d’être honnête avec lui-même et avec les autres. L’alcool m’avait tellement isolé du monde que j’avais une grande soif d’amour. C’est dans la relation à l’autre, dans le partage et le réconfort et le recours à Dieu que je m’en sors ». François parle alors d’un véritable réveil spirituel. « Quand je me suis mis à toucher le fond, j’ai essayé de m’accrocher à quelque chose de plus spirituel, de plus fort que moi. Je suis devenu peu à peu croyant, parce que j’ai compris que je n’arrivais pas à m’en sortir tout seul. Personne ne m’a embrigadé dans une Eglise ni ne m’a parlé d’un Dieu particulier auquel il me fallait croire. A moi de faire confiance au Dieu tel que moi je le conçois. Personne ne me demande jamais de comptes sur ma façon de croire, c’est ça qui me plaît dans le mouvement ». 

La place du spirituel dans la thérapie de la personne alcoolique n’est pas la seule particularité de l’Association des Alcooliques Anonymes. Engagé de longue date dans le combat de la Croix-Bleue, œuvre diaconale non confessionnelle qui fonde ses activités sur la foi chrétienne, le pasteur français Pierre Kneubühler témoigne de l’importance du recours à la foi dans l’accompagnement des alcooliques et dans le processus de reconstruction de leur personnalité.Il explique dans son livre dans son livre « Le défi du possible, approche théologique » aux éditions Olivétan que, pour lui, la quête de Dieu aide à passer de l’état de destruction à celui de reconstruction.

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