"Fléau social : quand l’alcool détruit les familles"

Publié le par kreizker

in "Le Défi Quotidien" (Ile Maurice), 2 Novembre 2018

Extrait : 

Témoignage 

Roseline : «Ma fille de 24 ans est alcoolique»

Roseline, 53 ans  séparée de son mari, est désespérée. Cette habitante de La Tour Koenig ne sait plus à quelle porte frapper. Sa fille, Annabelle (prénom modifié), 24 ans, est accro aux boissons alcoolisées. Cette mère célibataire ne peut y résister au point de délaisser sa famille. « Li bwar bokou et an tan ki mama mo gayn traka pou li et sirtou pou so bann zanfan », témoigne cette mère et grand-mère en détresse. Depuis quatre ans, Roseline dit subir les sautes d’humeur de sa fille.

Annabelle a deux enfants âgés de cinq et trois ans. « Le dernier est épileptique, il avait de l’eau à la tête et il vient d’être opéré. Il reçoit une pension d’invalidité et l’aîné reçoit une aide sociale du ministère de la Sécurité sociale », explique Roseline. Annabelle et ses deux enfants habitent chez elle. « Le père est un toxicomane et cela fait longtemps qu’il n’est pas venu voir ses enfants qui se sont habitués à son absence, confie la grand-mère. Je suis séparée, j’ai la charge de mes deux enfants et de mes deux petits-enfants mais Annabelle me rend la tâche difficile. »

Selon sa mère, Annabelle était danseuse dans les hôtels mais elle a dû cesser de travailler lorsqu’elle a eu des enfants. Roseline, elle, est bonne à tout faire dans plusieurs maisons du quartier. La descente aux enfers d’Annabelle a commencé par des invitations d’amis qui devenaient fréquentes. « Ma fille répond toujours présente et quand il est tard, je m’inquiète et souvent, je dois aller la chercher car elle est trop ivre pour rentrer. Elle s’est déjà rendue à la boutique avec les enfants pour consommer de l’alcool. Elle ne s’occupe pas d’eux. Elle est incontrôlable. J’ai plusieurs fois essayé de la raisonner mais en vain. »

«Mon père nous a abandonnés pour la bouteille»

Elle a 18 ans. Et elle ne s’en remet toujours pas. Elle n’avait que neuf ans lorsque son père a décidé d’abandonner le toit conjugal. Koonjal, fille unique, explique que sa mère a alors sombré dans la dépression. « Je me sentais perdue et pendant toutes ces années, je me suis demandée pourquoi mon père n’a pas eu l’aide nécessaire. Ma mère a pu se remettre debout par la suite mais elle s’est toujours sentie coupable de ne pas avoir pu le retenir et de l’avoir bousculé à plusieurs reprises pour qu’il arrête de boire. »

Son père est aujourd’hui décédé après avoir été SDF pendant des années. « La dernière fois que je l’ai vu, il était dans un centre d’accueil. Pendant plusieurs années, il s’est caché, il avait honte et il ne voulait pas qu’on le voie dans cet état. »


L’Alcoolique Anonyme à la rescousse

Satish, un membre actif de l’Alcoolique Anonyme souhaitait rencontrer Roseline et sa fille. Ils ont donc pris rendez-vous. L’Alcoolique Anonyme est une association qui regroupe des hommes et des femmes qui ont été ou qui sont esclaves de l’alcool. « Chacun partage ses soucis et contribue à trouver les meilleures formules appropriées pour vaincre cette maladie, explique Satish. Oui, nous considérons l’alcoolisme comme une maladie qui d’ailleurs a été reconnue par l’Organisation mondiale de la santé. Il faut d’abord que la personne ait le désir de s’en sortir et l’ONG est là pour l’encadrement et l’encouragement de chaque individu. Il n’y a aucun frais d’administration ou paiement mensuel. Chacun apporte son soutien comme il peut. Notre but primordial est de venir en aide à ceux qui veulent s’abstenir de l’alcool. »

Une autre association, Alanon, encadre les familles qui vivent avec une personne alcoolique. « Il peut s’agir de parents, d’une femme dont le mari est alcoolique, ou vice-versa, etc… Nous leur expliquons comment vivre et agir avec une personne qui est accro à l’alcool, informe Satish. Il n’y a pas de restriction d’âge, les portes sont ouvertes à tous. »

Pour prendre contact avec l’association Alcoolique Anonyme ou avec Alanon, appeler sur le 5716 3355.

Publié dans AA Afrique

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