'L'alcoolisme, un mal familial"

Publié le par kreizker

in "La Nouvelle Union Weekend" (Québec), 11 Novembre 2018

Dans les années 1970, Jocelyne a cohabité avec l'alcoolisme de son conjoint, allant même jusqu'à fréquenter les Alcooliques Anonymes, puisqu'elle croyait faire partie du problème. En 2013, complètement démolie par la dépendance de son fils, elle a réussi à se reconstruire grâce à Al-Anon.

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Accompagnée de Julie, une autre membre active de l’organisme d’entraide, Jocelyne, aujourd’hui âgée de 71 ans, partage son histoire afin d’offrir à ceux qui en auraient besoin ce qui s’est avéré pour elle une planche de salut.

«Vers l’âge de 30 ans, mon mari, dont je me suis divorcée par la suite, était alcoolique. Il a bu pendant une dizaine d’années. Je ne connaissais ni les Alcooliques Anonymes (AA), ni Al-Anon», commence-t-elle. Elle découvrira ces ressources dans les années 1980, alors que son époux suit une thérapie. «J’étais aussi malade que lui. Je voulais le changer et puis on vit tellement d’épreuves physiques, mentales et financières…», se rappelle-t-elle. À la suite de ces blessures, la séparation devient inévitable. Elle vit seule pendant une autre dizaine d’années avant de refaire sa vie. Au cours de cette période, elle s’identifie elle-même comme AA, «parce que j’avais consommé aussi» et fréquente un groupe.

Lorsqu’elle rencontre son nouveau conjoint et durant la décennie suivante, «ma vie allait très bien», constate-t-elle. Bien outillée du mode de vie acquis chez les AA, elle se pense insubmersible.

Or, une nouvelle épreuve l’attend. Elle apprend par sa fille et sa bru, en 2013, l’alcoolisme de son fils. «Quand je l’ai su, ça faisait quatre ans qu’il consommait beaucoup», note-t-elle. Elle s’inquiète pour lui, père de trois enfants. «La première année, j’ai tenté de lui parler et ça n’a absolument rien donné. Puis il s’est séparé.»

À ce moment, elle ressent pleinement toutes les souffrances de son garçon. «Ça m’appartenait. Lorsqu’il ne voyait pas ses enfants un certain temps, je pleurais et je m’inquiétais. Je lui téléphonais, prenais des informations et désirais le sauver», confie-t-elle.

Les problèmes monétaires surgissent. «Je l’ai aidé financièrement, ce qu’il ne faut pas faire, puisque ça leur nuit. Ça les empêche de prendre leurs responsabilités», constate Jocelyne. En outre, elle passe beaucoup de temps auprès de lui, notamment parce que pour voir ses enfants, une autre personne doit être présente. «Souvent, un alcoolique perd tout et s’isole. Il ne restait plus que moi.» L’équilibre de Jocelyne devient de plus en plus fragile. La peine et la peur pavent son quotidien. «J’étais devenue irresponsable, irraisonnable et je prenais de mauvaises décisions.» Si l’alcoolisme constitue une maladie, Jocelyne considère que sa maladie à elle était psychologique. En 2015, au bout du rouleau, elle intègre Al-Anon.

Du soutien et des outils

Souffrante et impuissante, elle décide de chercher de l’aide. Lorsqu’elle se rend chez Al-Anon, Jocelyne n’a «plus de vie». Elle y reçoit les outils nécessaires pour se guérir et se reconstruire. Son amie Julie, elle aussi membre, explique que d’abord, on y démystifie l’obsession ressentie envers le proche dépendant. «On se retrouve avec des gens qui vivent la même chose. On n’ose pas trop en parler avec notre famille et nos amis, parce que ce n’est pas bien perçu», dit-elle. Les conseils empreints de jugement mènent au silence et accentuent la détresse. Le groupe permet aux participants de se sentir moins seuls, puis indique des attitudes favorables à adopter pour toutes les parties impliquées dans cette problématique. «Ce sont des petites choses qu’on sait, mais qu’on a perdues de vue, comme apprendre à dire non», exemplifie Julie.

Les séances abordant des thèmes auxquels contribuent les participants, Jocelyne témoigne en ressortir chaque fois nourrie. Elle applique les réflexions mûries à tous les aspects de sa vie. «Les AA ont pour objectif de ne pas boire. Chez Al-Anon, on apprend à se concentrer sur soi, car quand on est heureux, ça déteint sur son environnement», précise la septuagénaire.

Depuis les trois ans qu’elle fréquente les réunions, Jocelyne observe des améliorations importantes chez son fils. «Nos émotions du passé reviennent parfois lors de certains événements. Dernièrement, il a commencé à me rembourser l’argent que je lui avais avancé. Et puis je me suis sentie coupable, alors qu’il se responsabilise», confie-t-elle. Cet événement lui rappelle qu’elle a encore du chemin à faire. La route s’avère longue et elle considère Al-Anon comme un mode de vie non contraignant, sécuritaire et bienveillant.

Les groupes familiaux Al-Anon de Victoriaville demeurent ouverts en tout temps pour les familles et les amis de personnes alcooliques. Toutefois, ils ouvriront leurs portes à toute la population à la faveur de la semaine nationale de sensibilisation aux dépendances, du 26 novembre au 2 décembre, dans le but d’informer tout un chacun sur le fonctionnement de ces rencontres. Le site Web al-anon.org offre de plus amples détails au sujet des groupes Al-Anon.

Publié dans ALANON ALATEEN

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