Alcooliques Anonymes à Poitiers : "J'ai commencé à boire à l'âge de huit ans"

Publié le par kreizker

in "France Bleu", 3 mai 2019

Alcooliques Anonymes à Poitiers : "J'ai commencé à boire à l'âge de huit ans"

A l'origine de 41.000 décès par an en France, la consommation d'alcool ne diminue plus pour la première fois depuis la Seconde Guerre Mondiale. A Poitiers, les bénévoles de l'association des Alcooliques Anonymes appellent à briser un tabou.

C'est au numéro 6 de la rue du Doyenné à Poitiers que la réunion des Alcooliques Anonymes a lieu chaque jeudi soir, derrière une porte blanche a priori banale, et pourtant "pousser la porte, c'est le moment le plus difficile pour un alcoolique, explique Anne, l'une des bénévoles, car c'est une première prise de conscience qu'il faut se soigner." 

 

"J'ai commencé l'alcool à huit ans (...) c'est mon beau-père qui m'a poussé à boire pour abuser de moi (...) A douze ans, j'allais en discothèque, et quand je revenais, j'avais au moins un gramme dans chaque paupière. Il fallait que je me fasse soigner sinon j'allais crever."

Karoline, dont le prénom a été modifié, raconte "avoir connu le pire dans [sa] vie". "La rue, le viol, les violences". Après une cure de désintoxication, cette Poitevine a réussi à soigner son alcoolisme. Abstinente depuis maintenant deux ans, elle affirme avoir trouvé au sein de l'association "de la gentillesse, du respect et des gens bienveillants. Quand je suis arrivée, c'était - bah tu veux un café ? Les copains je vous présente Karoline !"

"On est alcoolique à partir du jour où c'est la bouteille qui commande"

 

Alors que l'Académie nationale de médecine a révélé mardi que la consommation d'alcool ne diminue plus en France, une première depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, les bénévoles des Alcooliques Anonymes de Poitiers expliquent qu'aucune catégorie sociale n'échappe à ce fléau. Ancienne alcoolique, Anne n'a plus bu une goutte d'alcool depuis onze ans.

"C'était la bouteille qui commandait, qui passait avant nos enfants, avant notre vie de famille, avant de manger, avant de faire quoi que ce soit, c'était la bouteille. Pour boire, j'achetais des cubis de vin blanc, et je mettais un verre en dessous, comme ça mes enfants n'entendaient plus le bruit du bouchon."

La dernière fois que Nicole a posé son verre sur la table, c'était un lundi de novembre. Pendant l'hiver 1996. Après vingt-deux ans d'abstinence, cette bénévole des AA trouve "terrible" qu'autant de femmes enceintes boivent de l'alcool sans connaître les ravages que cela entraîne sur leur enfant. Elle ajoute qu'il lui a été moins difficile de vivre avec un cancer que d'affirmer son alcoolisme en société. "Mes oncologues me regardaient avec de grands yeux (...) mais si on osait en parler, si on osait lever le tabou, ça irait beaucoup mieux."

"J'ai arrêté de boire parce que j'allais mourir" 

 

"Bonsoir les amis, je m'appelle Alain, je suis malade alcoolique, abstinent et heureux de l'être." Ainsi commence chaque réunion des AA. "Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, ceux qui sont autour de la table ne répondent pas en chœur, bonsoir Alain, non ça c'est dans les films américains". 

"J'avais tout perdu, ma femme était partie, mes enfants ne me parlaient plus, au travail, ça n'allait pas (...) ici j'ai d'abord appris à ne plus boire pendant deux heures, puis pendant 24 heures, puis un mois..."

Treize ans sans goutte d'alcool pour Alain. Un an et demi pour Louis."Mais ça ne veut pas dire que je me fâche si un ami me propose par mégarde un verre. Je trouverai déplacé le fait qu'il insiste, ceci étant, je n'ai rien contre les gens qui ont une consommation raisonnée, on n'est pas des Ayatollahs, je suis simplement solidaire des gens à qui [l'alcool] apporte du malheur".

Les réunions des Alcooliques Anonymes à Poitiers ont lieu les mardis à 19 heures au 198 rue du Faubourg du Pont Neuf et les jeudis à 20h30 au 6 rue du Doyenné. Pour connaître les lieux et horaires des réunions se déroulant à Niort ou Civray, cliquez ici.

Publié dans AA france

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