"Alcooliques Anonymes. À la recherche d’un nouveau souffle"

Publié le par kreizker

in "Le Télégramme", 8 mai 2019

À Douarnenez, les réunions ont lieu tous les vendredis, à 20 h 30, au centre Gradlon (impasse Quéré)

À Douarnenez, les réunions ont lieu tous les vendredis, à 20 h 30, au centre Gradlon (impasse Quéré)

Installés depuis plus de 35 ans à Douarnenez, les Alcooliques Anonymes sont discrets. Peut-être même trop discrets. Pierrick, l’un de ses membres de longue date, nous parle de l’association et de la section locale qu’il participe à animer.

 

Dans le groupe douarneniste des Alcooliques Anonymes, cet homme de 73 ans, abstinent depuis 32 ans, se fait appeler Pierrick. L’anonymat, pour lui, « c’est une base spirituelle de notre tradition dans le monde ». L’anonymat, c’est aussi une façon de protéger le groupe plus que soi-même : « Moi qui vous parle, si je m’affichais partout, en commençant par les médias, je ferais une très mauvaise publicité à l’association en cas de rechute ». Une façon aussi de dire qu’avec l’alcool, la bataille n’est jamais définitivement gagnée. Pour Pierrick, il faut aussi voir dans l’anonymat « une valeur qui est celle de l’humilité ».

 

Avant d’évoquer le groupe local, Pierrick souhaite passer par une présentation plus générale : « Les Alcooliques Anonymes existent dans plus de 100 pays et c’est le mouvement d’entraide le plus important dans le monde. Il se différencie des autres mouvements (Alcool Assistance, Croix d’Or…) par le fait qu’il y a une méthode de rétablissement en douze étapes. Le principe de base des deux hommes qui ont créé le mouvement en 1935 aux États-Unis, c’est aussi de se dire qu’il est plus facile d’arrêter si on aide quelqu’un en même temps ».

« Recevoir quinze avis à un problème, ça n’aide pas »

 

Pour rejoindre les Alcooliques Anonymes, il n’y a pas d’adhésion ou de cotisation, « le désir d’arrêter de boire est la seule condition pour devenir membre », insiste Pierrick. Pour atteindre ce stade, un alcoolique doit cependant « dépasser la certitude de pouvoir s’en sortir tout seul et avoir conscience que s’il ne rejoint pas quelque chose d’aidant au-delà des soins, il ne s’en sortira pas ».


Ce qu’il faut, c’est savoir se remettre en cause
 

À Douarnenez, où les Alcooliques Anonymes sont présents depuis environ 35 ans, les réunions ont lieu tous les vendredis, à 20 h 30, au centre Gradlon (impasse Quéré) et, comme ailleurs, les séances s’organisent autour de prises de paroles sur un thème qui est proposé. Chacun s’exprime, personne n’interrompt l’autre et les réponses à une intervention ne sont pas autorisées. « Personne n’a de conseils à recevoir de l’autre. Recevoir quinze avis à un problème, ça n’aide pas à trouver des solutions. Ce qu’il faut, c’est savoir se remettre en cause », commente Pierrick. Actuellement, les réunions locales regroupent quatre à huit personnes, « dont assez peu de Douarnenez. Les gens viennent plutôt du Cap ».

 

En perte de vitesse

 

Pierrick reconnaît d’ailleurs que les « AA », à Douarnenez comme en France, sont dans une période un peu creuse et que l’organisation se pose des questions sur la façon d’aborder l’avenir tout en s’adaptant à la société d’aujourd’hui : « Toutes les associations de ce type sont en perte de vitesse. Les gens passent, consomment, viennent et repartent. Il y a aussi une réflexion à avoir sur notre communication. Les Alcooliques Anonymes sont télescopés par les réseaux sociaux et internet. Je vois d’ailleurs des réunions à distance se mettre en place dans le Morbihan… » Pierrick constate aussi que dans le paysage, « les services médicaux se sont structurés pour apporter des réponses, notamment en regroupant les addictions. Je vois aussi des cliniques qui annoncent qu’elles ne sont pas là pour aider à arrêter de boire ».

 

 

Je n’ai pas l’impression que ce soit une cause nationale alors qu’il est à l’origine de plus de 40 000 morts chaque année
 

Quoi qu’il en soit des moyens que se donneront (ou pas) les Alcooliques Anonymes et de l’avenir qu’ils vont chercher à construire, Pierrick a une certitude qui lui fait penser que son association a plus que jamais un rôle important à jouer : « Pour moi, l’alcool n’a jamais été aussi présent dans notre société. Pourtant, je n’ai pas l’impression que ce soit une cause nationale alors qu’il est à l’origine de plus de 40 000 morts chaque année. On parle bien plus de la drogue qui tue 3 000 personnes par an ».


Pratique
Contacts : tél. 06 63 17 53 24 ; 09 69 39 40 20.
 
 
 
 
 
 

 

Publié dans AA Bretagne

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