"Comment les Alcooliques Anonymes aident leurs amis à arrêter de boire"

Publié le par kreizker

in "La Montagne" (France), 21 mai 2019

Aux Alcooliques Anonymes, chacun parle de son expérience pour aider l'autre.

Aux Alcooliques Anonymes, chacun parle de son expérience pour aider l'autre.

Depuis 45 ans, le groupe des Alcooliques Anonymes de Brive accueille les personnes qui ont un problème avec l'alcool à devenir, et surtout, à rester abstinentes. Trois femmes expliquent comment elles s'en sont sorties.

Monique (*), « alcoolique, sobre aujourd’hui», doit sa délivrance aux Alcooliques Anonymes (AA). « J’ai bu pendant dix ans comme un trou, raconte-t-elle lors d'une réunion des AA. Mon mari, très bon chic bon genre, disait que j’étais dépressive. Mais j’aimais ça, aller dans les bistrots le soir, je ne buvais que de l’alcool fort (poire, gin...) »

Jusqu’au jour où, complètement saôule, elle a failli passer par dessus un balcon, rattrapée in extremis par sa mère, avant de vomir dans tout l’appartement.

 « Aux AA, les gens me comprenaient »

« Ma mère a insisté pour je contacte les AA, a poursuivi Monique. Et là j’ai eu le déclic : j’avais enfin trouvé quelqu’un qui me comprenait. » Elle a pu alors entamer un processus vers l’abstinence, soutenue par ses nouveaux amis :  « Si je ne les avais pas rencontrés pour me donner un coup de main, je ne serais pas là aujourd’hui », a-t-elle déclaré à ses amis du groupe de Brive.

Mais pour Monique, qui avait divorcé et perdu la garde de son fils, l’abstinence est un combat de tous les jours : « J’ai travaillé pendant 14 ans dans l’immobilier, on faisait beaucoup de repas avec les clients où l’alcool était de mise. Moi, je demandais un coca et mon patron ne comprenait pas ! »

Un lien vital avec le groupe des AA

« Au mariage de mon fils, je me suis sentie vraiment en danger avec des bouteilles d’alcool partout, j’ai alors appelé les AA qui m’ont dit de partir. Ce que j’ai fait en l’expliquant à mon fils ; sinon j’aurais replonger. »

Le lien avec les AA est pour Monique vital et elle aide à son tour d’autres personnes : « Je me sens responsable d’aider ceux qui veulent s’en sortir. Et cette responsabilité m’aide à tenir bon ! »

« Boire était devenu obsessionnel »

Christèle, âgée de 59 ans, est arrivée aux Alcooliques Anonymes de Brive en 2001 : « Cela faisait plusieurs années que je n’arrivais pas à arrêter d'abuser du whisky. J’avais des soucis comme tout le monde et ma béquille a été l’alcool. Je ne savais plus comment vivre sans : tous les jours, il fallait aller chercher ma dose, c’était devenu obsessionnel. »

 

Quand elle s’est rendu compte que son jeune fils savait qu’elle buvait, elle s’est décidé à aller à une réunion des AA : « Ça a été vraiment une délivrance. Je me suis rendu compte que l’alcoolisme était une maladie, que ce n’était pas une tare. Je n’étais pas responsable, pas folle et je n’étais plus seule avec mon problème. Les amis m’avaient donné leur numéro de téléphone, je pouvais les appeler dans la journée », ajoute Christèle qui est ainsi abstinente depuis 2001.

« Je tremblais comme une feuille, mes yeux étaient injectés de sang »

Après 28 ans d’abstinence, Marion, une Lotoise de 71 ans, continue de venir régulièrement aux réunions à Brive. « Je m’en suis sortie sans perdre ma famille. Certains perdent tout avec l’alcool ! »

Il y a une trentaine d’années, alors que ses enfants étaient à la fac et son mari ne rentrait que le week-end, « je buvais tranquillement la semaine. La boisson était devenue mon réconfort, mon refuge. Mais mon entourage le voyait, il y avait des conséquences sur mon organisme : je tremblais comme une feuille, mes yeux étaient injectés de sang, je n’arrivais plus à taper le code de ma carte bleue, j’avais honte de parler aux gens. »

« J'ai retrouvé ma personnalité »

Jusqu’au jour où un docteur lui donne le numéro des AA. « Mon mari ne voulait pas que je fasse une cure pour ne pas avoir à expliquer aux gens pourquoi je n’étais pas là pendant trois semaines. Pendant six mois, sans arrêter de boire, j’ai écouté les expériences des AA qui parlaient d’honnêteté… jusqu’à ce que j’ai d’avoué que l’alcool était plus fort que moi, que j’étais dépendante. »

Grâce au soutien et encouragement des AA, Marion a arrêté de boire et a pu « retrouver [sa] personnalité » et reprendre une vie normale « où je sors, j’ai des amis… Mais je continue à venir aux AA pour ne pas replonger, l’expérience montre que c’est encore plus difficile à s’en sortir ».

(*) Les prénoms ont été changés pour conserver l’anonymat.

 

Pour faire partie des AA, il suffit d’avoir le désir d’arrêter de boire et de se rendre aux réunions hebdomadaires où, à Brive, huit personnes sont présentes en moyenne. « Nous fonctionnons sur le partage des expériences de chacun, explique Jean-Marc, un des serviteurs (bénévoles, N.D.L.R.) du groupe de Brive. À chaque réunion, les gens parlent de leur vécu, ils ne sont pas jugés. Les alcooliques ont tendance à refuser les directives, ils sont à la recherche d’un maximum de liberté. » Le groupe travaille également avec les différents services d’addiction pour informer ses adhérents.
Les AA de Brive se réunissent tous les mercredis à 20 heures et les samedis à 16 heures dans les locaux du Secours catholique, 16 rue Jean-Fieyre. Tel. 06.74.09.42.58. E-mail : aabrive@gmail.com.

Publié dans AA france

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