«C’est le premier verre qui compte»

Publié le par kreizker

in "L'Avenir" (Belgique), 22 Novembre 2019

Les Alcooliques Anonymes de Namur organisent une journée portes ouvertes ce samedi.Un de leurs membres, Jacky, témoigne.

Nous l’appellerons par son prénom: Jacky. Parce que l’anonymat est inscrit dans l’ADN du mouvement des AA. Abstinent depuis 35 ans, Jacky n’hésite pourtant pas à aller au-devant du public, dans les écoles pour parler de ce terrible fléau. A la veille d’une journée portes ouvertes, ce samedi 23 novembre au sein de son groupe de Namur, il témoigne.

 

À qui s’adresse cette porte ouverte des AA de Namur-unité?

Tout le monde peut venir. Les personnes qui souffrent de la maladie, mais n’osent pas spontanément franchir la porte des AA, mais aussi des représentants de professions confrontées de près ou de loin à l’alcoolisme: avocats, professeurs, membres du clergé… toute personne sensibilisée de par sa profession.

 

Comment convaincre une personne sous l’emprise de l’alcool de venir?

L’idéal est de venir dans un état d’esprit de capitulation devant l’alcool. Et si une personne vient en ayant bu, nous l’accepterons pour autant qu’elle ne perturbe pas la réunion. Personnellement, quand j’ai connu les AA en 1978, je me suis parfois présenté aux réunions dans des états pas croyables. Je n’ai pas été jugé mais au contraire encouragé, cela m’a beaucoup aidé à devenir abstinent.

 

L’alcoolisme touche bien plus que la personne qui boit. Il y a aussi l’entourage…

C’est pourquoi il y aura la présence du groupe Al-Anon, qui s’adresse aux proches d’une personne alcoolique. De son côté, le mouvement AA insiste pour que la personne reconnaisse ses torts. Personnellement, j’ai fait du tort à mes parents mais aussi à mon grand-père, qui est mort un mois avant que je ne devienne abstinent. J’ai entrepris la démarche de lui demander pardon en allant déposer des fleurs sur sa tombe. Cela m’a remis en paix avec ma conscience.

 

Comment définiriez-vous la méthode des AA?

C’est un programme de rétablissement qui permet de vivre heureux sans boire. Le programme a été mis au point par les Américains. Il s’attarde sur l’honnêteté, la peur, la colère…

 

Quel a été votre déclic pour arrêter de boire?

J’étais au bout du rouleau. C’était ça ou crever. J’avais suivi sans succès des cures, subi une soixantaine de comas éthyliques. On ne meurt pas de l’alcool, on en crève. Le 14 octobre 1984, plus personne ne me regardait mais mon frère est venu me chercher pour me conduire chez mes parents. Ce jour-là, je n’ai pas bu. Le lendemain, je me suis dit que j’allais encore essayer. Le troisième jour, j’ai senti le besoin de boire et j’ai fait appel à un ancien du groupe qui m’a conduit à une réunion des AA. La solidarité et la fraternité, et l’absence de jugement, m’ont permis de m’en sortir.

 

Pourtant, la méthode ne convient pas à tout le monde…

Oui, tellement c’est dur. Un jour, on a vu débarquer en même temps cinq personnes relativement jeunes. On leur a parlé de la méthode du premier verre à ne pas prendre. Ce n’est pas le dernier mais le premier qui compte quand on est sous l’emprise de l’alcool. Ils ne sont plus revenus car ils venaient pour boire moins. Les AA prônent l’abstinence totale. Moi, si je bois un verre, même après 35 ans d’abstinence, je suis foutu. Je suis abstinent, mais je vis des jours heureux: je viens de réaliser mon rêve en avril. Avec mon épouse et ma fille, nous sommes partis à New York, où nous avons visité le bureau mondial des AA à New York. Nous y avons été accueillis de façon fabuleusement simple et fraternelle.

 

Portes ouvertes de Namur-Unité des Alcooliques Anonymes, ce samedi 23 novembre, à 13 h 30, rue Rupplémont, n° 16. Les points clés de la maladie seront abordés, présence du mouvement Al-Anon. Entrée gratuite et ouverte à tous et toutes.

Permanence téléphonique 24h/24: 078 15 25 56.

 

«C’est le premier verre qui compte»

Publié dans AA Belgique

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