"À 95 ans, il poursuit sa route vers la sobriété"

Publié le par kreizker

in "Le Télégramme" (France), 7 Janvier 2020

Jacques ne se sépare jamais du livre écrit par Joseph Kessel « Avec les Alcooliques Anonymes », il avait rencontré l’auteur lors d’une assemblée générale de l’association à Paris.

Jacques ne se sépare jamais du livre écrit par Joseph Kessel « Avec les Alcooliques Anonymes », il avait rencontré l’auteur lors d’une assemblée générale de l’association à Paris.

À presque 95 ans, Jacques est le doyen des Alcooliques Anonymes de Brest. Il évoque la création des groupes d’entraides dans la ville et le regard que l’on porte sur l’alcoolisme.

« Au collège, j’étais bègue ». Pour Jacques (*), qui aura 95 ans en ce mois de janvier, son alcoolisme trouve sa source dans ce mal-être qu’il a tenté de dissimuler. « J’ai commencé à travailler comme ingénieur vers 21-22 ans. L’alcool permettait de me désinhiber. À force, on augmente les doses ». L’alcoolisme est un phénomène alors mal compris. « Je n’admettais pas avoir un problème. Je disais : « J’arrête quand je veux » ». Mais Jacques n’arrête pas. Aussi, en 1975, son épouse le supplie de faire quelque chose. Il se tourne vers son beau-frère, médecin. Sans succès.

 

« Je n’étais pas un tordu,

 

mais un malade »

 

Il se dirige alors vers une jeune structure, à Paris : les Alcooliques Anonymes. Immédiatement, un membre le prend en charge. « Il me demande mon prénom, pas mon nom. Il me dit qu’ici, il n’y a que des frères et sœurs ». Cet homme deviendra son parrain, celui vers qui il pourra se tourner, à toute heure du jour et de la nuit. Lors de sa première séance, il écoute les personnes présentes, une vingtaine d’hommes, quelques femmes. Le soir, chez lui, Jacques ne trouve pas le sommeil. « Ma vie est repassée devant mes yeux, comme un film. Cette nuit-là, j’ai compris que j’étais alcoolique ». Selon les Alcooliques Anonymes, la première étape vers la sobriété passe par reconnaître la perte de la maîtrise de sa vie. « J’ai compris que je n’étais pas un tordu, mais un malade ».

 

Chaque jour,

 

renoncer au premier verre

 

Depuis ce jour, Jacques affirme n’avoir plus jamais bu. Mais le chemin n’a pas été de tout repos. Chaque jour, il lutte pour résister au premier verre. « Comme les marins, je faisais des quarts. Ils reprenaient tous les matins pour 24 heures ». Pour tenir, il se rend toujours aux réunions, à Paris, faisant l’aller-retour tous les week-ends. À Brest, il fait la connaissance de Jean, un gars de l’Arsenal. « On a décidé de fonder un groupe à Saint-Martin. Au bout de quinze jours, nous étions une dizaine ». Aujourd’hui, Brest compte cinq groupes. Et Jacques, s’il n’a plus touché à l’alcool depuis 45 ans, se considère toujours comme un alcoolique « définitivement allergique à l’alcool ».

*Le prénom a été changé.
 
 
 
 
 
 

 

EN COMPLÉMENT

Les Alcooliques Anonymes « n’est pas un repaire d’ivrognes »

Pas de chef, que des amis

 

Les Alcooliques Anonymes, ou AA, n’ont pas de chef. Il y a des « serviteurs », qui sont responsables du bon fonctionnement de chaque groupe, pour deux ans maximum. Entre eux, les membres s’appellent des « amis ». L’anonymat est le socle des groupes, les membres ne donnent jamais leur nom. « On n’est pas un groupe de parole mais un groupe de travail », précise Bernard (*), serviteur pour le Finistère, au sein du groupe de Brest Renouveau, accueilli par le Patronage laïque Sanquer. « Je les remercie. Comme les AA n’ont pas de financement, ce n’est pas évident de trouver un lieu pour se réunir ».

 

Il est interdit de couper la parole

 

À chaque séance, un thème est proposé pour que chacun puisse s’exprimer. Il est interdit de couper la parole. « Nous n’exigeons rien des membres à part de l’écoute », précise Bernard. Les membres viennent aux séances selon leurs souhaits. Parler n’est pas obligatoire. « On a une vision très péjorative des AA, admet Hubert (*), membre depuis quatre mois. Je pensais trouver un repaire d’ivrognes. Or c’est chaleureux ». Tous les âges et toutes les catégories sociales sont représentés, hommes comme femmes.

 

On n’y va pas par hasard

 

Quand un médecin lui a diagnostiqué un début de cirrhose à 31 ans, Alex (*) a décidé de réagir. « On va aux AA quand on en a marre d’avoir marre, quand on touche le fond ». Pour Hubert, c’était l’ivresse de trop. « J’avais l’alcool mondain, festif. Je ne buvais pas tous les jours, mais quand je commençais, je ne pouvais plus m’arrêter ». En cette période de fête, il tolère bien l’omniprésence de l’alcool, et n’est pas tenté. « On ne persécute plus les gens qui ne boivent pas, se réjouit Bernard ». Les AA ne cherchent de toute manière pas à changer la société. « Mais on peut se changer en mieux ».


Pratique
Groupe des AA de Brest Renaissance, chaque samedi à 10 h 30 au PL Sanquer, 56, rue Choquet de Lindu ; tel. 06 28 41 90 50.* Les prénoms ont été changés.
 

Publié dans AA Bretagne

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