"En immersion avec les Alcooliques Anonymes à Migennes"

Publié le par kreizker

in "L'Yonne Républicaine" (France), 23 Janvier 2020

Chaque mardi, dans leur local de la rue des Écoles, à Migennes, plusieurs hommes et femmes se retrouvent lors d’une réunion des Alcooliques Anonymes. Sous couvert d’anonymat, chacun peut s’exprimer. À cœur ouvert.

Chaque mardi, dans leur local de la rue des Écoles, à Migennes, plusieurs hommes et femmes se retrouvent lors d’une réunion des Alcooliques Anonymes. Sous couvert d’anonymat, chacun peut s’exprimer. À cœur ouvert.

Sous couvert d’anonymat, des hommes et des femmes se réunissent, chaque mardi soir, à Migennes, lors d’une réunion des Alcooliques Anonymes. Immersion.

"Bonjour, je m’appelle Serge, je suis malade alcoolique. J’ai passé une bonne semaine." La réunion du groupe des Alcooliques Anonymes (AA) de Migennes vient de débuter, ce mardi soir, rue des Écoles. Dix personnes sont assises autour de la table où se mêlent livres, bonbons, classeurs, café. Une femme, et neuf hommes. La benjamine, Marie, 41 ans, n’a plus bu une goutte d’alcool depuis deux ans et demi. L’aîné, Jacky, 75 ans, est "abstinent depuis dix ans".

 

Principe d’anonymat

Prénom, âge, durée de l’abstinence. Ce sont les seules infos échangées. L’anonymat est la règle. Tout est très cadré. Le rituel immuable. Un tour de table est effectué pour demander comment s’est passée la semaine. "On a eu du monde, à la maison, ce week-end pour la galette… C’est toujours une difficulté mais ça s’est bien passé", confie l’un d’eux.
Le modérateur du jour, Christian (63 ans, 20 ans d’abstinence), invite chacun à s’exprimer sur un thème choisi parmi Les 12 étapes et les 12 traditions du programme des AA. "C’est un peu notre Bible, on appelle cela le 12-12", glisse Jacky. Ce soir, est abordée "la première étape, la plus importante". Il s’agit de reconnaître son addiction. Elle se résume en deux phrases : "Nous avons admis que nous étions impuissants devant l’alcool, que nous avions perdu la maîtrise de notre vie."

 

"Au bout de 22 ans, ma femme en a eu ras-le-bol"

La parole est donnée. Chacun la prend. À tour de rôle. Dans une atmosphère bienveillante. Respectueuse. Avec une qualité d’écoute rare. Personne ne s’interrompt. C’est l’une des règles. Tous racontent des vies fracturées. Tous se sont relevés. Armés d’une philosophie de vie qui les a rendus plus forts. "Au bout de 22 ans, ma femme en a eu ras-le-bol d’avoir un mari qui rentrait bourré tous les jours, raconte Christian. Elle m’a conduit de force dans un groupe d’Alcooliques Anonymes. J’y ai été quelque temps, tout en consommant. Mais un jour, j’ai décidé de me faire hospitaliser. J’avais pris ma décision."

Dès sa sortie, il rejoint un groupe d’AA : "J’en avais le besoin. Seul avec mes problèmes d’alcool, je n’y arrivais pas. J’ai trouvé de l’aide. Une écoute. Il m’a bien fallu deux ans pour me rétablir. Je ne pensais pas qu’on pouvait vivre sans alcool. J’ai découvert une vie extraordinaire." Il insiste : être alcoolique est une maladie, et une maladie incurable. Il faut avancer 24 heures à la fois. Le seul jour qui compte, c’est aujourd’hui. Je ne peux pas changer hier, et demain ne m’appartient pas."

 

Chaque témoignage est saisissant. Celui de Serge, Marie, Yves, et des autres. Il est question de cures, d’hospitalisations, de dépressions, de conjoint qui s’en va, d’emploi perdu… Ici, on dit les choses. Simplement. Et on les reçoit sans jugement. "Il m’a fallu du temps pour reconnaître que j’étais malade, explique Alain, 63 ans. J’avais arrêté la cigarette tout seul, mais l’alcool, non, je n’y suis pas arrivé. Ce fut une grosse blessure d’amour-propre. J’avais déjà perdu ma femme, je savais que j’allais perdre aussi mon boulot et ma santé…"

Abstinent depuis treize ans, il a acquis grâce aux AA "une force pour résister, une solidité dans l’abstinence". Et de raconter ce voyage dans l’Himalaya, où malgré l’insistance des locaux, il a su dire non à une bière. Au risque de les vexer. "J’ai l’impression d’être un rescapé", annonce Philippe, 54 ans, abstinent depuis deux ans et demi. Il égrène son parcours. Son auto "destruction".

 

Admettre la maladie

L’ultimatum fixé par sa femme. En allant à une réunion des AA, il comprend : "J’ai pu mettre un nom sur ce que j’avais : je n’étais pas un raté mais un malade alcoolique." La route est longue. Sinueuse. Pour éviter les rechutes, écarter les tentations. "Admettre qu’on est malade, ce n’est pas évident, explique Jacky. Y compris pour son entourage. Je ne suis pas sûr que mes proches l’ont compris." La séance se referme par la traditionnelle prière de la sérénité. Clamée debout. En partant, on parle littérature. L’une de leurs armes de défense : "Il y a les réunions, la lecture et le téléphone quand ça ne va pas", rassure Alain.

Nicolas Ruiz

2 Rue des Écoles - 89400 Migennes

Publié dans AA france

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