« Non merci, j’ai déjà bu ma part, c’est fini »

Publié le par kreizker

in "La Ruche" (France), 28 Mai 2016

Dominique participe au groupe de paroles des Alcooliques Anonymes de Brioude. Il n’a jamais nié sa dépendance et travaille au jour le jour pour en sortir.

 « Le soir je calculais la dose qu’il fallait que je garde pour le lendemain matin. Cette dose qui me permettrait de faire disparaître tous les symptômes du manque avant d’aller acheter une autre bouteille à l’épicerie du coin. »

Dominique se souvient de ces périodes sombres de sa vie qui se sont multipliées. « En tout j’ai replongé sept fois. J’ai eu des périodes d’abstinence de sept ans, de quatre… Là, ça fait un an et demi que j’ai arrêté l’alcool. »
Pour expliquer cette addiction qui lui a bouffé une partie de sa vie, il revient sur son enfance et les angoisses qu’il avait petit. « En fait, je crois que l’expression “avoir les boules”, c’est moi qui l’aie inventée. Je me souviens de répéter ça à ma mère, de lui expliquer que quelque chose m’enserrer la gorge. Déjà à 5-6 ans j’étais un enfant anxieux, réservé mais pas introverti. Vers 20 ans, l’alcool a été un remède miracle. Plus d’angoisse, j’abordais les filles sans réticence, j’étais même devenu quelqu’un d’extraverti… L’alcool n’avait que des aspects positifs. »
 
 
« J’étais devenu un junkie »
 
« La lune de miel » avec l’alcool va durer quelques années. Et puis son corps va s’habituer et réclamer des doses de plus en plus importantes pour atteindre ce bien-être artificiel. Jusqu’au jour où son corps va lui réclamer physiquement ce verre festif devenu médicament. « Du jour au lendemain, j’ai eu des symptômes. Des tremblements, les mains moites, une transpiration abondante. J’étais devenu un junkie. Je ne buvais plus pour être bien mais pour ne plus être mal. »
Dominique n’a jamais été dans le déni, il a toujours eu conscience de son problème d’alcool mais ça ne l’empêchait pas de mentir à ses proches et de cacher des bouteilles. « On est con quand on est alcoolique, on est les seuls à croire que les autres ne savent pas ».
 
 
« J’ai passé ma vie à essayer d’arrêter »
 
Le boulot ? Ça va. Il a un agenda très organisé : « Je buvais le matin avant de partir, et puis après dans la journée je buvais une ou deux bières toutes les 1 h 45. Ça me permettait de faire disparaître les symptômes. Totalement désinhibé, j’étais à fond. Ça m’a d’ailleurs valu un burn-out à 53 ans. »
Dominique va tenter plusieurs fois de se sortir de cet engrenage infernal. « J’ai passé ma vie à essayer d’arrêter. » Il fera des séjours à l’Unité Bernard de Sainte-Marie au Puy-en-Velay, et il intégrera la structure Calme, un centre de cure pour l’alcoologie et l’addictologie.
 
Un passage qui permettra de travailler sur lui pour essayer de trouver la cause à tout ça. « L’alcool est une conséquence pas une cause. » Il y apprend à ne pas hiérarchiser les souffrances, à légitimer la sienne. Un gros travail qui lui permettra d’entrevoir le bout du tunnel… Jusqu’au décès de sa maman qui le fera rechuter en 2013, puis le coup de téléphone de son père tout aussi violent en 2015. « Ça faisait un an et demi que j’étais abstinent, mais ce jour-là j’ai compris que je n’avais pas fermé toutes les portes, que je n’avais pas réglé tous les problèmes avec moi-même. J’ai replongé violemment pendant trois semaines. Au premier moment de lucidité j’ai demandé à mon infirmière de jour de me faire hospitaliser. Je suis resté à l’Unité Saint-Bernard cinq mois. Et je ne suis sorti que quand je me suis senti prêt. »
 
 
La bouteille de soda pour Domi
 
Cet épisode, c’était il y a un an et demi. Depuis, Dominique à une valise toujours prête dans son appartement… Au cas où, un jour, une faiblesse le fasse à nouveau vaciller. « J’ai explosé ma camisole je me sens libre, mais l’alcoolisme est une maladie émotionnelle. Pour s’en sortir il faut faire un travail de longue haleine sur soi. Je sais que je ne suis pas à l’abri de rechuter, mais je ne lâcherai pas. »
Sa maladie, Dominique ne la cache plus. « J’en ai parlé à mes proches et mes amis. D’ailleurs chez eux dans leur frigo ils ont tous une “bouteille de soda pour Domi”. À ceux que je ne connais pas et qui me proposent un apéro, je leur réponds simplement “Non merci, j’ai bu ma part, c’est fini”. »

Salle Foyer Restaurant, Impasse du Docteur Guillaume Cour, 43100 Brioude

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« Non merci, j’ai déjà bu ma part, c’est fini »

Publié dans AA france

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