"Tendre une main à ceux qui souffrent"

Publié le par kreizker

in "La Tribune" (Québec), 30 Octobre 2020

 

« La seule chose que je veux, c’est dire à l’alcoolique qui souffre tout seul à la maison qu’il y a une voie pour s’en sortir », lance d’emblée Richard qui, lui-même, a déjà perdu complètement espoir.

À 13 ans, il commence à boire de l’alcool à même les bouteilles de son père. « C’était facile d’en voler, il y en avait beaucoup dans la maison », lance-t-il moqueur.
« Mais l’alcoolisme n’est pas héréditaire alors ce n’est pas parce que mon père était alcoolique que je le suis devenu », ajoute-t-il du même souffle.
Rapidement, sa consommation d’alcool devient un problème. « Au départ, je buvais le soir avec les chums. Après c’était à l’école, au parc. Au début, c’est occasionnel, mais vite, on cherche et trouve beaucoup d’occasions », raconte celui qui quitte les bancs d’école avant d’obtenir son diplôme secondaire.
Richard multiplie les emplois qu’il perd en série à cause de la boisson. « Là, le cercle vicieux commence. J’ai essayé plein de trucs, consulté toute sorte de médecins. J’étais pris dans l’habitude de la boisson. C’est ce qu’on appelle l’impuissance devant la bouteille », raconte Richard.
À 26 ans, il croit avoir épuisé toutes les chances de s’en sortir. L’avenir se noie. « J’étais malade. Tellement malade de boisson. Et là, la vie est bien faite, deux amis d’amis, de vagues connaissances, sont venus me voir et jaser avec moi. Ils étaient dans les Alcooliques Anonymes. Ils sont revenus semaine après semaine et là, un déclic s’est produit. C’est là que j’ai décidé de ne pas boire, 24 h à la fois. »
Aujourd’hui, Richard célèbre ses 35 ans dans les AA. Près de 13 000 fois 24 h.
« Mais mon 35 ans de sobriété, je le considère bien humblement. C’est 24 h à la fois pour tout le monde. »
Au début, Richard allait aux rencontres des AA tous les jours. Il en avait besoin pour combler le vide laissé par la bouteille. Il y a croisé des hommes et des femmes de tous les âges et de tous les milieux sociaux. Certains sont des buveurs fonctionnels qui n’ont l’air de rien. D’autres boivent sans arrêt, car la vie leur paraît intolérable à jeun. Certains boivent cinq verres par jours. D’autres 32.
« Il y en a un qui buvait juste dans le temps des Fêtes. Mais chaque fois, il finissait en dedans, car sa buverie finissait en violence conjugale », note Richard ajoutant que la souffrance est le dénominateur commun de tous les alcooliques. « C’est une maladie de l’âme », résume-t-il.
Richard a eu la chance de devenir sobre avant de rencontrer son épouse et d’avoir des enfants. Ce n’est pas le cas de Robert, son ami des AA qui l’accompagne lors de l’entrevue.
« J’ai détruit mon mariage et mes enfants avec l’alcool. J’en ai magané du monde autour de moi. Mes parents aussi », souligne celui qui a bu de 15 à 43 ans. Après, il a demandé pardon à son entourage et s’est efforcé de se reconstruire une vie.
Pour sa part, Richard a tendu la main à son père, mais quand il lui a demandé de l’accompagner aux AA, ce dernier s’est moqué de lui. Richard, comme Robert, tend aujourd’hui la main à ceux qui croient avoir un problème d’alcool. Et leurs proches. «Comme on dit, avec nous, vous serez condamnés à être heureux», conclut Richard.
Les AA tiendront, en collaboration avec Al-Anon (pour le samedi après-midi), leur 47e congrès au Centre d’éducation aux adultes New Horizons à Sherbrooke les 6 et 7 octobre sous le thème « AA te tend la main ». Le congrès est ouvert à tous et l’accès est gratuit. Les proches d’alcooliques et les professionnels de la santé qui œuvrent avec eux sont les bienvenus. Pour renseignement : 819 564-0070 
Fondé en 1935 en Ohio, AA est aujourd’hui présent dans plus de 180 pays et compte plus de 2 M de membres dont plus de 85 000 au Canada.

 

Publié dans AA Québec

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