"En Normandie, à cause des confinements, "il y a eu de la casse" chez les Alcooliques Anonymes

Publié le par kreizker

in "76actu" (France), 11 Janvier 2021

Entre isolement, détresse et souffrance, certains membres des Alcooliques Anonymes ont subi de plein fouet les effets des confinements de 2020. Témoignage d'un AA normand.

Pour ceux pour qui les groupes de parole sont « tellement importants », « il y a eu beaucoup de souffrance », explique Fabrice*, un AA normand.

Pour ceux pour qui les groupes de parole sont « tellement importants », « il y a eu beaucoup de souffrance », explique Fabrice*, un AA normand.

« Le Dry January [défi qui consiste à ne pas consommer d’alcool pendant le mois de janvier, NDLR], c’est quelque chose que l’on ne fait pas aux Alcooliques Anonymes », explique Fabrice*. Pour lui, comme pour tous les membres des Alcooliques Anonymes (AA), la bataille contre l’addiction se mène tous les mois de l’année.

 

« Après sept ans d’abstinence, ça ne veut pas dire que je suis à l’abri », confie celui qui continue, chaque lundi, à discuter et partager avec son groupe de parole, à Rouen (Seine-Maritime). En temps normal, ils sont entre 20 et 25. « L’alcoolisme, c’est une maladie dont on ne guérit jamais », estime-t-il. Elle reste accrochée, comme un poids, alors les AA trouvent dans les groupes de parole une chaleur, un réconfort avec la possibilité de se confier, et ce sans recevoir de jugement. Sauf qu’avec le Covid-19 et les confinements successifs, l’isolement a coupé la parole et creusé la souffrance. 

Adaptation

« Le 17 mars, lorsque le confinement est annoncé, on se demande vraiment ce que l’on va pouvoir faire », appuie Fabrice. La solution temporaire, alternative, est d’avoir recours, comme beaucoup, à la visio-conférence. « Il y avait déjà un système de visio-réunion via Zoom mis en place par les AA pour les personnes isolées qui ne pouvaient pas rejoindre les groupes de parole », souligne Fabrice. 

Au début, les conférences, qui s’étendent sur toute la journée, sont ouvertes à l’ensemble des AA de France. « Puis, dès le 1er mai, on a décidé de restreindre notre groupe à la Normandie », note-t-il. 

Entre souffrance et isolement

Selon lui, ce système a pu permettre, dans un premier temps, à certaines personne de franchir plus facilement la porte des AA. Mais à long terme, l’isolement a creusé, petit à petit, son sillon dans les rangs des Alcooliques Anonymes

« Il y a eu de la casse. Des gens ont rechuté à cause du confinement », confie Fabrice, amer. « On n’a pas forcément de chiffre, mais on le voit au quotidien. On a l’habitude de s’appeler au téléphone entre nous, et quand quelqu’un ne décroche pas, on sait ce que ça veut dire. » 

« D’un côté, il y a ceux qui lâchent, et de l’autre, il y a davantage d’appels », souligne Fabrice, qui s’occupe aussi des permanences téléphoniques de nuit pour les AA de Normandie. En 2019, il avait reçu une cinquantaine d’appels, contre près de 115 en 2020. 

« Moi, j’ai eu de la chance, ça a été car j’ai pu prendre un peu de vacances avec ma famille, mais pour certains, pour qui les groupes de parole sont tellement importants, il y a eu beaucoup de souffrance », détaille Fabrice. 

Maximum 10 personnes

Fin juin 2020, il pense voir enfin la lumière au bout du tunnel : « Les portes se sont un peu ouvertes. On nous a imposé les règles de distanciation physique, et on a pu reprendre les réunions en présentiel, mais avec un maximum de dix personnes. »

Parallèlement, les AA ont continué les visio-réunions, « avec un système de réservation pour les gens qui voulaient absolument venir en présentiel », explique Fabrice. Avant d’ajouter : « Les personnes ont commencé à décrocher. A un moment, on était plus que deux ou trois dans mon groupe de parole. » 

Le second confinement de fin octobre sonne de nouveau le glas des réunions en présentiel. « On a organisé un programme jusqu’à janvier. Mais on n’est pas dupe. On sait que l’on va devoir faire les prochains mois en visio », note Fabrice. 

Même si la période n’a pas épargné les AA, Fabrice préfère conclure sur une note positive : « Quand vous décidez de rejoindre les AA, la porte, il faut pouvoir l’ouvrir. On se demande ce que l’on va trouver : des gens avachis, tristes, qui se morfondent ? Non ! Finalement, on retrouve quand même des gens avec le sourire, la banane ! »

* Dans un souci de préserver son anonymat, le prénom de Fabrice a été modifié

Infos Pratiques 
Il existe une vingtaine groupes de paroles en Normandie, à Rouen, Fécamp, Lillebonne, Yvetot, ou encore Barentin. Plus d’informations sur le site des Alcooliques Anonymes de Normandie.
Les AA ont aussi un numéro vert, le 09 69 39 40 20, ouvert 24h/24, 7j/7, tout au long de l’année

Publié dans AA france

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