"En Ariège, les Alcooliques Anonymes surmontent la pandémie"

Publié le par kreizker

in "La Dépêche" (France), 30 Janvier 2022

Le groupe de Pamiers organise des réunions tous les jeudis. Une seule est ouverte à tous, dans le respect de chacun.

Le groupe de Pamiers organise des réunions tous les jeudis. Une seule est ouverte à tous, dans le respect de chacun.

Confiné lui aussi sans possibilité de se réunir, le « peuple des 24 heures » a rapidement fait front en organisant des réunions en visioconférences. « Il fallait coûte que coûte maintenir ce lien », explique Rose*, membre actif de l’association.

 

« Donner c’est recevoir. » C’est le thème qu’a choisi le groupe appaméen des Alcooliques Anonymes pour leur réunion ouverte, ce quatrième jeudi du mois. Un sujet à la fois universel et intime, qui s’ancre dans le programme de cette association presque nonagénaire, dont l’objectif est clair : « demeurer abstinent et aider d’autres alcooliques à le devenir ».

En écoutant la quinzaine de personnes réunies au sein de la maison des Associations ce jeudi-là, le don semble être au cœur du programme du « peuple des 24 heures ». Donner du temps, une écoute dénuée de jugement… ou même « un bon coup de pied » pour « retrouver la liberté d’arrêter de boire », souligne Rose*.

Si le programme des A.A et leur planning de réunion (tous les jeudis à Pamiers, dont une seule ouverte à tous) étaient bien rodés, le covid aurait pu avoir l’effet d’une bombe sur ses adhérents.

Des réunions visios et audio salvatrices

« J’étais dans l’avion, de retour d’une réunion de service, raconte Rose. Je savais qu’à minuit on allait être confinés, sans pouvoir sortir ni aller aux réunions. » Pour cette membre active de l’association, pas question de se laisser abattre.

«J’ai appelé des "amis" webmasters, pour qu’on voie ce qu’on pouvait mettre en place. Dès le dimanche, on avait déjà une centaine de visio en place. » En Midi-Pyrénées, 18 visioconférences étaient alors programmées, soit une pour chaque groupe.

Une réactivité vitale pour ces personnes qui luttent chaque jour après l’autre pour ne pas boire. «Il fallait coûte que coûte maintenir ce lien, pour que personne ne se sente isolé, qui plus est dans des périodes comme celles-ci. » Que ce soit en présentiel, en visio, par téléphone ou dans le hall d’un aéroport avec des étrangers, le « peuple des 24 heures » a besoin de se sentir entouré pour « ne pas reprendre le verre ».

Des dispositifs qui ont permis d’ouvrir « d’autres fenêtres sur le monde », notamment grâce à une nocturne. « Nous nous sommes connectés à des francophones de partout dans le monde », indique Rose. La réunion est aujourd’hui permanente, accessible de 23 heures à 00 h 30 six jours par semaine pour les personnes alcooliques et une fois par semaine pour tous. 

« Les visios ont aussi permis à des "amis" de venir pour la première fois nous voir, ajoute Rose. D'ailleurs certains "babys zoom" ont soufflé leur première bougie en 2021.»

Garder le programme à l’esprit

Mais si la technologie a permis de conserver le lien au sein de cette fraternité unique en son genre, il a aussi fallu faire preuve de poigne. « Au départ c’était difficile : comme on était privé de toute forme de contact, certains pensaient profiter des visios pour parler politique, cinéma, cuisine… Mais le but des réunions n’est pas là », souligne Rose.

Lors des rencontres fermées, les A.A ont en effet un programme précis à suivre, pour se rétablir. Au cours de discussions en groupe, les membres s’expriment librement, sans jugement, et partagent leurs difficultés à rester sobres au quotidien. Les autres A.A présents peuvent ainsi les aider en utilisant une des douze étapes du programme, des douze traditions, ou des livres.

« Le problème c’est que nous n’avons toujours pas le droit de vendre de la littérature », déplore Rose. Pourtant, le « Big Book » ou « le manuel de service » sont des éléments fondamentaux dans le processus de rétablissement.
Fort heureusement, les réunions en présentielles, elles, ont pu reprendre. Jeudi dernier, un des membres du groupe appaméen a par exemple soufflé sa 26e bougie : 26 ans sans boire une seule goutte d’alcool. Un moment chargé en émotion, qu’il a vécu entouré de quelques « amis », anciens ou nouveaux, toujours dans un esprit de fraternité.

Comment joindre l’association ?

Créés en 1935, les Alcooliques Anonymes sont une association totalement indépendante qui ne reçoit aucune subvention. Ils disposent d’une ligne téléphonique gratuite, accessible 24 heures/24 (09 69 39 40 20), tenue par des personnes alcooliques rétablies. Cette permanence s’appuie également sur un réseau national, ce qui permet aux personnes dans le besoin d’être mises en relation avec un membre d’un groupe A.A proche de chez eux. L’horaire et le lieu des réunions sont indiqués sur le site internet de l’association : https://www.alcooliques-anonymes.fr/.
« Nous ne sommes pas là pour juger, mais pour écouter, aider et responsabiliser celles et ceux qui ont perdu la liberté d’arrêter de boire, rappelle Rose. La seule condition pour être membre des A.A est d’avoir un problème d’alcool. »


*Le prénom a été modifié.

Publié dans AA france

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