« L'alcool : le mensonge, les tromperies, la honte »

Publié le par kreizker

in "Ouest-France", 28 Mai 2008

Ariane, quinquagénaire mère de famille, est devenue abstinente après sa première réunion aux Alcooliques Anonymes, en 2005. « Ils m'ont donné des astuces, des conseils, un programme de rétablissement. »

Ariane, quinquagénaire mère de famille, est devenue abstinente après sa première réunion aux Alcooliques Anonymes, en 2005. « Ils m'ont donné des astuces, des conseils, un programme de rétablissement. »

« J'ai commencé à boire à l'âge de 38 ans. Mon mari a dû travailler dans un autre département. Je me suis retrouvée seule avec ma fille de deux ans. J'ai eu beaucoup de mal à assumer. J'ai commencé par un apéritif, seule, chaque soir, et le week-end avec mon mari. Un apéro, c'est festif. J'aurais pu arrêter si j'avais voulu. Mais l'alcool c'est très insidieux, sournois. C'est comme si des cellules de mon cerveau se mettaient en marche pour créer l'addiction...

« Je suis devenue de plus en plus dépendante. Après deux ou trois ans d'apéros quotidiens, je suis passée au vin, ça coûtait moins cher. J'ai bu jusqu'à une bouteille par jour et des apéritifs tous les week-ends.

 

« Un soir, alors que je lui lisais une histoire pour s'endormir, ma fille m'a dit : 'Maman, tu sens le vin'. Ca m'a choquée. Énormément. J'ai nié. Pour moi, tout passait par le mensonge, les tromperies, la honte aussi.

 

« Deux ans avant que j'arrête, à l'âge de 47 ans, mon mari s'est rendu compte de mon problème, lui qui n'était ni buveur, ni fumeur. On a discuté ensemble. Mais il n'a pas réussi à me comprendre. J'ai cru pouvoir résoudre mon problème toute seule, mais je n'y arrivais pas... Quand j'ai été mise en invalidité, en 2004, ça a été encore pire : j'avais le sentiment de ne plus servir à rien. J'éprouvais une très grande souffrance. L'alcool, un plaisir au début, est devenu un besoin... qui ne m'apportait plus rien.

 

« J'ai fait une tentative de suicide. J'ai continué à boire après. Là, j'ai compris que j'étais alcoolique. Dans un bulletin des associations de ma ville, j'ai vu une annonce des Alcooliques Anonymes (AA). Le côté anonyme m'a plu. Je suis allée à ma première réunion en octobre 2005. J'étais dans mes petits chaussons, mais ça a été pour moi une révélation. J'ai vu des gens souriants, qui avaient l'air en pleine forme... J'ai pu enfin dire 'Je suis alcoolique', et parler avec des gens qui ont le même problème que moi, sans honte et sans jugement. Ça a été un soulagement incroyable ! J'ai trouvé un grand esprit de fraternité. Quand on parle d'amis aux AA, ce n'est pas un vain mot.

 

« Depuis cette première séance, j'ai cessé complètement ma consommation d'alcool. Je suis abstinente. Les AA m'ont donné des astuces, des conseils, un programme de rétablissement. Aller aux réunions - je continue aujourd'hui - me fait énormément de bien. J'ai retrouvé une sérénité, une certaine paix de l'esprit. Mon mari et ma fille, ado, sont fiers de moi.

 

« Aujourd'hui, je me considère comme malade alcoolique à vie. Si je reprends un verre, je retombe dans l'alcool, c'est clair pour moi. »

 

 

(1) Prénom d'emprunt.

Publié dans AA france

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article