A.A. : les 12 Étapes pour sortir de la dépendance (1)

Publié le par kreizker

in "Clés" (France) - Par Michel Géraud

 

Tout le monde a déjà entendu parler des Alcooliques Anonymes et de leur rare aptitude à vous libérer de la dépendance. Mais savez-vous comment leur méthode des Douze Étapes (aujourd'hui appliquée aux toxicomanes aussi bien qu'aux boulimiques) a vu le jour ? Cela se passait pendant sa crise de 1929, en pleine folie prohibitionniste. Écoutez l'histoire de Bill et de Bob...

Un congrès mondial sur la spiritualité qui se tenait à Chicago l'an dernier a qualifié le Programme des douze étapes de contribution majeure de l'Amérique à la spiritualité du XXe siècle”. Les États-Unis nous ont certes habitués à leur esprit novateur, mais qu'ils puissent offrir un “apport spirituel majeur” étonnera peut-être ceux pour qui spiritualité est (bien trop souvent) synonyme de “vent d'est” ou d'“Orient éternel”.
Aujourd'hui, “Alcooliques Anonymes” et “Narcotiques Anonymes” confondus tiennent, dans le monde entier, plus de cent mille réunions par semaine - anonymes et gratuites !

Leur méthode est considérée dans de nombreux pays comme réellement efficace dans le rétablissement des alcooliques et des drogués, mais aussi des joueurs, des boulimiques, des obsédés sexuels, etc.

De nombreux “centres de désintoxication” utilisant la méthode des Douze Étapes existent aussi, depuis des années, aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Un tout premier de ces centres à ouvert en France en 1995.
Les Anonymes traversent sans difficulté les barrières sociales, linguistiques, culturelles, confessionnelles. Dans leurs réseaux, s'entraident des stars d'Hollywood et des paysans du Middle-West, des bourgeois du XVIe arrondissement et des prolos de banlieue, des publicitaires chics et des toxicos de la zone. Du marin suédois au musicien andalou, du Palestinien à l'Israélien, tous partagent une même adhésion à ce programme des Douze Étapes, où il n'est pas seulement question de thérapie comportementale et émotionnelle, mais tout bonnement d'une nouvelle façon d'approcher spirituellement l'existence.
Certainement aviez-vous déjà entendu parler des “Alcooliques Anonymes”, les célèbres A.A. Mais connaissez-vous l'origine de cette étonnante association ?

 

Les rencontres miraculeuses d'un homme remarquable 
Les Douze Étapes furent rédigées au printemps 1938 par William Griffith Wilson, qui allait devenir l'anonyme Bill W. - que certains présentent comme le “Bouddha américain” et qui figure dans la liste des cent personnes les plus influentes de l'Amérique du XXe siècle. Ces fameuses “étapes” constituaient l'aboutissement d'une aventure humaine extraordinaire, vécue par un jeune et brillant courtier de Wall-Street qui cherchait à s'arracher de l'enfer de l'alcool.

Le trajet personnel de Bill W. est en lui-même une initiation : de la souffrance destructrice à la prise de conscience majeure qui définit “l'éveillé”. Dans sa recherche effrénée d'une solution pour arrêter de boire, Bill W. va faire des rencontres miraculeuses, bien que tout à fait fortuites (mais “hasard” est parfois le nom que prend Dieu pour garder l'anonymat). Ces rencontres sont de trois types : avec la spiritualité, avec l'autre (l'alcoolique), avec le groupe.

 

L'expérience spirituelle 
BiIl W. a raconté son illumination dans de nombreux messages aux alcooliques. A l'automne 1933, il se retrouve au Towns Hospital de New-York pour une nouvelle cure de désintoxication. Le pays vit alors la pénible expérience de la prohibition qui, pour beaucoup d'alcooliques, représentera la période d'ivrognerie la plus intense des temps modernes. Bill n'échappe pas à la règle.

Dans cet hôpital, travaille le Dr Silkworth qui, pour la première fois, envisage de traiter l'alcoolisme comme une manifestation d'allergie. Pour les personnes atteintes par cette allergie, la consommation d'alcool, sous quelque forme que ce soit, est strictement exclue : “Une fois l'habitude créée, écrit-il on ne peut plus la briser. S'enchaîne alors la perte de confiance en soi et en l'humanité. Dès lors, les problèmes s'accumulent et deviennent étonnamment difficiles à résoudre”.

 

Pour la première fois, quelqu'un parlait de l'alcoolisme non pas comme d'un manque de volonté ou d'un défaut moral, mais comme d'une maladie reconnue. Ce discours frappe Bill W. à tel point qu'il fera de l'aveu d'impuissance de l'alcoolique devant l'alcool le fondement de la première des Douze Étapes, avec son corollaire : l'abstinence totale - car, comme disent les A.A. : “Pour nous, un verre c'est trop, mille jamais assez !”.

Mais cette première rencontre ne suffit pas à faire de Bill W. un abstinent. Une force qu'il décrit lui-même comme “une démence insidieuse” lui fait régulièrement reprendre ce premier verre, bientôt suivi de beaucoup d'autres, qui réenclanche le processus de terreur, de haine et de pensées suicidaires.

Une nouvelle fois, le voilà donc hospitalisé, dans un état de dépression chronique, proche de la folie. “L'obscurité terrifiante, écrira-t-il, était devenue complète.”
L'absence totale de foi et d'espoir l'a amené à ce point de non-retour où l'humain seul ne peut que pousser ce cri désespéré : “S'il y a un dieu, qu'il se montre !”

Écoutons Bill nous décrire ce qui suivit son cri ultime : “Soudain, ma chambre s'enflamma d'une lumière blanche indescriptible. Je fus saisi d'une extase au-delà de toute description. Toute joie que j'avais connue n'était en rien comparable... Je me tenais au sommet d'une montagne où le vent soufflait puissamment. Un vent, non pas d'air, mais d'esprit. Alors surgit la pensée étincelante : tu es un homme libre. Je ne sais pas combien de temps je suis resté dans cet état, mais finalement, la lumière et l'extase s'effacèrent. Je vis à nouveau le mur de ma chambre. Comme je devenais plus calme, une grande paix m'envahit ; et ceci était accompagné d'une sensation difficile à décrire. Je devins intensément conscient d'une Présence qui ressemblait à un véritable océan de vie spirituelle”. Certains pourront comparer la force et la beauté de ce récit à ce qu'on appelle aujourd'hui une expérience de mort imminente (E.M.I.). Quoi qu'il en soit, Bill Wilson, qui vient alors d'avoir trente-neuf ans, ne prendra plus jamais un autre verre. Mais le chemin qui va l'amener jusqu'à la fondation des “Alcooliques Anonymes” est encore long, chargé d'épreuves, de doutes et d'émerveillements.

 

L'identification
Une rencontre fut déterminante dans le rétablissement personnel de Bill W. et dans le processus qui devait l'amener à créer sa méthode : celle de Robert Holbrook Smith, plus connu comme l'anonyme “Docteur Bob”, chirurgien alcoolique et co-fondateur des A.A.

Les circonstances de cette rencontre furent elles-mêmes assez extraordinaires, et il est difficile de ne pas y voir le signe d'une providence en action.

Bill W. avait été très impressionné par son illumination. Il se retrouva soudain convaincu qu'une “guérison de l'alcool” passait par une prise de conscience d'ordre spirituel. Cette impression fut renforcée par la lecture d'un livre de William James (un des pères fondateurs de la psychologie américaine), Les variétés de l'expérience religieuse.

Publié dans articles sur AA

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article