AA Ile Maurice

Publié le par kreizker

in "Actogether" (Maurice), 15 août 2012

 

Onze groupes à Maurice, dont un féminin

 

Inspirée du modèle américain, l’association AA (Alcooliques Anonymes) existe depuis 31 ans à Maurice. Au sein de cette fraternité, une centaine d’hommes et de femmes partagent leurs expériences lors de rencontres hebdomadaires. Leur objectif : rester sobres ou aider d’autres dépendants à devenir abstinents. Derrière ces histoires personnelles se retrouvent des points communs : une grande souffrance qui les a fait plonger dans l’alcool et beaucoup de persévérance pour s’en sortir. Avec son allure sportive, son chemisier à fleurs très classe et son maquillage impeccable, on a peine à croire que Husna a été dépendante de l’alcool. Aujourd’hui, elle co-anime les réunions d’AA à Curepipe et vient de lancer il y a quelques mois des rencontres réservées aux femmes alcooliques. « J’avais 31 ans quand mon mari est décédé et très vite j’ai essayé d’oublier mon chagrin avec l’alcool. Mes parents m’ont bien entourée et on fait tout pour moi : ils m’ont accompagné pour des consultations en clinique et chez un psychologue qui m’a prescrit des médicaments contre la dépression, j’ai aussi suivi un programme non-résidentiel pendant un an à l’association Etoile d’Espérance... mais sans m’en sortir. Je suis alors partie à une réunion des Alcooliques Anonymes à Vacoas, c’était comme ainsi dire « dernier la gare ». Et ce n’était pas évident de parler au départ car j’étais la seule femme au milieu d’un groupe de 15 hommes ! », raconte Husna. Le programme des Alcooliques Anonymes est décomposé en 12 étapes, qui permettent d’entreprendre un travail sur soi, sur plusieurs mois. « La seule condition au départ pour intégrer les rencontres, c’est avoir le désir d’arrêter de boire. Même si la personne est toujours souffrante, nous l’acceptons. Je précise bien que selon l’Organisation Mondiale de la Santé, l’alcoolisme est une maladie. Et c’est une maladie qui peut frapper tout le monde suite à des circonstances difficiles de la vie : décès d’un proche, licenciement, abus sexuel… », souligne Husna.

 

Pas de solution miracle

Accessible à tous, même aux personnes analphabètes, le programme repose surtout sur un échange d’expériences et pas sur de la documentation à lire. « C’est plus un programme de spiritualité et d’amour pour soigner la souffrance qui a déclenché l’alcoolisme. C’est un long cheminement qui peut prendre 6 mois, un an, voire beaucoup plus. Personnellement, j’ai mis deux ans à sortir de cet enfer. Et je me considère toujours comme une alcoolique, car même après 4 ans d’abstinence, je ne peux pas me permettre une bière par exemple. Je sais que cela provoquerait une rechute immédiate », témoigne Husna. Ce qui agace cette membre d’AA c’est de voir débarquer des alcooliques en quête d’une « solution miracle ». « Il faut leur expliquer que le programme va prendre du temps, car c’est soi-même qu’il faut transformer. Si une personne a bu pendant plusieurs années, elle ne va pas s’en sortir du jour au lendemain* ! », insiste Husna, « et même moi, j’ai toujours besoin d’AA. Pour utiliser une métaphore, à chaque réunion, c’est comme si j’allais prendre l’essence nécessaire à mon auto pour rouler pendant la semaine suivante ! ». Même pendant leurs vacances à l’étranger, les membres d’AA éprouvent le besoin de participer aux groupes de parole locaux. Les réunions mauriciennes accueillent ainsi des alcooliques abstinents sud-africains ou australiens.

 

Spécialisation des groupes

« La tendance à l’étranger c’est de spécialiser les groupes. Il y a des groupes d’Alcooliques Anonymes pour les gays et lesbiennes, pour les prêtres, pour les prisonniers… Alors, j’ai lancé un groupe pour les femmes alcooliques, car je crois qu’elles seront moins intimidées. Certaines femmes alcooliques ont été victimes de viol ou d’attouchements… Or, pour elles, c’est impossible d’en parler lors des réunions mixtes », explique Husna. Aujourd’hui, Husna est l’exemple même de la femme épanouie. Remariée, maman, femme au foyer, elle investit tout son temps libre dans les associations. « Au final, je suis chanceuse d’être alcoolique, car j’ai ainsi pu découvrir le programme d’AA. Il m’a fait grandir et m’a appris à gérer ma vie positivement et pas seulement vis-à-vis de l’alcool. Je remarque que beaucoup de gens n’arrivent pas à prendre des décisions, à gérer leurs problèmes quotidiens sans stress… Et ils ne noient dans un verre d’eau en quelque sorte ! ». *L’association estime à 15 à 17% le taux de réussite de la méthode des Alcooliques Anonymes à Maurice et précise qu’un traitement médical doit être suivi en parallèle de la fréquentation hebdomadaire du groupe pour atténuer les effets de manque (tremblement, angoisse, insomnie…).

Permanence d’AA : les lundis de 9h30 à midi à l’hôpital Brown Séquard à Beau-Bassin. Groupes de paroles à Port-Louis, Goodlands, Beau-Bassin, Rose-Hill, Vacoas, Flacq, Rose-Belle, Curepipe et Ste-Croix. Renseignements au 302.6093 ou 777.3914

 


 

Réunions Ile de la Réunion & Ile Maurice : http://www.alcooliques-anonymes.re/

Publié dans AA Afrique

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