FRANCE, bretagne, rennes

Publié le par kreizker

in "Ouest-France", 13 juin 2011

 

« Alcooliques Anonymes, oui, mais pas invisibles »

 

Ils se voient régulièrement, se confient, s'encouragent. Dans un flot ou en hésitant, ils osent tous les mots. Et répètent celui d'« ami ». Ils sont alcooliques anonymes et ont un but : la sobriété.

Reportage

 

5, rue du Pré-Perché. 18 h 45. Comme chaque jeudi, la réunion peut commencer. Ils sont douze aujourd'hui, d'âges, de sexes et de mises différentes. Chacun s'est salué, poignée de main, bises ou accolade, c'est selon. Le modérateur du jour démarre en rappelant le but de l'association. Un rituel systématique, qui sonne comme une profession de foi. « Le désir d'arrêter de boire est la seule condition pour devenir membre des AA. » « Notre but premier est de demeurer sobres et d'aider d'autres alcooliques à le devenir. »

 

La sobriété. Le maître mot. Claude y tient, Florence aussi. Le premier : « Abstinents, nous le sommes. Ce qu'il faut atteindre, c'est la sobriété. C'est-à-dire ne plus avoir le désir de boire. » La seconde : « Je suis abstinente depuis un an et demi, sobre depuis deux, trois mois. Sobre, c'est-à-dire heureuse de ne pas boire. »

 

Les mots sont essentiels chez les Alcooliques anonymes. On évite « conseil », on préfère « suggestion ». On ne cache rien de la « honte », de la « bouteille », du « mensonge » ou de « la vie de merde ». Et puis des mots finissent par revenir en refrain, de plus en plus forts : « honnêteté », « confiance », « liberté ».

Car à mesure que chacun livre ses errances, ses doutes, ses victoires, aussi, le groupe semble recouvrer une nouvelle dignité, une nouvelle force. Ainsi Nicole, qui proclame que sa vie est « devenue un conte de fée » depuis qu'elle a arrêté de boire. L'expression pourrait faire sourire, mais la voix vibre, pleine, et convainc.

Ici, chacun vient vérifier auprès de l'autre que la victoire est possible. C'est pourquoi chacun commence son témoignage d'un rassurant : « Bonjour, je vais bien, je n'ai pas bu. » Chaque journée de sobriété est vécue comme un pas décisif. Vivre un jour après l'autre, gagner de 24 heures en 24 heures, c'est la méthode des AA. Elle semble imparable. « Car il suffit, ensuite, d'enfiler les jours. »

 

FRANCE

 

S'accepter tel qu'on est

 

C'est pourquoi les « anniversaires » sont si volontiers célébrés. Ce jeudi, Philippe et Claude fêtent leurs 3 ans et 33 ans de sobriété. Le groupe les écoute avec attention retracer leurs parcours.

Le doyen, ancien cadre à l'international, raconte ses ratages successifs, sans ambages, et remonte à son enfance. Non, aucun alcoolique dans la famille ; seulement une éducation telle qu'il apprend « la trouille », et l'insatisfaction perpétuelle. « Les bons ingrédients pour devenir alcoolique. »

Pour autant, pas question de chercher une excuse. Ce n'est pas le propos. L'objectif est plutôt de s'accepter, tel qu'on était, et tel qu'on est. « Se réconcilier avec soi-même. » Sans se raconter d'histoire. En se répétant qu'on souffre d'une maladie dont on ne guérit pas : « On reste alcoolique, puisqu'on ne peut plus boire. »

 

Joseph, Hervé, Yves et les autres écoutent. Racontent à leur tour les spirales de l'addiction à l'alcool, le dégoût de soi, l'envie de mourir, la peur d'en mourir. Les étapes de certains : l'hôpital psychiatrique, la prison, la rue à faire la manche ; les divorces, pour la plupart, l'éloignement des enfants.

À leur côté, Marie écoute. C'est sa première réunion. Elle a les yeux embués. Remercie de l'accueil. Elle reviendra. Elle s'est, elle aussi, découvert une fraternité.

 

 


Groupe "Agir"

5, rue du Pré Perché - 35000 Rennes - France

 

Publié dans AA Bretagne

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