"La dépendance n’a pas d’âge"

Publié le par kreizker

in "Le Journal de Québec", 25 juin 2014

 

MONTRÉAL – La salle de sous-sol d’église éclairée aux néons. Les vieilles chaises pliables inconfortables. La machine à café flanquée de petites tasses de styromousse. C’est le décor typique pour une réunion des Alcooliques Anonymes (AA).

Mais quelque chose distingue cette rencontre des dizaines d’autres à Montréal: il est extrêmement populaire – minimum 100 personnes – et les participants sont beaucoup plus jeunes qu’ailleurs. Chaque lundi, à 20 h, une petite foule assiste à la réunion du «Groupe des jeunes» AA à l’Église St-Jean-Berchmans de Rosemont.

«C’est une petite réunion ce soir, dit Carl, 28 ans, un des organisateurs. Des fois, la salle déborde. Il y a des gens debout. Ce soir, il fait froid, il pleut, alors il y a vraiment moins de monde.»

Impeccablement vêtue et coiffée, l’animatrice de la réunion ressemble vaguement à Karine Vanasse. Elle n’a pas plus de 30 ans. Son coanimateur, qui a lui aussi belle mine, n’est pas beaucoup plus vieux. Pas du tout l’image que l’on se fait du AA moyen.

«Les jeunes ne se reconnaissent pas toujours dans les groupes habituels des AA avec des gens qui ont souvent l’âge de leurs parents, voire de leurs grands-parents, alors il fallait quelque chose pour partager entre eux», explique une participante qui préfère taire son prénom.

Il y a de tout: du jeune repris de justice au crâne rasé et tatoué qui s’exprime comme un personnage de Pierre Falardeau jusqu’au damoiseau en complet-veston qui semble s’être égaré en cherchant une conférence des jeunes Libéraux.

Le groupe d’âge visé et rejoint par ces réunions AA: les 18 à 35 ans. Aucun contrôle d’âge n’est effectué à la porte, alors plusieurs personnes dans la salle ne manquent pas de cheveux blancs.

La plus jeune participante de la soirée est une punkette de 18 ans aux yeux pochés. C’est sa première réunion. Trop timide pour s’exprimer en public. Pendant la pause-cigarette, elle raconte que sa manie de boire vient de lui faire dépenser son argent pour un voyage en Europe. Elle semble désemparée et honteuse.

«À ton âge, tu as tout l’avenir devant toi, voyons! lui répond un “vieux” lui-même probablement seulement dans la mi-vingtaine. Tout le monde ici a fait des idioties en raison de l’alcool. Avec l’abstinence, tu peux reprendre le contrôle de ta vie. C’est ce que nous avons fait.»

Le problème du fun

Pendant la réunion, une AA dans la jeune trentaine livre un témoignage quant à sa déchéance dans l’alcool et sa guérison. «J’ai réalisé mon rêve de visiter l’Australie, dit-elle. Et je l’ai fait sans boire une goutte d’alcool. Et je me suis énormément amusé.»

Une des questions les plus pressantes pour les jeunes qui s’abstiennent d’alcool, c’est «comment fêter?». «À la conférence annuelle des jeunes AA, ça donne des centaines de beaux jeunes gens qui fêtent très fort, me dit un habitué du Groupe des jeunes qui fréquente aussi les réunions du “CA des jeunes” (le groupe jeune de Cocaïnomanes Anonymes) dans un centre du parc Olympique. Se désinhiber sans perdre sa lucidité, c’est un luxe énorme.»

Finis les trous de mémoire: «les filles sont super belles, tu fais le party avec elles toute la nuit – tu vois ce que je veux dire… –, pis tu te souviens de tout le lendemain», me dit-il avec un clin d’œil.

Groupe des jeunes AA: sous-sol de l’église St-Jean-Berchmans Tous les lundis à 20 h. Accueil des nouveaux à 19 h. 1871, boulevard Rosemont (près de l’intersection avec Papineau)

CA des jeunes (cocaïnomanes): Centre Pierre-Charbonneau (parc olympique) Tous les jeudis à 20 h. Accueil des nouveaux à 18 h 45. 3000 rue Viau (derrière la station de métro Viau).

Publié dans AA Québec

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