« Pour moi, reboire c’est mourir »

Publié le par kreizker

in "Le Publicateur" (France), 9 octobre 2013

 

Mathilde* tient à revenir sur l’expression “ancien alcoolique”. Pour elle, un malade de l’alcool ne peut pas guérir. « On parle de rémission quotidienne », précise-t-elle.

Pour Mathilde*, l’expression “ancien alcoolique” n’existe pas. « La personne qui est alcoolique ne peut pas guérir. Même quand nous arrêtons, nous sommes aussi malades qu’avant », amorce cette habitante du Bocage de Passais atteinte par la maladie. « J’ai connu des gens qui ont repris un verre après plusieurs années d’abstinence en croyant qu’ils étaient guéris. Mais on reprend le problème exactement là où on l’a laissé ».

« Je croyais que j’aimais juste faire la fête »

Mathilde connaît bien cette maladie. Elle a commencé à boire très tôt. Dès 12 ans, « avec les copains, dans une gare désaffectée. C’est là que j’ai pris ma première cuite ». Pendant longtemps, la jeune femme a cru qu’elle aimait simplement faire la fête. « Je n’aimais pas l’alcool en tant que produit, mais j’aimais l’effet qu’il avait sur moi », poursuit-elle. Le problème, c’est que fête et alcool ne pouvaient plus aller l’un sans l’autre. « Je faisais la fête uniquement avec des gens qui buvaient comme moi. C’était une sorte d’isolement. Au début, c’était surtout le samedi soir. Puis le vendredi. Au bout de 25 ans, ça s’est développé au point où je buvais presque tous les jours ».
Une habitude devenue obsession. « Si je prenais un verre, j’avais du mal à ne pas en prendre d’autres. C’était obsessionnel ». Mathilde a bu de 12 à 37 ans. Une “buveuse cyclique”, comme on dit. « En début de semaine, mon corps avait besoin de récupérer. Mais la maladie a progressé lentement. Au bout d’un moment, je ne pouvais pas sortir si je n’avais pas bu ». Pour Mathilde, l’alcool avait un rôle de “désinhibiteur”, de “lubrifiant social”. « Pourtant c’est un puissant dépresseur. On peut avoir l’impression que c’est un remontant, mais après la prise d’alcool, on ne retombe que plus bas ».

« Pour moi l’alcoolique, c’était l’ivrogne sur le banc »

Le déclic est venu d’une maladie des gencives contractée par Mathilde. « Il fallait que j’arrête de fumer, sinon mes dents tombaient. Et pour arrêter de fumer, je devais arrêter de boire. » Une équation que Mathilde n’a pas résolue sans mal. « Cela a été dur pour moi d’admettre la maladie. J’étais en colère de savoir que j’étais sans ressource devant le premier verre ».
Pour elle, il a fallu aussi surmonter son déni. « Pour moi l’alcoolique, c’était l’ivrogne sur le banc. Mais ça peut être un grand patron, une directrice d’école… Ca n’a rien à voir avec la morale, c’est un problème physiologique et mental ».
Cela fait désormais 9 ans et 9 mois que Mathilde n’a pas touché à l’alcool. Mais elle ne se considère pas guérie pour autant. « Ancien alcoolique, ça n’existe pas. On est en rémission quotidienne. Néanmoins, on a cet avantage par rapport aux malades du diabète ou du cancer d’avoir le choix ».


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Pour Mathilde*, ancienne malade de l’alcool, on ne guérit pas de l’alcool. On est en rémission quotidienne. 

Un choix

 Membre de l’association Alcooliques anonymes, Mathilde combat sa maladie grâce à plusieurs remèdes. « Je vais aux réunions, je fais du “service” pour l’association, je rencontre d’autres alcooliques… Il y a aussi la prière et la méditation », confie la quadragénaire. Pour elle, l’entraide est essentielle. « Si je n’avais pas cette forme d’entraide, je ne pourrais pas me rétablir. Si je ne rencontrais que de gens qui vont bien, mon cerveau me dirait “C’est bon, tu peux reboire ».
Si elle se sait malade à vie, Mathilde sait aussi qu’elle a le choix. « Quand on a cette maladie, on meurt avec. Mais on n’est pas obligé d’en mourir ». Une question de survie, que Mathilde n’élude pas. « Pour moi, reboire c’est mourir ».

Valentin Biret

* Prénom d’emprunt

Pratique : les réunions des Alcooliques Anonymes ont régulièrement lieu à Alençon chaque lundi soir à la Pyramide, théâtre, de 20 h 30 a 22 h et à Laval (même jour, même heure) dans une salle du presbytère St Pierre, non loin de la gare. Contact : AAespoirs53@hotmail.fr. Les numéros de téléphone des groupes 53-61-72 / Laval – Alençon – Le Mans 02.43.24.88.40 et Permanence écoute : 0820.32.68.83 (numéro indigo, 0,12 euro TTC la minute depuis un poste fixe).

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