"Quand l'enfance mène à l'alcoolisme"

Publié le par kreizker

in "Hebdo Rive Nord" (Québec), 11 novembre  2014

 

ALCOOLISME. Réjean B. a 57 ans et célébrera le 24 novembre prochain sa 17e année de sobriété grâce à sa détermination et au support des Alcooliques Anonymes (AA). Lors de son arrivée au sein du groupe, Réjean savait qu'il était alcoolique depuis de nombreuses années et bien que son histoire est unique, il espère que son témoignage pourra venir en aide à des personnes souffrant du même mal que lui.

 

REJEAN

Réjean B. s'en sort grâce à un groupe d'entraide

 

« L'alcoolisme est une maladie qui peut toucher tout le monde, on le dit c'est une allergie physique doublée d'une obsession mentale, on ne parle pas de quantité, mais bien de comportement », explique le responsable du District 08 des AA à Repentigny.

Réjean B. est le troisième de sept enfants et il se souvient qu'il était le seul vraiment près de son père, un alcoolique décédé d'une cirrhose du foie à l'âge de 75 ans après avoir arrêté de boire cinq ans auparavant.  « Mon père est un bricoleur de maison et moi je le suivais toujours avec mon petit coffre à outils », se souvient Réjean. Sans le vouloir, le patriarche a grandement contribué à la maladie de son fils alors que ce dernier est à peine âgé de sept ans.

Réjean se souvient: « J'ai toujours été entouré de consommation à la maison, et ce dès mon enfance. Mon père, pour faire un jeu, me disait toujours : "Allez Réjean, va chercher une bière à papa", et j'y allais. Nous avions un petit bock d'une once à la maison et en guise de récompense la première petite shot de bière me revenait toujours. J'ai aimé cela et j'y ai pris goût. »

Les bars et les consommations excessives

Réjean développe très tôt une tolérance à l'alcool et doit augmenter le nombre de ses consommations afin d'atteindre un certain niveau d'ivresse. À l'adolescence, il vole la bière de son père et ses consommations deviennent astronomiques. À l'âge adulte, Réjean abandonne ses cours en technique policière, car sa consommation nuit à ses études. Il travaille dans la rénovation de jour et dans les bars les soirs et la fin de semaine, c'est lors de cette période de sa vie que Réjean dit brûler la chandelle par les deux bouts et vivre selon le modo Sex, drugs and rock n'roll.

« J'ai majoritairement consommé de la bière, mais j'ai aussi eu une période où je consommais des boissons fortes soit environ 26 à 40 onces de scotch par jour alors que je travaillais dans les bars. J'avais ma bouteille de scotch sur ma table de chevet et je me réveillais la nuit pour en boire. Lors de mes deux dernières années de consommation, je buvais environ dix à 12 King Can de 950 ml par jour. Je buvais du matin au soir, j'en prenais même une avant d'aller travailler », explique l'homme qui était fonctionnel malgré sa maladie et qui déplore que l'alcoolisme soit trop souvent associé à un itinérant qu'on verrait sur un banc de parc.

La famille et le fond du baril

Réjean travaillera dans les bars environ douze ans, c'est d'ailleurs là qu'il rencontre une barmaid qui deviendra la mère de sa fille aînée maintenant âgée de 26 ans et avec laquelle il n'aura aucun contact jusqu'à tout récemment. « J'ai été 22 ans sans voir ma fille à cause de mon alcoolisme. À l'époque j'ai voulu prendre mes responsabilités, mais sa mère a tout fait pour que je ne la voie, car elle connaissait l'étendue de ma dépendance. Je l'ai retrouvé il y a trois ans et c'est très spécial. »

Celui qui a aussi un garçon de 21 ans a été marié à une autre femme, elle aussi issue du milieu des bars et qui, elle aussi, a mis un terme à leur relation à cause de ses problèmes de consommation.

Après une cure de désintoxication infructueuse en 1986 où le médecin refuse de l'envoyer en thérapie et le réfère aux Alcooliques Anonymes, il va à une première rencontre, il arrête de boire brièvement, mais il accepte un verre un soir, un verre qui lui coûtera 11 ans de sa vie.

« J'ai touché le fond quand mon fils de trois ans, qui venait me voir très peu souvent, était assis devant moi et me disais qu'il avait faim, je lui ai dit d'attendre que je termine ma bière, mais je savais très bien qu'il n'y a avait rien à manger dans le frigo. Il n'y avait que de la bière achetée à crédit au dépanneur. Il insistait, j'ai crié et il est allé dans sa chambre en pleurant. Il est revenu en jouant avec un jeton, le jeton qu'on prend lors de notre première réunion des AA. J'en avais plusieurs, les jetons avaient toujours pris le bord et je prenais un coup. Cette fois-là, je savais que j'allais arrêter, je devais le faire pour moi et pour lui. »

Le 24 novembre 1997, Réjean B. décide d'arrêter de boire et trois mois plus tard, il passe devant le juge pour demander la garde légale de son fils, qu'il obtient sans problème. « J'ai eu la garde de mon fils pendant douze ans et je l'ai élevé dans la sobriété. Ça été une grande source de motivation pour moi. »

Croire en une force plus grande

Les Alcooliques Anonymes demandent à ce que l'alcoolique croit en une force spirituelle plus grande que lui et bien que le mouvement nomme cette force Dieu, Réjean explique qu'il s'agit de la propre interprétation que la personne se fait de cette force: « Cela peut être le Dieu des chrétiens, mais ça peut être Bouddha, Allah ou n'importe quoi d'autre, les AA sont sans jugements et tout le monde y est le bienvenue et accepté. »

Pour Réjean B. cette force c'est Sébastien, son troisième enfant qui n'a pas survécu à la naissance et qui aurait maintenant 18 ans.

 « Avec le recul, et ma participation au mouvement, j'ai compris que Sébastien est ma force supérieure. Il n'y a pas un matin où je ne me lève pas sans lui demander de m'aider à passer une belle journée et un soir où je me couche sans le remercier de m'avoir aidé », explique l'homme avec une profonde émotion.

Aujourd'hui, Réjean est heureux d'avoir pu faire la paix avec son père avant qu'il décède, et il se réalise par le travail et par son implication au sein du mouvement des Alcooliques Anonymes. Encore un fervent travailleur de la rénovation, un art qu'il a appris à côté de son paternel, l'homme qui n'a plus soif s'affaire à bricoler, démolir, reconstruire et bâtir.

Pour plus de renseignements sur les Alcooliques Anonymes et les façons de s'en sortir, consultez le http://aa-quebec.org/AA_Quebec/Templates/index.htm

Publié dans AA Québec

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