Saintes : « L’alcool ne part jamais en vacances »

Publié le par kreizker

in "Sud-Ouest" (France), 19 août 2014 

Deux fois par semaine, aux Alcooliques anonymes, hommes et femmes viennent chercher force et bienveillance pour dompter la tentation de l’alcool, qui ne laisse aucun répit.

 

Mercredi soir dernier, dans une salle de la place Saint-Vivien. Assise dans le cercle des Alcooliques Anonymes, une jeune femme annonce que, samedi, elle partira en vacances avec ses enfants « pour la première fois depuis six ans. Ils sont hyper excités ». Quelques mots de bonheur où affleurent les souffrances passées. Ce soir-là, le thème de la réunion ouverte, c'est-à-dire accessible à tout un chacun, est « la gratitude ».

Une vingtaine d'autres personnes - dont deux touristes - ont rejoint la réunion bihebdomaire des Alcooliques Anonymes. Humilité Les bonbons sont sur les tables ; les cafés et jus de fruits prêts à être servis. L'ambiance est amicale et bienveillante. On se claque la bise. Chacun s'installe et se présente. Le prénom, peut-être imaginaire, est immédiatement suivi d'un « malade alcoolique », complété, si la personne veut le partager. du temps de l'abstinence. Un jeune homme, désabusé, dit avoir bu. Il n'a pas tenu les vingt-quatre heures de défi que se lance chaque jour chaque « malade alcoolique ». L'humilité face à la maladie est grande tant l'alcool, ce frère ennemi, peut ressurgir à tout instant.

Dès lors, hors de question d'imaginer un seul instant que les Alcooliques anonymes fassent une pause au mois d'août. « L'alcool ne part jamais en vacances », résume Alain, 53 ans, ancien délinquant, presque SDF, adepte du coup de poing facile, qui en voulait à la terre entière. Il n'a plus touché à l'alcool « depuis le 28 mars 2005 ». Il vient aux AA « prendre son médoc »

 

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Bonbons, écoute et bienveillance... Comme dit Alain : « Je viens chercher mon médoc »

 

"Retrouver les proches"

Les Alcooliques anonymes sont à la fois vulnérables et très forts . Ils domptent la maladie, admettant qu'ils n'en guériront jamais vraiment. Il leur faut une sacrée force mentale pour résister à la tentation. Cette force de l'esprit, ils la puisent dans « une puissance supérieure », qu'elle soit le groupe, Dieu, des proches, la nature, etc. Peu importe son nom. Le programme des AA se déroule en 12 étapes, dont la première : admettre son impuissance. Marc, 56 ans, abstinent depuis sept ans, se souvient que c'est sa mère qui a appelé les AA. « Je buvais tout seul, dans mon coin. » Les deux bouteilles quotidiennes de rhum y passaient. « Quand on boit, on se suicide petit à petit. On sait qu'on va vers la mort. » Comme le volubile Alain, Marc est « un miraculé de la première réunion ».

Yvette, 61 ans, est une AA. Abstinente depuis onze ans et demi, elle raconte l'alcool, sa dépression, sa tentative de suicide après que son mari s'est résolu à divorcer [Lire ci-contre]. Son époux, Yves, téléphone aux AA. « C'était un mercredi, se souvient Yvette. Je me suis présentée à 19 heures. » Elle assiste à la réunion. Le déclic viendra un peu plus tard.

La suite s'est écrite pas à pas, main dans la main avec son mari. « Mon grand plaisir aujourd'hui, c'est de garder mes deux petits enfants cet été. » Ce n'était pas la première fois mais Yvette, et par ricochet Yves, ne peuvent oublier ce temps où cela était impensable.

 

« On se comprend »

La rupture avec les proches est l'un des points communs à toutes ces vies abîmées. « Quand on boit, on dit toujours que c'est à cause des autres », pointe Alain, qui se souvient avoir accusé ses deux compagnes successives de tous ses maux. Aujourd'hui, les liens avec elles et les enfants sont rétablis comme jamais il n'aurait espéré.

Claudine, 67 ans, est encore fragile. Elle se présente comme « alcoolique depuis trente ans, dont dix ans d'abstinence. » Son mari buvait lui aussi, elle a replongé. Les compteurs sont retombés à zéro. C'est la dure loi des AA. Claudine en est à sa deuxième année sans une goutte d'alcool.

Elle a quitté le foyer pour se donner toutes les chances de réussite. « Avec les AA, on se comprend », dit-elle tout simplement. Quand elle voit une personne ivre aux réunions cela la remue. « J'ai honte, ça a un effet miroir sur ce que j'ai pu être. » Ses compagnons de route préfèreront, au mot miroir, celui de « rétroviseur ». Comme pour signifier, c'est derrière.

 

Alcooliques anonymes. Réunion tous les mercredis et vendredis, de 19 heures à 20 h 30. 1, place Saint-Vivien, Saintes. Tél. 05 46 93 26 25. À noter la naissance d'un groupe AA Seudre le mardi 9 septembre, à 19 h 30, place Richelieu, à Saujon.

 


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Groupe "Liberté" (en face de l'église)

1 place St Vivien - 17100 SAINTES - France



 

in "Sud-Ouest" (France), 19 août 2014 

« Al-Anon », pour les proches aussi

Le mouvement des « Al-Anon » est l'équivalent des AA, Alcooliques anonymes, mais pour la famille et les amis d'alcooliques. Comme en témoigne Yves, 62 ans, la première étape du proche, comme pour l'alcoolique, est d'accepter son impuissance face à l'alcool. Il raconte comment il surveillait sa femme, marquait le niveau des bouteilles pour vérifier si Yvette avait bu et combien il usait de multiples stratagèmes pour la surveiller. « C'était devenu une obsession. La vie était infernale. » Yves pensait bien faire...

Il est tombé de haut quand, à bout, au téléphone, un bénévole d'Al-Anon lui a répliqué : « Foutez-lui la paix. La meilleure façon de faire est de ne rien faire. » En écho, Yvette raconte combien l'attitude de son mari ne faisait finalement qu'empirer la situation. « Je provoquais. Je buvais encore plus. » Le mensonge, la perte de confiance avaient fini par gangrener la famille. Yves, qui est maintenant très actif dans le mouvement, pense que, sans les Al-Anon, son couple n'aurait pas tenu le choc.

 

OÙ LES TROUVER

À Saintes, réunion les mercredis à 19 heures, salle Renoir, Maison des associations, 31, rue Cormier. Tél. 06 16 56 62 70 ou 07 50 88 67 73 (numéro régional).

À Royan, les jeudis à 20 h 30, à la Maison des associations, 61 bis rue Paul-Doumer. Tél. 05 46 23 75 81.

À La Rochelle, les lundis à 19 h 30, À la vie, Maison des associations, 99, rue Nicolas-Gargot. Tél. 05 46 68 10 42.


Publié dans AA france

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