"Vivre sobre" aux Editions AA

Publié le par kreizker

in "Enquête et Débat", 25 juillet 2014

 

Par le Dr Thierry Ferjeux MICHAUD-NÉRARD, Pédopsychiatre, DEA de Psychologie clinique


“Vivre sobre” est un petit livre publié par les Éditions des Alcooliques Anonymes. Il propose “quelques méthodes utilisées par les Alcooliques Anonymes pour ne plus boire“. Ce livre est disponible, en français, sur le site des A.A. à Bruxelles. Que signifient les mots : “vivre sobre” ? Le problème est que, “quoi qu’ils aient pas mal bu, beaucoup de nos membres (alcooliques) ne se sont jamais sentis ivres et restaient convaincus de n’avoir presque jamais été surpris dans cet état. Nombre d’entre nous n’ont jamais titubé, jamais fait de chute, jamais eu la bouche pâteuse et beaucoup d’autres n’ont jamais été désordonnés, jamais manqué une journée de travail, jamais eu d’accident de voiture et certainement jamais été hospitalisés, ni écroués pour ivresse“.

En clair, la plupart des buveurs sont des alcooliques qui s’ignorent. C’est le résultat du déni, qui fait partie constitutive de la maladie alcoolique et c’est évidemment aussi ce qui fait obstacle au rétablissement par l’abstinence. Les fausses justifications des buveurs sont décrites dans “Vivre sobre” comme suit : “Nous connaissons des tas de gens qui buvaient plus que nous et d’autres qui ne parvenaient absolument pas à contrôler leur consommation. Or, nous n’étions guère comme eux… Assurément, il n’y avait aucun mal à prendre un verre ou deux, pendant un repas d’affaires ou avant le dîner. Chacun n’a-t-il pas le droit de se détendre en buvant un peu d’alcool ou d’avaler quelques bières avant de se mettre au lit ?” Pourtant, la plupart des buveurs souffrent de “cette maladie appelée l’alcoolisme (et) des millions de personnes souffrent anormalement de ce mal“. Le fait est que “n’importe quelle boisson alcoolisée attire des ennuis à l’alcoolique ou au buveur à problèmes… Il s’ensuit que le fait de ne pas boire du tout, c’est-à-dire de rester sobre, constitue le seul point de départ pour se rétablir de l’alcoolisme“.

“Vivre sobre” selon les Alcooliques Anonymes ajoute : “Notre façon de boire était liée à un grand nombre d’habitudes… (qui) concernaient notre manière de penser, de ressentir les événements… notre façon d’agir… les activités que nous poursuivions“. C’est pourquoi, “à force de ne plus boire, nous avons compris que nos habitudes anciennes devaient faire place à des habitudes nouvelles“. Cela signifie que nous devions d’abord changer nos habitudes : “un tel changement (est indispensable afin de pouvoir acquérir de) nouvelles habitudes de sobriété, (de) nouvelles façons d’agir et de penser…” Les bonnes intentions ne suffisent pas, il faut parvenir à “les mettre en pratique”. Malgré cela : “Se contenter d’arrêter de boire ne suffit pas“.

La règle est de vouloir “Vivre sobre” à chaque instant, “heure par heure, à domicile, au travail ou en société“. Il faut vouloir sincèrement apprendre à éviter ces situations et ces amis qui “nous incitent à boire ou compromettent d’une manière ou d’une autre notre rétablissement“. C’est pourquoi les A.A. disent : “Si tu ne bois pas le premier verre, tu ne pourras pas te saouler” et “Un verre, c’est trop et vingt, c’est trop peu“. Chez les Alcooliques Anonymes, on s’efforce d’éviter les expressions comme “Je ne boirai plus” ou “Je promets de ne plus boire“…

Si les Alcooliques Anonymes savent que “l’alcoolisme (est un mal) permanent et irréversible, forts de notre expérience, nous nous défendons de faire des promesses de sobriété à long terme. Nous avons constaté qu’il était plus pratique et plus avantageux de déclarer : “Aujourd’hui, je ne bois pas“. “

La règle des 24 heures” des Alcooliques Anonymes est de vouloir “Vivre sobre” seulement pour une durée maîtrisable : seulement pour aujourd’hui ! Inutile de voir trop loin et de vouloir trop grand ! Chacun sait que l’échec est prévisible dans la promesse d’arrêter de boire pour toujours : “Cette fois-ci, je suis vraiment sincère…” etc. Le but est de devenir enfin “libre de ne pas boire”. Ce qui signifie être libre de l’aliénation de l’obsession de l’alcool et être enfin guéri de la folie de l’obsession de la consommation de l’alcool. Ce n’est pas si simple de ne plus “vivre en s’apitoyant sur son sort, (sans) se plaindre à tout venant (et) se lamenter…” Un problème est que notre jugement a été altéré par l’obsession de l’alcool ! C’est pourquoi nous nous sentons “frustrés” et aigris de ne plus pouvoir “boire comme avant”. Certains buveurs veulent croire en l’effet magique des médicaments qui proposent de façon mensongère aux alcooliques de “redevenir ces buveurs sociaux, normaux et modérés“. Comme tromperie à laquelle les alcooliques veulent croire, ce n’est sûrement ni la première, ni la dernière, à être mise sur le marché par les charlatans, depuis des siècles. Un membre des A.A. a déclaré : “Si vous tenez à bien vous porter, restez abstinent, et ainsi vous continuerez à vivre“.

Les alcooliques souffrent “d’un mal incurable, virtuellement mortel, nommé l’alcoolisme. Et, au lieu de nous obstiner à boire, nous préférons adopter un mode de vie sans alcool… “

Nul ne sait exactement pourquoi certaines personnes deviennent alcooliques et d’autres pas… Le premier pas vers le rétablissement, c’est tout simplement de ne pas boire“.

La plupart des buveurs “n’aiment guère entendre commenter leur façon de boire“. C’est pourquoi, “nous nous hâtions d’exposer les “raisons” pour lesquelles nous buvions, comme pour prévenir toute critique, toute protestation. Après boire, certains d’entre nous commençaient à discutailler, voire à se quereller avec leurs interlocuteurs. D’autres, s’aperçurent qu’après un ou deux verres, ils se sentaient beaucoup mieux à leur aise… Notre manière de boire nous contraignit à sélectionner nos amis d’après leur aptitude à boire“.

Chez les Alcooliques Anonymes, “beaucoup de membres comprenaient le problème pour avoir eux- mêmes connu de semblables difficultés… Les Alcooliques Anonymes sont compréhensifs, des gens familiers de ces sortes de problèmes et capables de nous aider… à remettre nos idées en place, à procéder à un inventaire, à terminer un travail, à élucider un problème personnel ou, simplement, à se reposer un peu de la tension journalière” sans devoir céder trop facilement à “ce besoin de nous apitoyer sur notre sort“. “

 

vivre sobe


Pour ces raisons, nous devons éviter la fatigue et la faim et de nous laisser gagner par la solitude“. Chacun peut le vérifier : “Si l’idée de boire un verre vous vient à l’esprit, prenez le temps d’analyser la situation : vous constaterez très souvent que vous êtes sous l’effet de l’une de ces trois souffrances. Dans ce cas, parlez-en vite à un ami. Votre conversation, du moins, dissipera votre solitude… On sait que des produits chimiques agissent sur la vie de l’esprit. “L’un des premiers de ces produits a dû être l’alcool éthylique. C’est depuis toujours la drogue populaire la plus couramment utilisée à cet effet“.

La brochure “Le Membre des A.A. et l’Abus des Drogues” souligne le fait que “pour beaucoup d’entre nous, le fait de boire procédait d’une sorte d’auto-médication“.

“Nous buvions dans l’espoir de nous sentir mieux ou moins malades. Des milliers d’entre nous ont également usé de toutes sortes de produits chimiques… des sédatifs et des tranquillisants qui calmaient notre excitation ou palliaient nos états dépressifs… qui nous aidaient à dormir, nous stimulaient, levaient nos inhibitions ou nous transportaient sur des vagues de félicité… Il est évident que le besoin de telles substances, modifiant le comportement psychologique, peut s’enraciner profondément chez ceux qui ont un tempérament de buveur… Nous sommes convaincus que nous avons acquis, nous les alcooliques, une propension à la dépendance, et notre commune expérience confirme cette opinion. C’est pourquoi nous nous montrons particulièrement méfiants envers la cocaïne, le haschisch, les hallucinogènes, les tranquillisants, les stimulants, comme envers tout médicament… susceptible d’agir sur le système nerveux central… Il est clair que ces substances constituent un danger indéniable, et nous en avons eu la preuve à maintes reprises… Et si nous en prenons à l’occasion, nous en arriverons probablement à trouver plus commode de boire un verre“. Si “les A.A. ne constituent pas un mouvement contre la drogue ou la marijuana… nous ne prenons aucune position, morale ou légale, pour ou contre “l’herbe” ou les substances du même genre… Notre position à cet égard est semblable à celle que nous avons adoptée vis-à-vis de l’alcool…” Pour cela, il vaut mieux s’adresser à NA, le mouvement des Narcotiques Anonymes.

Chez les Alcooliques Anonymes, le mouvement propose un “Programme d’aide par l’abstinence” pour le rétablissement. Ce programme pour le rétablissement de l’alcoolisme par l’abstinence est un programme complet de réhabilitation et de réinsertion. Il agit en profondeur afin de promouvoir une “vie saine”, sans alcool et sans “drogue”. Le groupe d’entraide agit pour la libération de l’aliénation de l’obsession de l’alcool. Le groupe d’entraide agit pour favoriser la “sobriété morale” et le refus du “déni” de la réalité de la “dépendance”.

L’approche relationnelle du groupe d’entraide des Alcooliques Anonymes agit émotionnellement pour l’acceptation de l’expérience de la réalité. Le Programme d’aide par l’abstinence agit de manière responsable par l’humanisme en matière de développement personnel dans le respect du principe de vérité et d’honnêteté, car chacun sait que la maladie alcoolique est aussi la maladie du mensonge et de la dissimulation. On sait que la folie de l’obsession de la consommation d’alcool est aggravée par les réactions d’orgueil et de frustration qui entretiennent la rage contre soi-même et contre les autres. C’est pourquoi le groupe d’entraide est si précieux pour la libération du malade alcoolique de l’aliénation et de la folie de l’alcool.

 

Aussi (du même auteur) :   http://0z.fr/Bc6WA

 


 

Qui a écrit le "Vivre sobre" ?  http://0z.fr/I7LWU

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waerts alain 27/07/2014 10:04

Belle article mais vivre sobre est devenu vivre sans alcool car sobre veut dire que l'on pourrais boire un verre modérément. Vaut mieux le préciser car le cerveau de l'alcoolique est tellement
tordu que peut etre ???

kreizker 27/07/2014 11:14