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Virginie, alcoolique abstinente

Publié le par kreizker

"Confidences sur la cuvette", 8 Janvier 2021

Dans ce treizième épisode, l'histoire touchante de Virginie lève le voile sur une facette de l'alcoolisme au féminin, et montre la ténacité qu'il faut pour en sortir. Le récit dur et beau d'une femme qui se bat jour après jour contre cette maladie. L'occasion de rappeler que, bien que socio-culturellement admis, l'alcool est une drogue dure, au même titre que l'héroïne, la cocaïne, etc. Avec cette particularité que l'assuétude s'immisce très progressivement dans la vie du consommateur, déguisant la toxicité du produit sous l'illusion de la coolitude et de la convivialité.

 

Si les chiffres du dernier rapport de l'OMS sur la santé et l'alcool (2018) montrent que 3 millions de personnes sont mortes dans le monde en 2016 à cause de l'alcool (= 5,3% des décès dans le monde, soit une mort sur 20), ils montrent aussi une proportion supérieure d'hommes par rapport aux femmes : 3 hommes en meurent "contre" 1 femme en 2016. Pourtant, même s'il reste encore tabou, l'alcoolisme des femmes est en augmentation. Comme les jeunes, elles sont la nouvelle cible des alcooliers et se voient attirées par un marketing pensé pour elles : des packagings plus sobres et élégants qui rendent cool la femme active moderne, et incite la cadre supérieure et/ou mère de famille stressée à décompresser entre copines avec son verre de Chardonnay.

Alors qu'on attribue un côté forcément convivial à la consommation d'alcool chez l'homme, lui permettant de se déstresser voire de dépasser une certaine timidité dans certains contextes, la consommation d'alcool par les femmes reste toujours aussi mal vue : la femme qui boit perd son statut de femme respectable ou de "bonne mère", "ne sait pas se tenir", parce que " si elle voulait vraiment arrêter elle le pourrait". Résultat? Les femmes qui boivent se cachent et, muettes et honteuses, tardent à consulter ou à trouver de l'aide. Pour Nicou, membre depuis 25 ans chez les Alcooliques Anonymes en Belgique, "on voit de plus en plus arriver des femmes forts abîmées et très jeunes. Leur consommation d'alcool s'apparente de plus en plus à celle des hommes (fête/binge drinking) et cohabite avec le profil plus "classique" de la femme en recherche d'évasion qui boit chez elle par solitude et/ou dépression. Dans cet article de Libération, Fatma Bouvet de la Maisonneuve, psychiatre et addictoloque, explique que "l'alcoolisme au féminin est devenu un problème majeur qui concerne souvent un public instruit et très diplômé". Elle précise qu'il y a souvent des terrains à risque, des antécédents de maltraitance générale qui pèsent très lourd."

Chez les AA, ce mouvement new-yorkais initié il y a 80 ans par deux médecins au passé bien imbibé, on croit dur comme fer que seul un alcoolique peut comprendre un alcoolique, qui par l'exemple, le partage, le soutien, l'amitié, peut l'aider à trouver la force en lui nécessaire à son rétablissement. Le credo : un jour à la fois, ne pas prendre le premier verre. Longtemps connoté à la religion protestante, le mouvement fut longtemps méprisé par le corps médical. Depuis 30 ans en Belgique, "petit à petit les médecins se sont ouvert et la plupart considèrent que les AA sont quelque part le SAV d'une cure et un volet important pour tenir dans la durée. Depuis la crise Covid, même si les membres étaient peruds au début, on constate que notre programme et nos réunions virtuelles permettent clairement de tenir le cap et de surmonter l'isolation du confinement", précise encore Nicole.

 

Anonyme, et c'est ce qui fait sa force, le mouvement ne tient aucune statistique de réussite ou de rechute. Et parce que l'alcool touche tous les proches de l'alcoolo dépendant, les AA évoluent depuis des années en parallèle au mouvement Al - Anon, "une fraternité dont les membres sont anonymes et composée de parents et d’amis d’alcooliques qui se réunissent pour partager leur expérience, leur force et leur espoir, afin de résoudre leurs problèmes communs". Pour rappel, l'alcoolisme est une maladie, une dépendance. Les proches ne peuvent être des soignants, mais des accompagnants.

 

Pour approfondir la questions, quelques sources intéressantes :

L’alcoolisme au quotidien : de la consommation agréable à la dépendance, du docteur Geibe, alcoologue réputé en Belgique dévoué à la prévention auprès des jeunes et des parents. Editions Seli Arslan

Femmes face à l'alcool, résister et s'en sortir, de Fatma Bouvet de la Maisonneuve, Odile Jacob.

Chérie, dis-moi, pourquoi tu bois?, livre-témoignage de Pierre D. aux éditions La boite de Pandore

 

Nous avons pris beaucoup de plaisir à questionner ce tabou; merci à Virginie pour sa confiance.

 

 

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Publié le par kreizker

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"Les Alcooliques Anonymes de Brioude racontent leur crise sanitaire"

Publié le par kreizker

in "La Montagne" (France), 21 Janvier 2021

" L’isolement fragilise et déboussole "
Les périodes d’isolement liées au contexte sanitaire ont fragilisé les personnes dépendantes.  Les Alcooliques Anonymes de Brioude ont dû « faire autrement » pour ne pas replonger. Témoignages.

Confinement, couvre-feu, reconfinement et de nouveau un couvre-feu. Comment les périodes d’isolement liées aux restrictions sanitaires ont été vécues par les membres des Alcooliques Anonymes de Brioude ? « Cela a été très compliqué », confie Mélanie (*). Abstinente depuis deux ans et demi, la jeune femme a perdu son emploi avant le premier confinement. « L’isolement vous rend plus fragile. Cela vous déboussole, les pensées sombres s’amplifient », explique-t-elle.

Des réunions à distance qui ont maintenu le lien

Les réunions hebdomadaires qui se tenaient habituellement en présentiel ont été remplacées par des échanges à distance. « Cela a quand même permis de discuter, d’exprimer ce que l’on ressent et de poser des mots sur les problèmes. L’alcoolisme est souvent lié aux émotions », ajoute-t-elle. Pour Gisèle (*), 60 ans, « même si on ne pouvait plus boire un café ensemble », les contacts à distance ont été précieux.

« S’il n’y avait pas eu ces réunions, je ne sais pas si j’aurais pu tenir... Parler de notre maladie, écouter les autres, c’est indispensable pour nous. »

GISÈLE (Membre des Alcooliques anonymes)

Paradoxalement, la situation sanitaire a rapproché les membres entre eux, raconte Mélanie : « On s’appelait plus souvent pour prendre des nouvelles de chacun. Cela a resserré les liens. » Sortis du premier confinement, les groupes de parole en présentiel ont pu reprendre à Brioude. « Nous avons changé de local pour finalement nous retrouver à l’ancienne école Jean-Pradier », rapporte-t-elle. Mais la joie des retrouvailles a vite laissé place au couvre-feu du mois d’octobre. « Nos réunions étaient avancées pour pouvoir respecter les limitations de déplacement à 21 heures », poursuit-elle.
Les périodes d’isolement ont été très mal vécues notamment par les jeunes abstinents, « qui sont plus fragiles que les autres ». Certains ont pu trouver refuge dans d’autres activités. « J’ai beaucoup lu. Des livres écrits par les alcooliques eux-mêmes. Ça m’a fait du bien », glisse Gisèle. 

« Le stress et le confinement ont pu augmenter les consommations d’alcool, ou les diminuer du fait de la limitation des interactions sociales. »

ALICE VILLEPOUX (psychologue au Centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie de Brioude)

 

Par ailleurs, la fermeture des débits de boisson n’a pas impacté la consommation d’alcool. « Il y a vraiment tout type d’alcoolisme. Ceux qui ne peuvent plus boire au bar achètent de l’alcool dans une épicerie pour consommer chez eux », indique un membre des Alcooliques Anonymes.

« Ce couvre-feu est presque plus dur qu’un confinement »

Le second confinement n’a pas arrangé les choses. Mais c’est surtout le durcissement des règles de déplacement de janvier qui a été difficile pour les Alcooliques Anonymes. « Ce couvre-feu est presque plus dur qu’un confinement. La limite des 20 heures et maintenant de 18 heures change beaucoup de choses. » En effet, les réunions physiques du fait de l’horaire avancé ne peuvent plus se tenir. De plus, l’éloignement, l’absence de contact, a freiné les nouveaux membres. « Les personnes qui voulaient nous rejoindre ont eu un peu plus de mal, car il fallait aller sur Internet plutôt que de pousser la porte. » Et les réunions à distance ont donc repris, « c’est compliqué, mais c’est toujours mieux que rien ». 

Publié dans AA france

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PORTRAITS

Publié le par kreizker

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