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73 articles avec aa bretagne

"Le confinement, une épreuve de plus pour les Alcooliques Anonymes"

Publié le par kreizker

in "Le Télégramme" (France), 18 Septembre 2020

Concarneau. Les Alcooliques Anonymes se retrouvent. 

En Ville bleue, les Alcooliques Anonymes peuvent à nouveau se retrouver chaque jeudi soir. Mais depuis la reprise des réunions, mi-mai, ils sont un peu moins nombreux à venir. Une absence provisoire selon les membres rencontrés cette semaine. Des membres qui ont dû, lors du confinement, trouver des alternatives pour maintenir le lien et éviter ainsi les rechutes.

Depuis le 14 mai, les Alcooliques Anonymes du secteur de Concarneau ont retrouvé leur rendez-vous hebdomadaire du jeudi à La Balise.

Depuis le 14 mai, les Alcooliques Anonymes du secteur de Concarneau ont retrouvé leur rendez-vous hebdomadaire du jeudi à La Balise.

Le confinement a contraint les Alcooliques Anonymes à trouver des alternatives afin de maintenir le lien entre eux. Depuis mai, ils peuvent à nouveau échanger lors des réunions hebdomadaires. Les membres sont pourtant moins nombreux qu’avant.

Il est un peu plus de 20 h 30, ce jeudi, quand débute la réunion hebdomadaire des Alcooliques Anonymes de Concarneau. Ils sont six hommes assis autour de la table, dans la pièce mise à disposition par le centre socioculturel La Balise. « C’est calme, on ne devrait pas être beaucoup plus », constate Gérard*, la voix calme, avant d’ouvrir la séance. Il donne le thème de la soirée sur lequel chacun est invité à témoigner à tour de rôle : « Moi et les Alcooliques Anonymes ». L’occasion pour eux de revenir sur leur rapport à la maladie et les liens qu’ils entretiennent, parfois depuis plus de 25 ans, avec les AA. L’occasion aussi de revenir sur l’épreuve du confinement. Période où les Français auraient augmenté leur consommation d’alcool.

Les membres présents affirment avoir tenu durant ces mois d’isolement. Ce n’est pas le cas de tous. « C’était une période très anxiogène et il y a eu des rechutes », affirme Bernard, prenant comme exemple « une personne qui n’avait pas bu depuis 20 ans et qui pensait craquer. Lors de la reprise des réunions, elle s’est effondrée devant nous », relate-t-il

 

Explosion des visioconférences

Si les groupes en présentiel n’ont pas pu avoir lieu, nombre d’entre eux ont choisi de maintenir le lien durant l’isolement du pays. Notamment grâce aux échanges téléphoniques. « Tous les jeudis, on s’appelait ensemble. On pouvait se dire tout ce qu’on avait en tête », confirme Christophe.

Et comme pour le télétravail, c’est le service de visioconférence Zoom qui a été plébiscité par les AA. « Je n’ai jamais autant fait de réunions qu’à ce moment-là ! », assure Fabrice. Des rassemblements virtuels qui réunissaient jusqu’à 100 personnes simultanément, venant parfois d’autres pays. « L’inconvénient, c’est que tout le monde ne pouvait pas toujours s’exprimer. En tout cas, il n’y avait plus l’excuse de ne pas pouvoir se déplacer. Pour nous, ça a été un outil formidable ! », poursuit-il.

« On se croit sauvé, mais avec l’alcool, on ne l’est jamais vraiment ».

 

« Il y aura un effet retard »

Pour autant, certains le disent : « Les réunions ont manqué », clame Bernard. Dès le 14 mai, les rendez-vous hebdomadaires ont pu reprendre à Concarneau. « Peu de groupes ont recommencé aussi vite en Bretagne. Le conseil d’administration de La Balise a tout de suite dit que c’était son rôle de rétablir les groupes de parole », ajoute-t-il. Une reprise vécue comme un soulagement pour certains membres.

Mais ils le remarquent : les AA de Concarneau ne sont plus aussi nombreux qu’auparavant. « On avait pourtant cette crainte d’avoir plus de monde. Mais il n’y a jamais eu cet afflux-là », constate Christophe.

Personnes à risque, peur de se réunir dans un lieu clos, jauge limitée à dix personnes (malgré la possibilité de faire deux groupes) sont autant d’explications avancées. Mais pas que. « Comme toutes les activités quand elles sont interrompues, on a dû mal à les reprendre car on voit qu’on peut faire sans. Mais je suis certain qu’à un moment donné, il y aura un effet retard. On se croit sauvé, mais avec l’alcool, on ne l’est jamais vraiment », prévient Bernard.

* Les prénoms ont été modifiés

Pratique

Réunion des Alcooliques Anonymes, tous les jeudis, à partir, de 20 h 30, au centre socioculturel La Balise, à Concarneau. Toutes les mesures sanitaires sont assurées.

Publié dans AA Bretagne

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Confinement : coups de fil, visio-réunions… les Alcooliques Anonymes de Pontivy maintiennent le lien

Publié le par kreizker

in "Pontivy Journal" (France), 3 Avril 2020

Avec le confinement, les Alcooliques Anonymes de Pontivy (Morbihan) ont suspendu leur réunion hebdomadaire. Ils maintiennent le lien grâce au téléphone, aux visio-réunions…

Avec le confinement, les Alcooliques Anonymes de Pontivy (Morbihan) ont suspendu leur réunion hebdomadaire. Ils maintiennent le lien grâce au téléphone, aux visio-réunions…

C’était leur point de repère de la semaine. Ils avaient rendez-vous chaque mardi soir à Pontivy (Morbihan). Ils ? Les Alcooliques Anonymes . Avec le confinement décrété pour faire face à la pandémie de Coronavirus Covid-19, la difficulté de tenir, de ne pas rechuter est grande… Des réunions en ligne sont possibles, elles mettent en relation les groupes des autres régions de France et des pays francophones.

La réunion du mardi, ce repère fixe qui n’existe plus depuis 3 semaines

« On s’appelle les uns les autres régulièrement. Plusieurs fois par semaine, pour maintenir le lien. » Jean-Pierre est l’un des piliers de l’antenne des Alcooliques Anonymes de Pontivy. Comme tout le monde, la permanence a dû fermer ses portes lors de la mise en place du confinement, le 16 mars 2020.

La traditionnelle réunion du mardi soir entre Alcooliques Anonymes, à la Maison pour tous, quai Plessis, ne se tient plus depuis trois semaines.

 

On se voyait chaque mardi. C’était notre point de repères à tous, pour nous aider à se rétablir de notre maladie. Le seul critère pour entrer aux Alcooliques Anonymes, c’est d’avoir le désir d’arrêter de boire. Tout simplement. Peu importe votre nom, votre travail, etc. Certains ont arrêté de consommer ce produit addictif ; d’autres essaient de se limiter. Avec ce seul critère – avoir l’envie d’arrêter – on est tous à égalité devant le problème de l’alcool : à cette réunion hebdomadaire, tout le monde comprend tout le monde. Comment ça va ? Comment ça ne va pas ? C’est un groupe d’entraide, d’échanges : on se dit des choses concrètes et très pratiques. Le fait de se voir autour de la table, ça fait du bien. Mais depuis trois semaines, il n’y a plus ce repère fixe… Le téléphone ne remplace pas une réunion.

Confiné et tenir bon

Avec le confinement, la difficulté de tenir bon face à cette addiction est décuplée, comme l’explique Jean-Pierre, des Alcooliques Anonymes de Pontivy.

Etant confiné, ils ne peuvent pas faire tout ce qu’ils veulent pour éviter la rechute. Certains alcooliques se fixent un emploi du temps pour ne pas se laisser aller à rien faire, pour ne pas tourner en rond. On est dépendant : l’envie de boire peut très vite nous titiller l’esprit. Ce n’est pas toujours facile pour tout le monde… C’est pour ça qu’il est important de garder le contact, de s’appeler régulièrement.

Jean-Pierre s’inquiète pour les nouveaux membres, pour ceux qui auraient souhaité pousser la porte de la permanence pontivyenne des AA.

 

Un jour ou l’autre, il y a toujours cette personne qui vient pour la première fois. Elle s’est très bien pourquoi on est fermé : nous avons mis une affiche sur notre porte, quai Plessis, avec deux-trois numéros de téléphone de chez nous. Nous avons aussi affiché le communiqué des Alcooliques Anonymes de France, qui invite à participer aux visio-réunions : il arrive maintenant que ces réunions à distance soient leur premier contact.

 

Des visio-réunions avec tous les groupes français et francophones

Jean-Pierre, des Alcooliques Anonymes de Pontivy, est un habitué de ces visio-réunions, qui se tiennent chaque jour sur le site internet des AA de France. Chaque membre peut y assister que ce soit de manière anonyme (sans montrer son visage en désactivant la vidéo) ou moins anonyme (en montrant son visage). La première semaine de chaque mois, certaines réunions sont ouvertes à tout à chacun, pour faciliter le premier pas…

 

 

 

Sur le site des AA, tous les créneaux horaires se sont étoffés de visio-réunions, sur tous les thèmes, comme l’indique Jean-Pierre :

Les visio-réunions existaient déjà dans certaines régions avant la crise du Covid-19. Plusieurs groupes se sont formés : que ce soit par pays, par régions, par villes, par thèmes (débutants, Juste pour aujourd’hui, Plus jamais seul, Nos libertés pour agnostiques, athées, croyants, etc). Ce sont des réunions francophones, on voit des gens de partout : des Suisses, des Québécois… Je participe à des visio-réunions deux fois par semaine, à peu près. Certains n’ont pas cette chance d’y assister, il faut avoir le matériel pour : un ordinateur, un smartphone… Mais cela permet de voir des gens régulièrement, de partager ; en fait, d’assister à une vraie réunion.

Infos pratiques
Site des Alcooliques Anonymes de France : alcooliques-anonymes.fr. N° Cristal : 09 69 39 40 20 (appel non surtaxé). Sur Facebook : Alcooliques Anonymes. Alcooliques Anonymes de Pontivy, par mail : aa.pontivyrenouveau@laposte.net

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"À 95 ans, il poursuit sa route vers la sobriété"

Publié le par kreizker

in "Le Télégramme" (France), 7 Janvier 2020

Jacques ne se sépare jamais du livre écrit par Joseph Kessel « Avec les Alcooliques Anonymes », il avait rencontré l’auteur lors d’une assemblée générale de l’association à Paris.

Jacques ne se sépare jamais du livre écrit par Joseph Kessel « Avec les Alcooliques Anonymes », il avait rencontré l’auteur lors d’une assemblée générale de l’association à Paris.

À presque 95 ans, Jacques est le doyen des Alcooliques Anonymes de Brest. Il évoque la création des groupes d’entraides dans la ville et le regard que l’on porte sur l’alcoolisme.

« Au collège, j’étais bègue ». Pour Jacques (*), qui aura 95 ans en ce mois de janvier, son alcoolisme trouve sa source dans ce mal-être qu’il a tenté de dissimuler. « J’ai commencé à travailler comme ingénieur vers 21-22 ans. L’alcool permettait de me désinhiber. À force, on augmente les doses ». L’alcoolisme est un phénomène alors mal compris. « Je n’admettais pas avoir un problème. Je disais : « J’arrête quand je veux » ». Mais Jacques n’arrête pas. Aussi, en 1975, son épouse le supplie de faire quelque chose. Il se tourne vers son beau-frère, médecin. Sans succès.

 

« Je n’étais pas un tordu,

 

mais un malade »

 

Il se dirige alors vers une jeune structure, à Paris : les Alcooliques Anonymes. Immédiatement, un membre le prend en charge. « Il me demande mon prénom, pas mon nom. Il me dit qu’ici, il n’y a que des frères et sœurs ». Cet homme deviendra son parrain, celui vers qui il pourra se tourner, à toute heure du jour et de la nuit. Lors de sa première séance, il écoute les personnes présentes, une vingtaine d’hommes, quelques femmes. Le soir, chez lui, Jacques ne trouve pas le sommeil. « Ma vie est repassée devant mes yeux, comme un film. Cette nuit-là, j’ai compris que j’étais alcoolique ». Selon les Alcooliques Anonymes, la première étape vers la sobriété passe par reconnaître la perte de la maîtrise de sa vie. « J’ai compris que je n’étais pas un tordu, mais un malade ».

 

Chaque jour,

 

renoncer au premier verre

 

Depuis ce jour, Jacques affirme n’avoir plus jamais bu. Mais le chemin n’a pas été de tout repos. Chaque jour, il lutte pour résister au premier verre. « Comme les marins, je faisais des quarts. Ils reprenaient tous les matins pour 24 heures ». Pour tenir, il se rend toujours aux réunions, à Paris, faisant l’aller-retour tous les week-ends. À Brest, il fait la connaissance de Jean, un gars de l’Arsenal. « On a décidé de fonder un groupe à Saint-Martin. Au bout de quinze jours, nous étions une dizaine ». Aujourd’hui, Brest compte cinq groupes. Et Jacques, s’il n’a plus touché à l’alcool depuis 45 ans, se considère toujours comme un alcoolique « définitivement allergique à l’alcool ».

*Le prénom a été changé.
 
 
 
 
 
 

 

EN COMPLÉMENT

Les Alcooliques Anonymes « n’est pas un repaire d’ivrognes »

Pas de chef, que des amis

 

Les Alcooliques Anonymes, ou AA, n’ont pas de chef. Il y a des « serviteurs », qui sont responsables du bon fonctionnement de chaque groupe, pour deux ans maximum. Entre eux, les membres s’appellent des « amis ». L’anonymat est le socle des groupes, les membres ne donnent jamais leur nom. « On n’est pas un groupe de parole mais un groupe de travail », précise Bernard (*), serviteur pour le Finistère, au sein du groupe de Brest Renouveau, accueilli par le Patronage laïque Sanquer. « Je les remercie. Comme les AA n’ont pas de financement, ce n’est pas évident de trouver un lieu pour se réunir ».

 

Il est interdit de couper la parole

 

À chaque séance, un thème est proposé pour que chacun puisse s’exprimer. Il est interdit de couper la parole. « Nous n’exigeons rien des membres à part de l’écoute », précise Bernard. Les membres viennent aux séances selon leurs souhaits. Parler n’est pas obligatoire. « On a une vision très péjorative des AA, admet Hubert (*), membre depuis quatre mois. Je pensais trouver un repaire d’ivrognes. Or c’est chaleureux ». Tous les âges et toutes les catégories sociales sont représentés, hommes comme femmes.

 

On n’y va pas par hasard

 

Quand un médecin lui a diagnostiqué un début de cirrhose à 31 ans, Alex (*) a décidé de réagir. « On va aux AA quand on en a marre d’avoir marre, quand on touche le fond ». Pour Hubert, c’était l’ivresse de trop. « J’avais l’alcool mondain, festif. Je ne buvais pas tous les jours, mais quand je commençais, je ne pouvais plus m’arrêter ». En cette période de fête, il tolère bien l’omniprésence de l’alcool, et n’est pas tenté. « On ne persécute plus les gens qui ne boivent pas, se réjouit Bernard ». Les AA ne cherchent de toute manière pas à changer la société. « Mais on peut se changer en mieux ».


Pratique
Groupe des AA de Brest Renaissance, chaque samedi à 10 h 30 au PL Sanquer, 56, rue Choquet de Lindu ; tel. 06 28 41 90 50.* Les prénoms ont été changés.
 

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« Alcooliques Anonymes bonsoir, je vous écoute » : une nuit avec les bénévoles à Morlaix

Publié le par kreizker

in "Le Télégramme" (France), 22 Décembre 2019

 

« Alcooliques Anonymes bonsoir, je vous écoute » : une nuit avec les bénévoles à Morlaix

Le groupe des Alcooliques Anonymes du Pays de Morlaix a assuré, dans la nuit de samedi à dimanche, douze heures de permanence téléphonique à l’échelle nationale. Le but : écouter et aider.
Du fromage, du foie gras, des toasts et des crevettes, bien présentés sur la table du salon. Une déco soignée, digne d’un réveillon. Ce samedi 21 décembre, c’est un peu Noël avant l’heure, mais sans une goutte d’alcool, dans cette charmante petite maison d’un bourg situé non loin de la cité du viaduc. Son propriétaire, Serge, 73 ans, et ses quatre « amis » des Alcooliques Anonymes du Pays de Morlaix - Michel, Kevin, Danielle et Marie (tous les prénoms ont été modifiés) -, savent pourtant qu’ils ne seront pas à la fête. Cette nuit, comme chaque groupe AA de France le fait une à deux fois par an par roulement, ils prennent le relais des bureaux parisiens de l’association en répondant à tous les appels passés sur la ligne nationale (09 69 39 40 20). Un « service » de douze heures, entre 21 h et 9 h, dont l’objectif est clair : « On est là pour écouter les gens, les aider, leur dire qu’il y a une solution pour s’en sortir. Et que ça passe, entre autres, par nos réunions hebdomadaires ; il y a toujours un groupe des AA à proximité de chez soi. Dans cette pièce, il n’y a que des alcooliques abstinents : on sait par où ils sont passés », glisse Michel, alors que retentit la sonnerie du téléphone. Il est 21 h pétantes.

 

Elle va très mal et a besoin de parler.


Des cas relevant de la psychiatrie


« Alcooliques Anonymes bonsoir, je vous écoute ». À l’autre bout du fil, une femme visiblement très alcoolisée, qui prétend que ses enfants ont été kidnappés et qu’elle veut porter plainte contre l’État. Son cas, comme celui d’autres appelants, relève sans doute de la psychiatrie. Qu’importe, « elle va très mal et a besoin de parler ». Alors Michel prend son prénom, son numéro et lui dit qu’on va la rappeler dans la foulée. Immédiatement, Serge dégaine son portable de la poche de son pantalon et compose le numéro. Pour plus de tranquillité et d’intimité, il grimpe à l’étage. « On fonctionne comme ça pour ne pas bloquer la ligne fixe avec une seule personne car jusqu’à 2 ou 3 h, puis à partir de 6 h, ça va beaucoup sonner

 

 

 

Une patience infinie

 

De fait, les appels s’enchaînent à rythme régulier. Ça vient de partout : du sud de la France, de Paris, de Normandie, du Maine-et-Loire ou de… Morlaix. La plupart des appelants sont saouls. Souvent seuls. Toutes les générations sont représentées. Il y a cette femme qui a enterré son père la veille, mais aussi ce retraité, des ouvriers, des fonctionnaires et même un médecin urgentiste à la dérive. L’alcool n’épargne personne. Certains sont des Alcooliques Anonymes qui viennent de rechuter ; d’autres veulent des renseignements. Mais tous ont besoin d’aide.

Nous ne sommes pas une béquille.

Michel, Kevin, Danielle et Marie les rappellent à tour de rôle, en fonction du profil. Et des demandes des appelants. Comme cette quinquagénaire qui ne souhaite parler qu’à une autre femme, entre 50 et 60 ans.

Ils n’ont pas de formation mais ils savent. Avec une infinie patience, ils écoutent, conseillent, rassurent. Sans jamais donner la moindre injonction. Les échanges peuvent durer près d’une heure. « Mais nous ne sommes pas une béquille, expliquent-ils en chœur. On ne se substitue pas au corps médical, ni aux familles. On met simplement des mots sur des maux et on redonne ce que l’on a reçu à des gens qui ont la même maladie que nous pour qu’ils se débrouillent tous seuls ensuite ».

 

« Souvent ils n’écoutent pas, ils radotent »

 

« Il faut user de beaucoup de psychologie. Car le problème, c’est que souvent, ils n’écoutent pas, ils radotent. J’étais comme ça aussi : obsessionnelle », souffle Marie. Qui insiste sur le fait que l’alcoolisme est un fléau qui touche bien plus de monde que l’on croit. « 14 % de la population, assure Michel. Sachant qu’une personne alcoolique pourrit en moyenne la vie à cinq proches, ça monte vite… 

 

Nos réunions, comme notre littérature et les services comme celui-ci, sont nos médicaments ; ça nous apaise.

Dans son coin, Danielle accuse un peu le coup. C’est son premier service. « Ça me rappelle de mauvais souvenirs », avoue-t-elle. Et de raconter son calvaire, quand elle buvait. Comme elle, ses « amis » se livrent un à un. Une forme d’exutoire. En parler, encore et toujours, pour se remémorer qu’ils sont malades et qu’il ne faut pas retoucher une goutte d’alcool, au risque de replonger. Car au bout, souvent, c’est la mort… « Nous autres alcooliques, ne savons pas gérer nos émotions, souligne Kevin. Ce que l’on recherche, c’est la sobriété émotive. Pour évacuer nos pensées noires, nous suivons un programme en 12 étapes. Nos réunions, comme notre littérature et les services comme celui-ci, sont nos médicaments ; ça nous apaise ».

 

La recherche de l’abstinence heureuse

 

« Mais on veut une abstinence heureuse », complètent Serge et Michel. Qui sont effectivement tout sauf tristes. Comme leurs trois « amis ». Entre deux coups de fil, le groupe raconte des anecdotes, des blagues, rigole. Éclate même de rire quand Serge montre à ses convives ce que contient le panier garni offert par Danielle : une terrine de canard au Sauternes… Oups !

Tout le monde peut louper une marche.

Cette dernière est encore au téléphone : « Tout le monde peut louper une marche ; ça arrive. Bats-toi pour ton fils », conseille-t-elle à son interlocutrice.

Cette nuit, sur les 50 appels reçus, le quintet des AA du Pays de Morlaix, qui compte un noyau dur de 15 à 20 personnes, a peut-être sauvé une vie, soulagé une famille. Peut-être pas. Placé en première ligne, il a en tout cas fait son maximum.


Pratique
Le groupe des AA du Pays de Morlaix se réunit tous les mercredis, à 20 h 30, salle du Mille-CLubs, au 5 quater, rue Paul-Sérusier, dans le quartier de La Madeleine, à Morlaix. Tel. 06 42 23 72 22. Plus d’informations sur www.alcooliques-anonymes.fr

 

« Alcooliques Anonymes bonsoir, je vous écoute » : une nuit avec les bénévoles à Morlaix

Publié dans AA Bretagne

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