Samedi dernier, les Alcooliques Anonymes de Chartres ont fêté leur 30 ans d'existence. Une soirée riche en émotions où chacun s'est remémoré les épreuves traversées avant d'exprimer sa gratitude aux fondateurs.
« J'étais marié avec l'alcool et il n'était pas question de divorcer », raconte Joël*. Samedi dernier, les alcooliques anonymes (AA) de Chartres ont fêté leurs 30 ans. Une soirée come-back sans bougies ni fioritures mais si riches de témoignages de vie, aussi touchants les uns que les autres. Depuis le 24 janvier 1981, cette réunion du samedi est devenue une habitude pour les AA de Chartres. Un rituel qui en remplace un autre. Celui d'une régulière descente en enfer aux effluves d'alcool.
Éviter le premier verre
Avant de poser les pieds chez les AA, les personnes disent souvent « j'avais touché le fond ». Fabrice, malade alcoolique, se définit comme ça : « Si je consomme un verre d'alcool, je suis incapable de ne pas en reprendre un deuxième, puis un troisième, puis la bouteille. Quelqu'un qui n'est pas malade alcoolique sait s'arrêter. » Une obsession compulsive qui tente vainement de combler un mal-être, une souffrance intérieure.
« Souvent, quand on commence à picoler, on utilise l'alcool comme médicament pour aller mieux. On commence par une bière ou deux mais cela devient rapidement 4 ou 5 bières et peu à peu la dépendance s'installe. Donc si j'enlève le produit et que je ne change rien, le mal-être est toujours là et la rechute n'est pas loin », analyse Fabrice.
C'est donc à travers les AA et leur programme de rétablissement en douze étapes que les membres trouvent leur rémission. Ce programme spirituel entraîne chez les personnes qui persistent dans l'abstinence un travail sur soi, presque un processus de résilience. « J'ai mis deux ans à accepter la maladie et à arrêter de boire », témoigne Jean-Marie, un des pionniers du groupe. Ce dernier vient depuis près de trente ans pour « consolider son abstinence ».

Beaucoup d'écoute
À l'origine du groupe, deux personnes qui se sont rencontrées lors d'une réunion à Versailles, ont décidé de créer quelque chose sur Chartres. « On a ouvert à quatre, les premières fois nous étions dans une classe d'école », se souvient Gisèle. Aujourd'hui, ils sont une petite vingtaine à fréquenter plus ou moins assidûment le groupe de Chartres.
Une réunion d'AA se déroule un peu comme dans les films. Assises autour d'une table, les personnes livrent leur prénom, puis s'expriment. Chaque semaine, un modérateur anime le rendez-vous et distribue la prise de parole. Un rôle que chacun est amené à endosser. Samedi dernier, en hommage aux fondateurs du groupe, tous sont revenus sur leur expérience personnelle. « Je suis un peu ému, c'est drôle de revoir d'anciens membres du groupe, ce sont les témoignages entendus ici qui m'ont permis de m'identifier comme alcoolique, un mot qui m'arrachait la gueule avant, raconte Joël. J'ai beaucoup de gratitude pour les gens qui ont ouvert ce groupe, la rencontre avec les AA est un des plus grands moments de ma vie. » Dans ce cocon d'honnêteté, tout le monde est mis sur un même pied d'égalité.
« Ce que j'ai trouvé ici, c'est une famille, souffle Isabelle, des gens qui ne jugent pas, cela fait du bien. » Conscients de ce que traversent les autres membres, les AA mettent un point d'honneur à ne donner aucun conseil. Outre le programme spirituel, l'écoute demeure la principale voie de guérison proposée. « Ça marche, insiste Jean. On ne dit pas que c'est facile mais ça marche. » *Pour préserver l'anonymat des AA, ce sont des prénoms d'emprunts. Les réunions ont lieu tous les samedis au 22-24, av. d'Aligre à Chartres de 17 heures à 18 h 30.

Al-Anon, une association complémentaire
L'association Al-Anon rassemble les conjoints de personnes alcooliques. Un groupe a été créé sur Chartres en 1982 par la conjointe d'un fondateur des AA. Les deux réunions ont lieu simultanément. Ces rendez-vous hebdomadaires permettent de soutenir les victimes collatérales de l'alcoolisme. Bien souvent, quand une personne rejoint les AA, son conjoint se retrouve chez les Al-Anon un peu plus tard, ou vice versa.
« J'y suis allée pour faire plaisir à mon mari, je me disais que si nous avions des problèmes de couples, c'était à cause de lui, raconte Chantal. Mais j'ai été bouleversée, les témoignages m'ont fait prendre conscience de mon obsession pour l'alcool, que je vivais à travers l'alcool, je n'arrêtais pas de mettre des petits traits sur les bouteilles en pensant qu'il ne me voyait pas. On m'a alors dit que c'était sa maladie à lui et j'ai appris à m'occuper de moi. »
En août, les réunions (samedi 17h) ont lieu 1 rue Saint Eman, près de la cathédrale