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108 articles avec articles sur aa

"AA, un air de famille"

Publié le par kreizker

in "Le Vif/L'Express" (Belgique), 7 Mai 2020

Les Alcooliques Anonymes se sont adaptés à la crise sanitaire : leurs rencontres se tiennent désormais par vidéoconférences. Le lien, essentiel, est ainsi sauvegardé, donnant à ces autres réunions familiales un sens tout particulier.

 

Sur l'écran, les cases s'allument une à une. Des visages s'y glissent, femmes, hommes, plus ou moins jeunes, plus ou moins chevelus, avec ou sans lunettes. Ils sont dans le canapé de leur salon, dans leur bureau ou leur cuisine. On distingue derrière eux des plantes, des livres, un tableau. Une réunion par vidéoconférence comme on en connaît tant, ces dernières semaines. Sauf que. " Bonsoir à tous et bienvenue. Je m'appelle Nanou (1) et je suis alcoolique. J'ai l'honneur de modérer cette réunion. Vu que nous sommes seize, je prévois un temps de parole de cinq minutes par personne. Je sais, c'est court... Vinciane, veux-tu commencer ? "

 

Vinciane sourit. " Je n'ai pas consommé aujourd'hui et je suis contente ", dit-elle, avant de dérouler son existence de trentenaire, trempée dans l'alcool dès ses 14 ans. " Boire gâchait tout dans ma vie, résume-t-elle. J'ai plusieurs fois essayé d'arrêter, seule, en vain. Je voulais, comme tout le monde, vivre en couple et devenir maman, ce que l'alcool rendait impossible. " Un soir de juin, elle prend sa voiture, décidée à s'encastrer dans un mur et à mettre un point final à cet enfer. Elle s'en sort avec quelques ecchymoses. " Même Dieu n'a pas voulu de moi ", soupire-t-elle. Quelques heures plus tard, elle pousse la porte des Alcooliques Anonymes. Elle ne les lâchera plus. Neuf ans après, elle sourit dans sa petite fenêtre sur l'écran de l'ordinateur.

 

Je me suis demandé un jour s'il était normal de boire en cachette dans les toilettes.

 

Fabian, lui, buvait dans sa voiture. Il avait son itinéraire, parsemé de night shops différents pour ne pas attirer les soupçons. " J'aurais pu y avoir une carte de fidélité ", déclare-t-il. Au cachot du commissariat de police de Namur aussi, d'ailleurs, où il se retrouve une nouvelle fois après un accident de voiture. Depuis trois ans, il n'a plus touché à une goutte d'alcool. " J'ai réalisé que je voulais une autre vie. Je me suis aussi débarrassé de gens nocifs, qui me faisaient du tort. " Depuis lors, il participe à deux réunions des A A par semaine. " J'en ai besoin. On forme une famille. On se tient la main. Je n'ai jamais connu ça auparavant. "

 

Valériane ne dit pas autre chose. " Je reçois avec vous plus d'amour que de ma propre famille ", souligne cette ex- insomniaque qui ne dormait que trois heures par nuit, " les seules de la journée durant lesquelles je ne buvais pas ". Les défis à l'alcool qu'elle voit aujourd'hui fleurir sur les réseaux sociaux lui font mal. " C'est dur de voir ça. Je passe par des hauts et des bas. " " Le confinement ne doit pas être une raison pour boire ", embraie Mick, qui se présente toujours comme alcoolique bien qu'abstinent depuis trente ans. Venu du Québec par les ondes, il a rejoint la réunion, où il ne connaît personne. Peu importe. Il y vient comme les autres pour " entendre des gens heureux raconter une vie qui ressemble tant à la sienne ". L'accueil est toujours le même, tendre tapis d'herbe où chacun peut venir s'allonger, déposer ses doutes et ses victoires, ou redire la puissance de l'appel de l'alcool. Redoutable chant des sirènes auquel il faut sans cesse décider de rester sourd. Une épreuve quotidienne, même après autant d'années d'abstinence. " Arrêter, c'est très, très dur, insiste Jean-Pierre. Imaginer ne plus boire de toute sa vie, quand on est alcoolique, c'est impossible. Alors on essaie par tranche de 24 heures. La tâche d'un homme ne peut se mesurer qu'à cette aune-là. Ici, on ne parle pas du passé. Et du futur, on ne sait rien. Alors, on vit une journée après l'autre. Pour certains qui nous rejoignent, l'effort consiste même à ne pas boire pendant une heure, puis celle qui suit, puis la troisième. "

 

En regardant ces visages sur l'écran, plutôt souriants, on a du mal à imaginer les gouffres de souffrance par lesquels ils sont passés. Du temps où ils buvaient, d'abord. Et pour en sortir, ensuite. Pour beaucoup d'entre eux, la vie n'a longtemps été qu'une série de blessures qui ont laissé sur leurs âmes autant de cicatrices. Une mère abandonnique, un verre d'alcool poussé entre leurs mains d'enfants dès leurs 12 ans, des parents alcoolo-dépendants, des compagnons violents, des séparations destructrices, des dettes. Plusieurs ont tenté de mettre fin à leurs jours ou y ont pensé. " Jusqu'à ce qu'un jour, mon fils me montre la bouteille sur la table, en me fixant et sans dire un mot, je n'avais pas compris que l'alcool m'avait détruite. Jusqu'alors, je n'avais pas trouvé le mode d'emploi de ma vie ", résume Nanou. Autour d'elle, dans leurs lucarnes, tous opinent.

 

" Je suis un peu triste d'avoir consommé aujourd'hui, soupire Mathias. Mais je vis mal le confinement. C'est une entrave à mon abstinence. Les défis à l'alcool sur Facebook me choquent. Chaque fois, je ressens l'alcool qui descend dans mon corps et qui fait comme un soleil dans mon âme... Mais je ne me sens pas coupable de ma vie. Quand j'arrive à ne pas boire pendant deux mois, je suis un autre homme. Je suis même heureux. " Dans trois mois, il sera papa.

 

" Moi, j'ai plutôt eu une vie tranquille, intervient Merlin. Des parents aimants, une scolarité normale, aucun souci particulier. Mais j'aimais bien faire la fête. Petit à petit, j'ai commencé à perdre mes clés ou mon portefeuille. J'additionnais les accrochages en voiture. Un jour où j'avais ma fille avec moi, je me suis endormi en laissant des pizzas cuire dans le four. Ma famille m'a alerté. Je me suis demandé si c'était normal, de boire en cachette dans les WC. J'ai longtemps cru que je pouvais gérer ma consommation. Mais il faut totalement arrêter. Bonnes 24 heures à vous tous ! "

 

" Moi aussi, j'étais sûr que je contrôlais ma consommation, abonde Pierre. Jusqu'à ce que je rencontre un médecin, qui m'a demandé ce que je buvais par jour. J'ai répondu "une quinzaine de verres", alors que j'en avalais le double. C'est lui qui m'a conseillé de me rendre chez les A A. Quand j'y suis arrivé, les autres m'ont dit : "Du moment que tu as envie d'arrêter, même si tu bois, on s'en moque". Ils ne m'ont pas jugé. Ils m'ont souri. Et, surtout, ils m'ont laissé le choix. " C'est ainsi qu'il a arrêté.

 

Chacun a tissé avec l'alcool une histoire d'amour différente. L'une parle d'un coup de foudre ressenti avec ses premiers verres bus à la kermesse du village, l'autre d'une révélation, le troisième, d'un dieu. Certains boivent seuls, tout le temps. D'autres, toutes les trois semaines, mais jusqu'à tomber par terre. " Un petit verre ne m'intéressait pas. Ce que je voulais, c'était me défoncer ", confie Bérénice. D'aucuns ont l'alcool mondain et invitent à tour de bras, pour boire pendant la préparation du repas, pendant le repas et pendant la vaisselle qui suit. Mine de rien. Tout est bon pour boire, jusqu'au mensonge. Jusqu'à la dissimulation. Que de fioles cachées dans les chasses des toilettes ! " Lorsque mon mari, qui ne buvait pas, m'a quittée, je n'ai même pas été triste. Je me suis juste dit : chouette, je vais enfin pouvoir boire comme je veux ", se souvient Fanchon. Il y a dix-huit ans qu'elle est abstinente. " Je suis née ce jour-là. J'ai arrêté de mentir, de tricher, de tromper. J'ai retrouvé depuis lors tout ce que j'avais perdu, et d'abord l'honnêteté. Mais je reste vigilante. "

 

À chaque défi Facebook, je ressens l'alcool qui fait comme un soleil dans mon âme.

 

C'est que l'ennemi est redoutable. Alors en ces temps de confinement, le soutien du groupe est plus essentiel que jamais : il fallait que la communication continue à passer entre eux. " Sans les A A, je ne serais plus là ", martèle l'une. Le lancement de réunions par vidéoconférences et la page Facebook des A A sont plus que des bouées. " On ne ressent pas le contact ni la chaleur comme en vrai, mais sans réunion, ce serait dix fois pire ", affirme Nanou. " Ce qui nous manque pour l'instant, embraie Pierre, ce sont les accolades et embrassades, les apartés, et tout ce qui se dit, souvent essentiel, lorsqu'on fait la vaisselle à quinze dans la cuisine, à l'issue de nos rencontres. " Plusieurs assurent que le confinement leur permet de progresser dans la connaissance d'eux-mêmes, un enjeu qui traverse aussi les réunions. " Quand des alcooliques sont confrontés à une épreuve, il faut qu'ils réactivent la vigilance, rappelle le psychiatre Michel Evens, invité du jour. Mais ce qu'ils ont vécu leur permet parfois d'être mieux armés que d'autres pour traverser les épreuves de la vie. " Ce serait bien la première fois que l'alcool leur donne un avantage sur le reste du monde. 

 

(1) Tous les prénoms ont été modifiés. alcooliquesanonymes.be

 

Publié dans articles sur AA

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Problèmes liés à l'alcool : associer la thérapie cognitivo-comportementale et le programme des AA serait plus efficace

Publié le par kreizker

in "Pourquoi Docteur" (France), 1° Mai 2020

En plus d'être compatibles, les deux approches vers lesquelles les personnes souffrant de problèmes liés à l'alcool sont majoritairement orientées seraient plus efficaces en étant associées. C'est ce que révèle une étude menée aux États-Unis.

 

Si les spécialistes ont tendance à orienter les personnes souffrant de problèmes liés à l'alcool soit vers le programme en 12 étapes des Alcooliques Anonymes (AA), soit vers une thérapie cognitivo-comportementale (TCC), il serait en réalité plus efficace de recommander les deux approches simultanément. Il s'agit de la conclusion d'une étude menée aux États-Unis et publiée dans la revue académique Training and Education in Professional Psychology.

“S'ils ont des préjugés ou des méconnaissances sur le programme des Alcooliques Anonymes et sur ses membres, les cliniciens doivent en être conscients. D'autant qu'une étude empirique démontrant à quel point les programmes en 12 étapes sont efficaces est à présent largement disponible, assure Sara Dolan, doctorante, professeure agrégée de psychologie et neurosciences à l'université Baylor, dans un article publié sur le site de l'établissement. Étant donné qu'il est probable que les cliniciens travailleront avec des personnes qui participent à des programmes en 12 étapes, nous devons en apprendre autant que possible sur la manière d'intégrer le traitement en 12 étapes dans notre travail avec ces clients.”

 

Non, les AA ne relèvent pas d'un programme religieux

Parmi les méconnaissances au sujet des AA, les chercheurs ont notamment identifié l'idée reçue selon laquelle les membres nient leur responsabilité personnelle dans leur sobriété. “Bien que la première étape du programme demande aux individus de reconnaître leur ‘impuissance’ devant l'alcool, le programme vise à aider les individus à accepter leur responsabilité personnelle dans leurs actions”, précisent les scientifiques. 

Autre préjugé : l'idée selon laquelle il s'agirait d'un programme religieux, nécessitant de croire en Dieu. Si l'étude rappelle qu'il existe bien une influence historique chrétienne dans les principes des Alcooliques Anonymes (à l'instar de l'introspection, la confession ou encore la réparation), les auteurs sont catégoriques : les AA se considèrent comme étant un “programme spirituel d'action”. “Le ‘Gros Livre’ — le manuel des AA — demande seulement si chacun est ‘prêt à croire qu'il y a un Pouvoir plus grand que soi’, sans exigence quant à la définition du Pouvoir et sans dire qu'il existe avec une certitude absolue”, écrivent les chercheurs.

 

Deux approches foncièrement très similaires

L'article souligne l'existence d'importantes différences entre les Alcooliques Anonymes et la thérapie cognitivo-comportementale, à l'instar de la relation avec un pair, lui-même en sevrage, chez ces premiers. De même, si les AA visent une abstinence totale, la TCC peut parfois seulement encourager une réduction du nombre de verres. Enfin, alors que la thérapie a un certain coût, devenir membre du programme des Alcooliques Anonymes est gratuit.

Néanmoins, les chercheurs mettent en avant les nombreux points communs entre les deux approches. Ils font notamment allusion au fait que, dans les deux cas, le travail relève d'une nature cognitive et comportementale. En effet, comme dans le cadre d'une thérapie, les AA passent par l'identification des pensées, émotions, attitudes et comportements qui sont à l'origine du problème afin de les remplacer avec d'autres, plus adaptés. Également, la TCC, comme les AA, prône le fait d'assumer ses actes, mais aussi l'acceptation, l'introspection et la relaxation. 

 

Participer à des réunions des AA et lire le “Gros Livre” pour combler le fossé

En conclusion, l'étude recommande aux cliniciens de prendre conscience de leurs méconnaissances sur les Alcooliques Anonymes et de s'éduquer sur le sujet. Des pistes sont ainsi proposées, comme le fait de participer à des réunions des AA en tant qu'invité ou encore de lire le “Gros Livre”. Autre suggestion : “traduire” le langage des 12 étapes dans la terminologie de la thérapie cognitivo-comportementale. En effet, cela pourrait aider les cliniciens en information à comprendre les corollaires des deux approches et combler le fossé.

Publié dans articles sur AA

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Les Douze Étapes comparées aux exercices spirituels d’Ignace de Loyola

Publié le par kreizker

in "Boîte 42b" N° 1 (Ancien Box 38 de AA Belgique), Mai 2020

1 - OÙ CITONS-NOUS LES EXERCICES SPIRITUELS ?


1. A - Le mouvement des AA devient adulte, 1957, ch. 1, traduct. fr. 1983 p. 46 § 3 : Le Père Ed Dowling : “Il fut le premier à établir un parallèle entre nos Douze Etapes et les Exercices de Saint Ignace, une discipline fondamentale dans la spiritualité des Jésuites.” Nouvelle version : p. 38 al. 4.


1. B - ch. 5 début p. 308 § 1 : “Le Père Ed. a contribué à la fondation du premier groupe des AA dans cette ville [Saint-Louis]; il fut le premier ecclésiastique de son Eglise à remarquer l’étrange ressemblance entre les Exercices spirituels de Saint Ignace (le fondateur des Jésuites) et les Douze Étapes des Alcooliques Anonymes.” Nouv. version : p. 261 § 4.


1. C - Le langage du coeur, Articles à la mémoire… Bon voyage, père Ed ! juin 1960 p. 385 § 4, Reprend le texte de Le mouvement devient adulte ci-dessus. Ed Naninne 2018 p. 393 § 3.


1. D - Réflexions de Bill p. 116/2 Une lettre de 1950 : « Par exemple, les théologiens catholiques affirment que les Douze Étapes sont en parfait accord avec les Exercices spirituels de Saint Ignace […] »


1. E- Transmets-le ch. 13 § 43 p. 259-261 : « Le père Dowling […] a dit avoir été fasciné par les ressemblances entre les Douze Étapes des Alcooliques anonymes et les Exercices de Saint Ignace, la discipline de l’ordre des Jésuites. Quand Bill lui/261/a avoué qu’il ne connaissait pas les Exercices de Saint Ignace, le père Dowling a été enchanté et Bill l’a trouvé bien sympathique. » Ed. Bruxelles 1988 p. 225 § 4.


1. F - Notre grande responsabilité (2019) L’historique fin n. 5 ; p. 23 : « Le père Dowling était fasciné par la similitude entre les Douze Etapes du Mouvement des AA et les Exercices spirituels de Saint Ignace, fondateur de la Compagnie de Jésus (l’ordre des jésuites). »

1. G - Année 1953 § 9 phr. 2 ; p. 95 l. 2-7 : « Le temps a passé et, à notre grande surprise, des jésuites sont arrivés et nous ont dit : ‘Hé, mais les principes des Douze Étapes sont exactement les mêmes que nos exercices de Saint Ignace pour la retraite. En plus, elles sont formulées dans le même ordre. »


1. H - Année 1953 note 2 ; p. 99 : « Le père Ed Dowling, à sa première rencontre avec Bill au club de la 24e Rue, en 1940, fit remarquer la similitude entre les Étapes et les Exercices spirituels de Saint Ignace. »

2 - QUE DISENT LES EXERCICES ?
Rappelons qu’ils ont été conçus et rédigés entre 1521 et 1548 et que leur auteur a vécu de 1491 à 1556.
Un résumé scolaire disait ceci : il y a dans cette retraite quatre semaines :
Deformata reformare.
Reformata conformare.
Conformata confirmare.
Confirmata transformare.

1 - Ce qui a été déformé par le péché, à réformer. Méditer sur cet acte de réformer. Inventaire quotidien.
2 - Ce qui a été réformé, à conformer au modèle de la vie du Seigneur.
3 - Ce qui a été ainsi remodelé, à confirmer (par la prière).
4 - Ce qui a été confirmé, laisser la lumière de la Résurrection le transfigurer.


Autrement dit :
1 - Deformata reformare
Les péchés : le sacrement de réconciliation.
2 - Reformata conformare
Au long de ses méditations, le retraitant demande qu’une connaissance intérieure de Jésus lui soit donnée, et qu’il en reçoive une inspiration qui l’aide à orienter sa vie personnelle. Réflexion préliminaire sur le choix à faire (ou sur la confirmation) de son état de vie.
3 - Conformata Confirmare Le retraitant vit avec le Christ le drame de sa passion : de Béthanie à sa mise au tombeau après sa mort en croix. Anéantissement devant le Christ bien-aimé au Golgotha, qui de sa croix même recrée tout homme et tout l’homme.
4 - Confirmata transformare
Jésus-Christ ressuscité est contemplé dans ses apparitions à sa mère et aux apôtres, aux disciples. Transformation des disciples, nouvelle vie.

 

3 - LES RESSEMBLANCES OBJECTIVES AVEC LES 12 ÉTAPES


3. A - L’itinéraire de l’âme vers Dieu : AA passe de l’alcool à l’éveil spirituel, équivalant à passer du péché à la rédemption ; ou d’une vie matérialiste à la vie spirituelle ; comme dans toute la tradition chrétienne. (Cette similitude n’est donc pas remarquable par une originalité quelconque. Elle indique l’appartenance du programme AA à une spiritualité particulière, la spiritualité chrétienne.)


3. B - Le parrainage : Nécessité d’un « accompagnateur » ou guide (Ignace évite le mot directeur qui ne convient qu’à Dieu), sans lequel les Exercices n’existent pas, action extérieure à celle du retraitant ; action qui correspond au dialogue du membre AA avec quelqu’un d’autre que lui-même - pour les AA ce peut être le parrain et le groupe. C’est le groupe qui m’a introduit dans une vie nouvelle, et qui continue à le faire.


3. C - L’aujourd’hui : insistance sur l’inventaire quotidien comme apprentissage de la nouvelle vie.


3. D - L’individualisation du choix : la Semaine deuxième ressemble aux Étapes 4 et 5 : partir de l’image de moi pour arriver à un idéal du moi, à un projet de vie acceptable ; faire ce choix sur la base de mes caractéristiques personnelles, dans mes limites, un choix que quelqu’un d’autre ne peut faire à ma place. Que faire avec l’abstinence ? Et aussi avant l’abstinence : « On ne peut pas devenir abstinent à ta place. » « Il y a une chose que je suis seul à pouvoir faire, et cette chose, je ne peux la faire seul. »
Cette idée d’une construction du moi par le moi se retrouve dans plusieurs types d’aide psychologique au 20ème s. : insistance sur l’action particulière de chaque aspirant pour se connaître avant de vouloir agir. Non directivité.


4 - UNE RESSEMBLANCE SPIRITUELLE
 

4. A - LA DEMANDE
A côté de ces ressemblances de méthode, y a-t-il un esprit commun ? Oui : L’acte de demander de l’aide reste le plus important de mon rétablissement.

Saint Ignace répète au retraitant : « Demande ce que tu veux. » Formule conforme à la tradition chrétienne en tout temps. C’est par exemple un corollaire d’une prière d’Augustin : Da quod jubes, jube quod vis : "Donne ce que tu ordonnes, ordonne ce que tu veux. » (Confessions Livre 10) Si je peux demander la grâce, c’est que Dieu peut la donner.
C’est-à-dire : Ce que tu dois vouloir (qui est la connaissance intime de Jésus) tu as à le demander, tu ne peux que le demander. C’est exactement ce qui se passe pour ma croissance personnelle en AA ; l’action de demander est formelle dans les Étapes cinq et onze. Je suis seul à pouvoir le faire et ne peux le faire qu’en demandant.


4. B - L’OBSESSION OU LE MYSTÈRE DE LA GRÂCE DE DIEU CHEZ BILL
De même que parfois nous avons l’impression d’avoir vaincu l’alcool sans aide, de même, le chrétien peut être tenté de croire que, pour pouvoir mériter son salut, ce salut ne doit dépendre que de la volonté propre de l’homme. La vision de la théologie chrétienne (ou spécialement augustinienne), adoptée par Ignace, fait dépendre ma vertu de la grâce divine ; chez AA, ma reconstruction dépend de la « grâce de Dieu » (formule que notre petit livre 12-12 de 200 à 300 pages mentionne 26 fois…). Mon rétablissement, selon cette vision, c’est la grâce de Dieu.


4. C - CHRISTIANISME ET PLURALISME CHEZ AA
Cette comparaison sommaire identifie le programme AA à certains éléments du christianisme. Est-ce pour cette raison que les publications AA n’ont jamais présenté une telle comparaison ? Alors qu’elle s’impose, au vu des affirmations répétées de Bill, qui se délecte à rappeler l’opinion d’Edward Dowling sur notre programme de Douze Etapes. Alors qu’elle est facile à faire, comme le prouve le petit schéma ci-dessus.
En effet, dès 1939, les précautions de langage du livre Les AA permettaient aux membres d’employer le programme à leur mode, sans nécessairement aller dans le sens chrétien : si Dieu est la table des AA, la grâce de Dieu serait cette force impalpable que j’ai reçue à ma première réunion, force qui m’a conduit à ma deuxième réunion… et encore aujourd’hui, à chaque réunion, une même force me fait aller à la réunion suivante.
Ainsi, Bill fait dire au médecin qui a examiné le phénomène AA : « Nous constatons chez les AA la présence d’une force sans cesse agissante, mais que nous ne pouvons comprendre. Nous l’appelons le facteur X. Vous l’appelez Dieu. » (Le mouvement des AA devient adulte, 1957, ch. 1, traduct. fr. 1983 p. 56 l. 2/bas-57 l. 1 ; Nouvelle version : p. 47 § 1.s)
Le résultat est que les interprétations sont libres, que les réunions ne sont pas chrétiennes, mais pluralistes, même si le message avec son programme est marqué par le christianisme. Les réunions forment à leur tour un message, qui est pluraliste.

Publié dans articles sur AA

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"Un nouvel examen scientifique compare les Alcooliques Anonymes à la thérapie"

Publié le par kreizker

in "LaMinute.Info", 12 Mars 2020

"Un nouvel examen scientifique compare les Alcooliques Anonymes à la thérapie"

Une nouvelle analyse des recherches existantes cette semaine suggère que les Alcooliques Anonymes (AA) et les programmes de counseling par les pairs (TSF) en 12 étapes similaires peuvent vraiment aider les personnes aux prises avec un trouble de consommation d'alcool à s'abstenir. Comparés à d'autres méthodes, comme la thérapie cognitivo-comportementale, les programmes de type AA semblent offrir des avantages similaires dans la plupart des résultats liés à la santé. Là où les programmes AA et TSF peuvent obtenir de meilleurs résultats en moyenne, c'est le pourcentage de participants au programme capables de s'abstenir d'alcool pendant environ un an ou plus.

Mais les résultats ne signifient pas que AA / TSF n'est pas sans défauts ou qu'il est nécessairement destiné à tous ceux qui ont des problèmes d'alcool.

La nouvelle recherche – un examen de 27 études et essais cliniques randomisés impliquant plus de 11 000 personnes – a été publié Mercredi par la Cochrane Library, une organisation de recherche britannique. De nombreux scientifiques considèrent que les revues Cochrane sont parmi les recherches les plus approfondies et les plus complètes sur un sujet.

La revue a analysé des études comparant les programmes en 12 étapes AA et de type AA à d'autres approches de conseil, y compris celles impliquant un thérapeute, ainsi qu'à aucun traitement. Ceux-ci comprenaient des programmes en 12 étapes suivant un protocole établi établi par la plus grande organisation (connue sous le nom de manuel) ainsi que non (appelé non-manuel). Les autres méthodes étudiées comprenaient une thérapie utilisant l'amélioration des motivations et des techniques comportementales cognitives, ainsi que des variantes de programmes de counseling par les pairs en plusieurs étapes.

Pour la plupart des résultats, tels que la réduction de la quantité de boisson autodéclarée d'une personne, les deux versions d'AA / TSF (manuel et non-manuel) ont fonctionné ainsi que tout autre traitement. Mais AA / TSF manuelisé semblait faire mieux en matière de sobriété totale, sur la base des résultats combinés de deux essais cliniques randomisés impliquant 2000 personnes. En moyenne, environ 42% des personnes qui sont restées AA ou un manuelProgramme facilité en 12 étapes (qui peut impliquer d'autres approches en combinaison avec AA) pendant un an, dans ces essais, a déclaré être sobre un an plus tard, a révélé la revue, contre 35% pour les personnes sous d'autres traitements comme la thérapie cognitivo-comportementale. Plus de personnes dans ces programmes ont également déclaré rester sobres deux et trois ans plus tard que les personnes utilisant d'autres méthodes. Il a également trouvé des preuves que l'AA / TSF entraîne des économies substantielles de soins de santé pour les personnes souffrant de troubles liés à l'alcool, ce qui peut souvent entraîner des dommages au foie.

 

"Il existe des preuves de haute qualité que les interventions manuelles AA / TSF sont plus efficaces que d'autres traitements établis, tels que la TCC, pour augmenter l'abstinence", ont écrit les auteurs.

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