« L’alcoolisme, c’est pour moi une maladie des émotions »

Publié le par kreizker

in "La Voix du Nord" (France), 28 novembre 2016

« L’alcoolisme, c’est pour moi une maladie des émotions »

Il y a dix ans, l’association des Alcooliques Anonymes ouvrait une antenne à Hazebrouck. Actuellement, ils sont une vingtaine à s’y retrouver pour parler de leur dépendance. Philippe, 60 ans, coordinateur du groupe, témoigne.

 

Philippe, quand avez-vous pris conscience de votre alcoolisme ?

« Je suis passé de l’alcool festif à la dépendance progressivement. J’en ai pris conscience à mes 40 ans. C’était lié à des problèmes relationnels avec mon entourage et mon milieu professionnel. L’alcool est devenu une béquille et a fait de ma vie un enfer. Mes journées étaient organisées non plus en fonction des clients (il travaille dans les assurances) que je devais voir mais des cafés où je pouvais aller. »

Vous n’avez pas tout de suite frappé à la porte des Alcooliques Anonymes…

« J’ai d’abord consulté un alcoologue. J’ai tenu trois mois grâce à un traitement mais dès que j’ai eu de nouveaux soucis, j’ai recommencé à boire. Je ne voulais pas faire de cure. Je voulais m’en sortir seul. Et dans ma tête, un « alcoolique », c’est ce qu’on voit dans les films : un homme sur un banc avec son litron de rouge. J’avais peur de retrouver des gens comme ça aux Alcooliques Anonymes. Quand je me suis enfin décidé à pousser leur porte, j’ai, en fait, découvert des personnes comme moi. J’ai d’abord cru à une farce, je pensais que c’était des thérapeutes qui jouaient des rôles ! Mais non, c’était des gens souriants alors qu’ils n’avaient pas bu depuis de nombreuses années. »

En quoi cette association vous a-t-elle aidé ?

« Elle m’a aidé à devenir abstinent en me proposant une autre manière de vivre, à vivre dans le temps présent. Souvent, vous avez des angoisses par rapport à l’avenir, vous vous faites des films, vous stressez et consommer de l’alcool vous permet de vous calmer, d’oublier vos peurs. L’alcoolisme, c’est pour moi une maladie des émotions. Avec l’association, j’ai appris à vivre dans la sérénité et à trouver le positif dans les mauvaises journées. »

Y a-t-il une « méthode » ou un « programme » ?

« Il y a un «programme de rétablissement» avec 12 étapes pour tendre vers l’abstinence. Parmi les étapes-clefs, il faut accepter ce qui nous arrive, apprendre à surmonter les difficultés. On apprend aussi à savoir dire non aux tentations. On ne vous dit pas : «Tu ne boiras plus jamais, mais aujourd’hui, tu ne bois pas. Demain est un autre jour.» On vit un jour à la fois, ce qui évite de se projeter. »

Aujourd’hui, vous êtes abstinent mais vous continuez d’aller aux réunions. Pourquoi ?

« Je continue d’y aller car je m’y suis fait des amis et parce que je veux aider les autres à s’en sortir. Et puis, il y a toujours un risque de rechute. Avant, je me disais «J’arrêterai de boire quand je n’aurai plus de problèmes.» Aujourd’hui, je ne bois plus mais j’ai toujours des problèmes. Seulement, j’ai changé d’état d’esprit. »

À l’origine des AA, « Bill » et « Bob »

L’association est née en 1935 aux États-Unis, à la suite de la rencontre de deux alcooliques, « Bill » et « Bob ». Le premier des fondateurs, Bill Wilson, était « tombé dans la boisson » alors qu’il était soldat en France pendant la Première Guerre mondiale. Dans les années 50, des membres Alcooliques Anonymes américains se réunissent à Paris. Le premier groupe francophone s’y créé en juillet 1960.

Partenariat avec l’hôpital

Aujourd’hui, il y aurait près de 600 groupes AA (une quarantaine dans le Nord-Pas-de-Calais). À Hazebrouck, les réunions ont lieu chaque vendredi à partir de 19 h à la Maison des associations, rue Donckèle. Le quatrième vendredi du mois, la réunion est ouverte aux personnes extérieures. Les membres de l’antenne interviennent une fois par mois à l’hôpital auprès des patients du service alcoologie, qui sont en cure.

D’autres associations existent : le mouvement Vie libre ou La Croix bleue ; Al-Anon (pour l’entourage familial). Un numéro d’aide à distance est aussi mis en place par l’État au 0 980 980 930.

Publié dans AA france

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