"Je me servais de l'alcool comme d'un médicament, un antidépresseur" : au sein des Alcooliques Anonymes, la parole et l'écoute soutiennent l'abstinence
France Info Nouvelle Aquitaine, 29 Juin 2026
En France, on estime qu’environ 1,5 million de personnes sont alcoolodépendantes. Pour reprendre le contrôle de leur vie et parvenir à devenir abstinentes, certaines rejoignent des groupes de parole, comme les Alcooliques Anonymes. Rencontre avec le groupe des "AA" de Limoges.
"Je suis un malade alcoolique, ça veut dire que si jamais je m'amusais à reboire "normalement" avec mes amis, je pense que je retomberais vite dans l'alcoolisation forcenée. Parce que mon cerveau a été habitué à ne pas se contenter d'un verre ou deux mais à aller jusqu'à l'ivresse totale. Et je pense que ce fonctionnement serait remis en route par la prise d'un seul verre".
Georges est membre des Alcooliques Anonymes. Il est abstinent depuis 28 ans. Au départ de son histoire avec l'alcool, il y a une dépression, à l'âge de 30 ans. "J'ai appris à me servir de l'alcool comme d'un médicament, un antidépresseur. Quand j'étais seul chez moi, je me levais le matin, je buvais quelques verres de vin blanc et je me sentais mieux. J'étais moins dépressif. Donc ça a commencé comme ça, mais tout doucement. Et à un moment, il fallait que je boive jusqu'à l'ivresse. Ça a duré une dizaine d'années. Et à la fin, les dernières années, je buvais même jusqu'à aller vomir dans les toilettes. C’est-à-dire que je n'étais plus capable, quand je commençais à boire, de me dire stop j'arrête, ce n'était plus possible", se souvient-il.
Georges est alors impuissant face à l'alcool, mais il est dans le déni. Persuadé qu'il peut arrêter quand il le veut. Dix années d'excès, de mensonges jusqu'à toucher le fond avec une tentative de suicide à 40 ans.
Il fallait faire quelque chose, j'étais en train de tout perdre. J'avais deux enfants que je voulais élever. C'est en sortant de l'hôpital que j'ai pris contact avec l'association Alcooliques Anonymes et c'est là que j'ai commencé mon travail sur moi et que j'ai pris conscience que j'étais vraiment malade alcoolique.
Georges
Travailler ensemble sur la maladie
Chaque vendredi, Georges participe à la réunion des Alcooliques Anonymes à Limoges. Ce soir-là, sept personnes sont autour de la table, avec un thème à aborder : nous avons admis que nous étions impuissants devant l'alcool et que nous avions perdu la maîtrise de notre vie.
Ici, chacun se livre, écoute l'autre dans la bienveillance. "Quand j'ai commencé à boire le matin je me suis dit bon là j'ai un problème, mais je ne voulais pas le soigner. Et ça a été une amie qui m'a mise devant le fait accompli en me disant que je pouvais perdre mes enfants si je n’arrêtais pas", raconte Marina, Alcoolique Anonyme, abstinente depuis le 22 octobre 2024.
"Mon parrain m'avait dit cette phrase : quand on est alcoolique le chemin mène tout droit à la prison, à l'hôpital ou au cimetière. Et j'en ai fait deux sur les trois", se souvient Guillaume, Alcoolique Anonyme, abstinent depuis 2 ans.
Un cocon et une force
Tous les participants sont unanimes, ces réunions sont une force contre la tentation de replonger. La force du collectif. "Ces réunions aident à la compréhension de la maladie, de son mode d'action, et de ce qu'il faut mettre en place pour continuer à être abstinent", assure Christophe, Alcoolique Anonyme, abstinent depuis le 9 août 2025.
"Moi quand j'ai arrêté, quand j'allais faire mes courses et que je passais dans le rayon alcool, je visualisais les amis puis je me disais tu ne peux pas prendre ta bouteille, tu vas aller en réunion tout à l'heure, qu'est-ce que tu vas leur dire, que tu as une bouteille dans ton sac, ben non quoi", raconte Marlène, Alcoolique Anonyme, abstinente depuis 22 ans.
"C'est vraiment ce petit cocon relationnel où on sait qu'on peut être vrai, on peut être nous-mêmes. On tombe les masques en fait, il n'y en a pas, et ça fait beaucoup de bien de se libérer", décrit Marina.
Ces réunions se font loin de l'hôpital et des blouses blanches, mais les professionnels de santé reconnaissent l'utilité du mouvement.
"On trouve un soutien"
"Le trouble de l'usage d'alcool est une maladie psychiatrique qui a tendance à isoler les personnes, à isoler des proches, de la famille, etc. Et justement, dans ces groupes d'entraide, comme les Alcooliques Anonymes, on retrouve une place à l'intérieur d'un groupe, on trouve un soutien, et c'est ça qui va être porteur", souligne Anne-Laure Virevialle, psychiatre-addictologue au centre hospitalier Esquirol de Limoges.
Marlène considère ceux qu'elle côtoie ici chaque semaine comme ses amis. Et c'est bien l'objectif des Alcooliques Anonymes, de permettre à chacun de trouver là un groupe de personnes auprès desquelles on peut se livrer, et s'appuyer pour maintenir la motivation de rester abstinent, jour après jour.
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