FRANCE, Bretagne, Ploumagoar

Publié le par kreizker

in "Ouest-France, lundi 5 avril 2010

 

« À 12 ans, j'ai bu mon premier verre de schnaps » - Guingamp

 

Les Alcooliques Anonymes organisent samedi 10 avril, un accueil physique et téléphonique. Toute la journée.

 

Olaf (1), abstinent depuis 3 ans, témoigne.

 

Je suis alcoolique abstinent mais, à 66 ans, je vais bien. La première fois que j'ai fait connaissance avec l'alcool j'étais avec mon grand-père. Nous sommes nés le même jour et mois. Une fois, pour notre anniversaire, il m'a versé un verre de schnaps. « Jamais un sans deux » m'a-t-il dit. C'était pas particulièrement bon. Je n'étais pas vraiment malade, mais je ne me sentais pas bien. J'avais douze ans...

Après, je n'ai pas bu avant mes 15-16 ans. À cet âge, j'aimais la bière. À bicyclette, on faisait le tour du village pour se cacher des parents ou voisins. Cigarettes, alcool... Mais on ne se saoulait pas. Lorsque j'ai commencé à apprendre un métier dans la Marine marchande, l'alcool était présent le week-end.

Comme pour tous les jeunes mais pas en énorme quantité. J'en prenais aussi lors des différentes cérémonies : mariages, fêtes... Modérément toujours. Après, lorsque j'ai travaillé, la quantité a augmenté. Une fois par semaine, deux fois, trois fois... Puis, presque tous les jours. À 35 ans, je me sentais de plus en plus mal le matin : transpiration, nervosité, tremblements des mains... Ce n'était pas une vie.

Un copain m'a dit : « Tu sais, quand tu te sens mal, tu prends la même boisson que la dernière avalée la veille avant de te coucher. J'ai donc pris un whisky le matin et, par miracle, ça allait mieux. J'ai continué. Du coup, je ne buvais plus l'après-midi ou le soir, mais dès le matin.

 

« De sevrage en sevrage »

Quand je me suis marié, ma femme m'a dit : « Je te donne une année, après tu arrêtes. Tu cherches un autre travail où tu rentreras tous les soirs à la maison. » J'ai accepté. Un médecin m'a prescrit des médicaments et des injections de vitamines. J'ai tenu. Un nouveau boulot, les années qui s'égrènent sans l'alcool... Ce n'est pas une vie tout à fait normale non plus. Lorsqu'il y avait un anniversaire, une occasion particulière, le champagne, la bière... sortaient. Je savais qu'il ne fallait pas en prendre mais quelque fois... Il y a eu des petites rechutes, mais je m'en suis sorti avec les médecins.

Pendant les années 1980-1981, il y a eu une crise dans mon mariage. Un jour, je suis sorti pour me calmer. Au lieu de faire une grande promenade je suis allé au bistrot. Je m'y suis saoulé. Je ne pouvais plus travailler, j'ai perdu mon emploi. Parce que je ne voulais plus travailler, que j'étais toujours dans les hôpitaux pour des cures... Je buvais jusqu'à ce que je n'en puisse plus.

 

Un jour un médecin m'a dit : « Vous avez une bonne santé malgré tout. » J'ai donc cherché un travail et là j'ai réussi à tenir assez longtemps. J'arrivais à m'arrêter après une ou deux bières. Mais, après huit ans et demi et quelques petites rechutes, j'en ai eu une sévère. Du coup, j'allais de sevrage en sevrage.

L'année 2000, Bégard ; 2001, Bégard ; 2002, Bégard... jusqu'en 2006. Là, un mercredi, un responsable des Alcooliques anonymes est arrivé avec deux copains. Ils m'ont parlé de l'association, expliqué la nécessité d'être aidé. Je suis sorti de l'hôpital un jeudi et, le lendemain, j'ai assisté à une réunion des « AA ».

 

Depuis tout va bien. Je vais régulièrement aux rencontres, je n'ai plus du tout envie de boire. J'ai même de l'alcool à la maison que je ne touche pas. Si je vais chez un copain et qu'il m'en propose, je bois de l'eau ou du jus de fruit. Je suis content car l'alcoolisme est une maladie progressive et fatale. J'ai vu des gens se suicider par honte. Personne ne veut devenir alcoolique. Vous buvez, sans comprendre pourquoi. On vous explique que c'est une maladie. L'alcoolique est dans une misère terrible. Pour lui, pour son entourage, c'est l'enfer !

 

(1) Il s'agit d'un prénom d'emprunt.

 

Patrick CROGUENNEC.



L'article ne l'indique pas, il s'agit du...

groupe de Ploumagoar    VENDREDI 20H30

Communauté de Kerprat
72 rue Yves Mazé
22970 PLOUMAGOAR

Publié dans medias

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article