Malades de l'alcool, ils en parlent pour se soigner

Publié le par kreizker

in "Ouest France", 10 avril 2014

 

Ils ont « posé le verre » depuis quelques années. Mais savent qu'à jamais, ils resteront fragiles. En guise de thérapie douce et efficace, ils participent aux réunions des Alcooliques Anonymes.

Témoignages

« Je suis une abstinente heureuse », lance Delphine (1). À 58 ans, celle qui s'alcoolisait pour anesthésier sa souffrance découlant « d'un divorce très douloureux », a pris conscience que « la vie vaut la peine d'être vécue » Portée sur la boisson, elle ne l'était pourtant pas avant cet accident qui a chamboulé sa vie personnelle. « Il m'arrivait de boire un apéro ou deux, livre-t-elle. Voire un peu plus que la normale, mais de façon plus qu'occasionnelle et toujours festive. »

Maman de trois enfants en bas âge, en 1998, lorsque son couple bat sérieusement de l'aile, Delphine trouve refuge dans l'alcool pour apaiser son chagrin. « J'avais le sentiment qu'en buvant, ça allait mieux... » Un ressenti dont elle ne parviendra à se délivrer qu'au bout d'une quinzaine d'années. « Je me voyais dans la glace et j'avais honte, glisse-t-elle. Mes deux fils et ma fille grandissaient. Eux aussi avaient honte de moi et étaient agressifs... »

« Dur d'avouer qu'on est alcoolique »

Pourtant, bien des fois, elle s'est levée en se disant qu'elle ne boirait pas ce jour-là. Mais force est de constater qu'elle n'y parvenait pas... « C'est une vraie maladie, explique-t-elle. Ça m'est tombé dessus à une vitesse phénoménale. C'est le corps entier qui réclame et qui crie famine quand on ne lui donne pas sa dose ! » Dans des moments de lucidité, entre deux verres de whisky, de gin, de vin pétillant ou blanc, elle livre un combat entre son désir d'étancher sa soif à jamais et la réalité. Hospitalisée dans un état plus que critique, « parce que je voulais en finir une fois pour toutes », elle se voit dirigée vers les Alcooliques Anonymes (AA). En octobre 2011, Delphine pousse la porte de l'association.

« Je m'attendais à voir des pochtrons, des gens avec des fraises, sourit-elle. J'ai découvert des personnes épanouies, qui ne jugent pas et qui, par la parole, s'aident mutuellement. Oui, cela a été ma plus belle rencontre ! » Là, la femme trouve un remède à ses maux. « C'est dur de dire devant l'assemblée qu'on est alcoolique... Pourtant, cela fait partie de la thérapie. » Une thérapie de groupe qu'elle s'impose à raison de trois fois par semaine.

 

FRANCE 137

Delphine et Christian ont poussé, poussent et pousseront la porte des Alcooliques Anonymes, pour trouver la force de ne pas retomber dans les problèmes d'alcool.

 

« Ma première cuite à 10 ans »

Aux côtés de Delphine, Christian (1), 53 ans, a posé son verre le 18 novembre 2007. « Ce jour-là, j'ai chialé... relate-t-il. Il fallait que je tourne la page. Sinon, je serais mort sur le bord de la route. » Le mot « alcoolique », il n'en voulait surtout pas. « Mon père était alcoolique, mais je ne l'ai pas été parce que lui l'était », précise l'homme. Dès l'école primaire, il a cultivé la rébellion. « J'étais gaucher et je me suis fait taper sur les doigts à maintes reprises... »

L'alcool, l'enfant, devenu adolescent puis adulte, en a abusé pour « me faire une carapace. J'avais l'impression d'être grand ! » Et confie, au détour de son récit : « Ma première cuite, je l'ai prise à l'âge de 10 ans ! » Carreleur à son compte, il avoue avoir toujours su tromper ses clients. « Avant d'aller sur les chantiers, j'achetais des grandes bouteilles de jus de fruit,témoigne-t-il. J'en vidais la moitié par terre pour diluer de la vodka, du gin ou autre... » Sans cela, il n'aurait pas pu travailler. « Mon organisme, mes mains réclamaient de l'alcool. Il fallait calmer la bête en moi. » Et admet qu'il n'a jamais aimé l'alcool, mais « j'aimais ce qu'il me faisait ».

Après des problèmes avec la justice et plusieurs accidents de la circulation, « où, par chance, j'étais seul en cause avec 4,60 g d'alcool par litre de sang », Christian a décidé de pousser la porte de plusieurs associations. Et a découvert un « cocon chez les AA ». Là, il fréquente des gens qui lui ressemblent et ne louperait pas la rencontre hebdomadaire, car « s'éloigner des réunions, c'est se rapprocher du verre » !

Alcooliques Anonymes, communauté de Kerprat, tous les vendredis, à 20 h 30 ; contacts : tél. 0 820 32 68 83 ; www.alcooliques-anonymes.fr

(1) Prénoms d'emprunt

Publié dans AA Bretagne

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