"Congrès des Alcooliques Anonymes à Montluçon : des "abstinents" témoignent

Publié le par kreizker

in "La Montagne" (France), 7 Novembre 2019

Les Alcooliques Anonymes de France fêtent leur 59e anniversaire à l'occasion du congrès national, organisé le week-end des 9 et 10 novembre, à Montluçon. Rencontre avec quatre abstinents qui se battent pour le rester.  

L'alcoolisme est, tout comme le diabète, une maladie chronique qui serait à l'origine de près 41.000 décès chaque année en France.

 

S'il n'est pas possible d'en guérir, de nombreux malades alcooliques réussissent à s'en passer. Mais l'abstinence n'est jamais une chose acquise. Rencontre avec quatre alcooliques anonymes, qui luttent pour rester abstinent.

Nathalie, abstinente depuis 25 ans : « Boire un verre et m’arrêter, je ne sais pas faire »

« On ne guérit jamais de l’alcoolisme, on ne fait que se rétablir. » Abstinente depuis 25 ans, Nathalie, Vichyssoise de 44 ans, se montre extrêmement pragmatique face à sa maladie. « Boire un verre et m’arrêter, je ne sais pas faire », dit-elle.

C’est à l’âge de 13 ans qu’elle découvre l’alcool. Pas franchement attirée par son goût, elle devient vite accro à ses effets. 

À la fac, je faisais des beuveries avec les confréries étudiantes. Je devenais violente quand je buvais, j’avais des pertes de mémoire, je n’allais plus en cours… J’étais déconnecté de la réalité.

D’excès en excès, l’alcool se fait de moins en moins festif. Nathalie boit seule, tout le temps. C’est finalement un de ces camarades, souffrant lui aussi d’alcoolisme, qui la convainc d’assister à une réunion des Alcooliques Anonymes. Elle a alors 19 ans.

« Il y avait très peu de jeunes, mais je me suis reconnue dans les témoignages que j’entendais, indique-t-elle. C’est là que j’ai accepté que j’étais alcoolique, et que j’avais besoin d’aide. »

Les débuts sont difficiles. Au-delà de la dépendance physique, Nathalie réapprend à vivre sans alcool, « supporter les choses du quotidien, faire face à mes émotions.» 

Désormais, elle parraine d'autres malades alcooliques. Dans la droite de la ligne de la philosophie des AA, la Vichyssoise refuse de « donner des conseils ». Comme l'a fait son parrain pour elle, Nathalie ne fait qu'accompagner. « Le plus dur, c'est d'être seul. L'isolement, la solitude... C'est ce qui crée ce mal profond. »

Xavier, abstinent depuis 29 ans : « Si je venais à reboire, il est évident que je redeviendrais très vite accro » 

Pour Xavier, le chemin vers l’abstinence a été plus long. « Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours été attiré par l’alcool », souffle-t-il. C’est vers ses 20 ans que ce Moulinois, aujourd’hui âgé de 65 ans, connaît ses premiers déboires avec la boisson.

« À l’époque, c’était encore festif, je ne me sentais pas atteint. » Mais la trentaine approchant, le corps et l’esprit commencent à envoyer des signaux de plus en plus forts. Xavier est victime de tremblements. Les sautes d’humeur deviennent récurrentes et une fatigue chronique s’installe.

À 36 ans, il décide finalement de pousser la porte des AA. Un choix dicté par l’énergie du désespoir plutôt que la volonté d’arrêter.

Je me suis dit que c’était ma dernière chance de ne pas finir à la rue. J’ai arrêté de boire dès ma première réunion. Les premières 24 heures que j’ai passées sans boire, c’était révolutionnaire !

Près de 30 ans plus tard, Xavier est toujours abstinent. Pour autant, l’homme demeure vigilant.

« Si je venais à reboire, il est évident que je redeviendrais très vite accro. On boit pour s’échapper, combler un manque, souligne le retraité. Il faut prendre conscience de nos dérives pour ne pas replonger. »

Nicolas, abstinent depuis un an : « Je ne suis pas un ancien alcoolique, je suis alcoolique »

Comme toute maladie chronique, l’alcoolisme peut rejaillir brutalement. Ce fut le cas pour Nicolas, 43 ans. Diagnostiqué bipolaire à l’âge de 20 ans, il fait de l’alcool son « médicament ». « C’était un anesthésiant, un anxiolytique, un antidouleur… », énumère-t-il.

J'étais conscient d'être alcoolique. D'ailleurs, ma compagne trouvait que les bouteilles descendaient vite à la maison.

En 2008, âgé de 33 ans, il se rapproche des AA sur conseil de ses proches. « La première année, j’étais dans l’euphorie de la découverte. Je pensais avoir tout compris pour m’en sortir. J’avais tout faux. »

Au final, Nicolas connaît quatre rechutes. Pour lui, le chemin vers l'abstinence s'apparente à un escalier : « chaque étape est une marche qu'on a réussi à gravir mais on peut aussi bien dégringoler, dit-il. Des tentations, il y en aura toujours, il faut l'accepter ».  

Abstinent depuis un an, il se dit aujourd’hui plus serein, mais pas tiré d’affaire. « Je ne suis pas un ancien alcoolique, je suis alcoolique. À force de retomber dans les mêmes travers, j’ai compris

Eliane, abstinente depuis 6 ans : « L'alcool est une drogue dure en vente libre »

Des rechutes, Eliane aussi en a connu. C'est vers ses 20 ans qu'elle commence à boire plus que d e mesure. Une manière de faire taire les pensées qui lui « pourrissaient la tête ». 

« Je n'ai jamais bu de façon festive. L'alcool n'a jamais été un plaisir, lâche-t-elle. Mon cerveau avait découvert une substance magique qui me faisait tout oublier. » C'est en 2001, après de multiples hospitalisations en psychiatrie qu'elle accepte d'assister à une réunion des Alcooliques Anonymes

Une infirmière à qui je me confiais souvent m'avait remis une brochure des AA. Au fond de moi, je savais que ma consommation était anormale, mais il a fallu que j'assiste à une réunion pour l'accepter.

Le sevrage est long, mais Eliane continue d'assister aux réunions, de se passer d'alcool « 24 heures après 24 heures ». Malgré toute sa bonne volonté, une grossesse compliquée rend les choses plus difficiles. En 2013, Eliane rechute. 

« Revenir à la réalité après avoir bu, c'est horrible, confie-t-elle. Mais j'ai toujours retrouvé le chemin des Alcooliques Anonymes, parce que j'ai toujours l'espoir d'aller mieux. »

Un espoir qui s'est, petit à petit, concrétisé. Eliane est abstinente depuis six ans.
« Il m'est arrivé de manger un bonbon à l'anis que j'ai immédiatement recraché, ça me rappelait trop le goût du Ricard, se souvient-elle. Aujourd'hui, pour moi, l'alcool est une drogue dure en vente libre. »

 

 

"Congrès des Alcooliques Anonymes à Montluçon : des "abstinents" témoignent

RJFM (France), 8 Novembre 2019

 

JEAN-MARIE, 70 ANS, ANCIEN ALCOOLO-DÉPENDANT : " J'ÉTAIS JUSTE CAPABLE D'ACHETER DE L'ALCOOL, ET DE BOIRE..."

 

C’est la deuxième cause de mortalité prématurée en France : chaque année, on impute à la consommation excessive d’alcool plus de 41.000 décès. La lutte contre la dépendance est de fait un enjeu majeur de santé publique. Et parmi ceux qui œuvrent depuis plusieurs décennies, il y a les Alcooliques Anonymes.

L’association tient son congrès national demain et dimanche au centre Athanor. Plus de 600 personnes venues de toute la France sont attendues pour une série de tables rondes, d’échanges d’expériences.

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Publié dans AA france

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