"Le groupe Al Anon “Nogent Espoir” accueille les familles et amis des malades alcooliques"
in "L'Echo Républicain" (France), 19 janvier 2018
Membre de l'association Al Anon depuis 1987, Annie habite dans le Perche à Fontaine-Simon depuis dix ans. Les groupes de parole familiaux Al Anon sont ouverts à tous ceux qui ont dans leur entourage un proche qui a un problème avec l'alcool, un parent, un enfant, un ami, un conjoint…
Comment avez-vous découvert Al Anon ? J'avais un mari qui buvait. Quand mon deuxième enfant est né, je lui ai demandé de quitter le domicile, je ne savais pas à l'époque, en 1980, que c'était une maladie. J'avais 25 ans et je suis restée désemparée avec mes deux enfants. En cherchant à trouver l'âme sœur sur des sites de rencontres, j'ai eu un coup de foudre qui était réciproque pour un homme qui m'a assuré ne pas boire. En fait, il était alcoolique et en pleine rechute. Il a rejoint un groupe des Alcooliques Anonymes qu'il avait déjà fréquenté et m'a orienté vers une association qui venait en aide aux proches des alcooliques. C'est ainsi qu'en 1987, je suis devenue membre des groupes familiaux Al Anon.
Vous avez dû quitter ce second compagnon… J'ai dû partir pour me protéger et protéger mes enfants. J'étais hébergée à droite et à gauche, je le quittais et je revenais car, à chaque fois, il y avait des promesses. On vit un peu dans un monde virtuel et puis, à un moment, on regarde la réalité en face et on prend conscience que ce que l'on vit est épouvantable, qu'il n'y a pas de possibilité de changement. J'ai fini par le quitter définitivement un soir de 1988 où il était ivre mort. Je me suis retrouvée à la rue avec mes enfants et j'ai été prise en charge par un foyer d'aide aux femmes en difficulté. Je n'avais plus envie de vivre. Heureusement que j'avais le soutien de l'association Al Anon et des groupes de parole.
Quelle est la différence entre Les Alcooliques Anonymes et Al Anon ? L'association des Alcooliques Anonymes accueille des gens qui ont un problème d'alcool. Al Anon, ce sont des groupes de parole ouverts à tous ceux qui ont dans leur entourage un proche qui a un problème avec l'alcool, un parent, un enfant, un ami, un conjoint. Al Anon perçoit l'alcoolisme comme un mal familial, ses conséquences touchent tous les membres de la famille. Ils vivent dans l'anxiété, l'angoisse, avec la peur de la violence, développent un sentiment de culpabilité… Et même quand la personne proche a arrêté de boire, la situation ne s'arrange pas forcément dans les familles car toutes les relations ont besoin de se réajuster. L'entourage a besoin de se rétablir. Il ne faut pas rester seul.
Pourquoi avez-vous créé ce groupe Al Anon à Nogent-le-Rotrou ? Je suis membre du groupe Al Anon de Chartres où je vais tous les samedis. Cela fait presque 100 km aller retour. Avec deux amies de ce groupe, Gabriela et Josette, nous avons eu l'idée d'ouvrir une permanence à Nogent-le-Rotrou. Nous avons été soutenues dans notre projet par le réseau santé social.
« Si j'avais su que vous existiez avant ! »Comment fonctionne le groupe actuellement ? Nous avons accueilli deux nouveaux membres mais l'idée est quand même de nous étoffer. Ce n'est pas facile mais on s'accroche car cela concerne tellement de monde. Le problème, c'est d'arriver à se faire connaître. Et puis, il y a toujours un tabou. Avoir un conjoint alcoolique reste une honte pour beaucoup de personnes. Nous vivons dans une société assez superficielle, on voit le haut de l'iceberg, on parle de beaucoup de choses mais en dessous, il y a la réalité de la vie de tous les jours. Je sais que certaines personnes ne viendront jamais car elles ont peur de croiser des gens qu'elles connaissent, c'est dommage car nos rencontres sont basées sur l'anonymat. La plupart des gens qui nous rejoignent nous disent : "Si j'avais su que vous existiez avant !" »
Pratique. Le groupe familial Al Anon de Nogent-le-Rotrou se réunit le premier et troisième vendredi de chaque mois, à 18 h 30, au centre socioculturel, 74 rue Gouverneur.
