"Au lieu d'un cachet, on prend une dose d'amitié": face à l’alcool, là, ils ne se sentent plus seuls...
in "La Presse d'Armor" (France), 7 Mars 2026
Dépendants à l’alcool, ils essayent de prendre un nouveau départ grâce au soutien des Alcooliques Anonymes. Rencontre et témoignages au groupe local de Paimpol (Côtes-d’Armor)…
Petits ou grands pas, parfois de côté, mais toujours l’un après l’autre, les Alcooliques Anonymes se soutiennent dans leur désir de rompre avec l’alcool.
Ils sont discrets, ne font pas parler d’eux ou très peu. Pourtant, implantés dans 180 pays et mis en lumière en France dès 1960 par Joseph Kessel dans un article publié dans France Soir, ils n’ont jamais cessé d’agir pour rendre leur dignité à ceux que l’alcool a mis à terre : ce sont les Alcooliques Anonymes (AA).
Dans la ville de Paimpol (Côtes-d’Armor), derrière la façade de la ville Labenne, une porte s’ouvre chaque mercredi soir pour ceux qui ont décidé de rompre avec le silence. Ici, le groupe local des Alcooliques Anonymes offre bien plus qu’une simple réunion : il propose un nouveau départ.
Loin de l’agitation de la ville et de son port, les membres se retrouvent dans une atmosphère de bienveillance. La règle est simple et gravée dans le marbre : l’anonymat et pour ce faire, les prénoms des participants ont été modifiés.
Les étiquettes s’effacent
Dans cette salle, les étiquettes sociales s’effacent. On ne vient pas avec son métier ou son statut, mais avec son humanité et son désir sincère d’arrêter de boire.
Ce mercredi 25 février, une dizaine de membres, hommes, femmes, de tous âges étaient présents pour cette réunion ouverte du dernier mercredi de chaque mois.
Réunion ouverte, c’est-à-dire accueillant toutes personnes désireuses d’échanger sur le thème de l’alcool, un proche, un soignant, un travailleur social, un journaliste…
Les autres mercredis du mois sont consacrés aux réunions fermées, réservées aux personnes qui ont un problème avec l’alcool ou pensent en avoir un. La réunion fermée protège l’anonymat et l’intimité des membres.
À Paimpol, comme dans chaque groupe, que l’on soit abstinent depuis plus de 30 ans, 20 ans ou moins de 6 mois, chacun vient avec sa propre histoire. Les AA partagent en commun leur volonté d’arrêter l’alcool en ayant conscience que cet équilibre peut basculer.
« L’alcool, c’est la partie émergée de l’iceberg »
L’isolement, ce sentiment de vide est souvent le premier complice de l’addiction.
On boit pour combler un manque émotionnel, un vide, on se sent plus fort avec l’alcool. Joséphine
Christian, un autre membre ajoute : « L’alcool, c’est la partie visible de l’iceberg qui cache un problème de fond ».
Le groupe fonctionne comme un filet de sécurité. Le partage d’expériences permet de comprendre que l’on n’est pas seul face à la maladie.
Chaque témoignage, qu’il soit douloureux ou empreint d’espoir, résonne comme un écho prometteur et encourageant pour les autres participants.
« Être écouté sans être jugé est important »
« Chacun est passé par là, on sait que l’on est compris, pas de jugement entre nous, que de la confiance », précise Annie.
Participer aux groupes, c’est comme recharger les batteries, au lieu d’un médicament, d’un cachet, on prend sa dose d’amitié. Didier, 23 ans
Éloignés de leur résidence habituelle, les membres savent aussi qu’ils pourront rejoindre provisoirement un autre groupe, en France ou à l’étranger.
« Être écouté sans être jugé »
Les AA ne rejettent personne, on retrouve dans le groupe, « anciens buveurs », car rien n’est acquis et personnes encore dépendantes, voire parfois alcoolisées.
Le parcours de l’alcoolique est tout tracé, la maladie est progressive, fatale et mortelle si l’on ne fait rien. Christian
« Il n’est pas rare que les soignants nous orientent des patients, ne pas rester seul, être écouté sans être jugé est important » , renchérit Didier.
30 ans en 2027
Le groupe des AA de Paimpol fêtera ses 30 ans en 2027. Il est l’un des 38 groupes bretons qui se retrouveront à l’occasion de la 35è convention régionale à Ploërmel du 19 au 21 juin. « C’est ouvert à tout le monde » , précise encore Didier.
Arrêter l’alcool est un combat jamais gagné, on avance pas à pas, un jour après l’autre vers une abstinence qui peut chavirer imperceptiblement : « juste une fois » et tout redevient incontrôlable dans la rechute.
Le programme de groupes AA est basé sur la connaissance de soi et la solidarité, « de la fraternité et de l’amitié », commente Annie.
« Addiction invisible »
Dans le groupe de ce mercredi, les femmes sont les plus nombreuses et naturellement la discussion s’engage sur le sujet.
Si l’alcoolisme féminin n’est pas distingué de celui des hommes par sa nature, on parle davantage « d’addiction invisible » et de culpabilité en fonction de l’image que la femme doit renvoyer dans la société : mère, épouse. Aujourd’hui, la parole se libère amenant à une prise en charge plus précoce que la clandestinité et le déni retardaient.
Mais, au fait, c’est quoi être alcoolique ? C’est quand on perd tout contrôle de sa consommation souvent de façon inconsciente.
Cette consommation ne se mesure pas uniquement à la quantité bue, mais à la place centrale que prend l’alcool dans la vie et à la souffrance que génère l’impossibilité de s’en passer, pour soi et ses proches ; on peut être alcoolique sans jamais avoir été ivre…
Alcooliques Anonymes : 09 69 39 40 20 ; www.alcooliques-anonymes.fr ; réunion du groupe de Paimpol, tous les mercredis du mois à 19 h 30, quelle que soit la période, à la villa Labenne – 3e mercredi destiné aux réunions ouvertes. Les groupes Al-Anon et Alateen sont destinés à toute personne estimant avoir été affectée par la consommation d’alcool d’un proche : famille, enfant, amis, collègues : Saint-Brieuc (saintbrieuc.alanon@gmail.com/07 68 35 93 34) ; Lannion (al-anon22@gmail.com/07 68 35 93 34)
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