« Arrêter l’alcool, c’est aussi prendre un risque »
Arnaud Cunin est éducateur spécialisé au CSAPA (centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie) de Saint-Dié-des-Vosges. Dans son petit bureau, il prend le temps d’écouter, de conseiller et d’accompagner toute personne ayant une conduite addictive.
Comment fonctionne un CSAPA ?
« Les CSAPA se proposent d’accueillir toute personne qui pense avoir un problème avec un comportement lié par exemple à un objet comme la drogue, l’alcool ou l’argent, ou toute personne ayant un problème avec le comportement d’un autre. L’accueil est gratuit, confidentiel et avec une possibilité d’anonymat. Je commence par mener un premier entretien de rencontre, évaluer le problème et le changement envisagé. En fonction de cela, il y a un projet d’accompagnement défini qui peut mobiliser des ressources internes, des rendez-vous avec des psychologues ou des infirmiers, un accompagnement au long cours… Nous pouvons aussi mobiliser des ressources externes comme des centres hospitaliers pour organiser des désintoxications à l’alcool. Ce sont des périodes où les personnes se mettent en sécurité dans un service. Parce qu’arrêter l’alcool, c’est aussi prendre un risque. »
Que se passe-t-il dans la tête d’un malade qui décide d’arrêter de boire ?
« La consommation a un rapport avec l’intime, avec le rapport au plaisir. Nous ne pouvons pas interroger ce qu’il se passe dans la tête des personnes mais nous pouvons travailler sur la consommation. À quoi ça leur sert ? À se détendre après le boulot ? À se couper des obligations familiales et professionnelles ? Cela permet de remettre du sens. Il y a aussi la dépendance physique. Pour quelqu’un de très dépendant, il y a des manifestations physiques comme des crises d’angoisse, des tremblements, des sueurs… »
Pensez-vous que les groupes de paroles puissent être une solution ?
« Je pense que c’est une ressource mobilisable. D’avoir la possibilité de rencontrer des pairs, qui ont une expérience, qui peuvent montrer qu’il y a une issue… Moi j’en parle systématiquement aux personnes que je rencontre, je les invite à réfléchir à cette possibilité. Ça ne correspond pas à tout le monde. Certains y trouvent un réel intérêt, d’autres disent que ce n’est pas pour eux. L’alcool s’inscrit facilement dans le quotidien des gens, c’est accessible. Le regard social, les comportements sous l’influence de l’alcool sont mal jugés. Il y a tout un tas de choses à restaurer. Il y a des choses qui peuvent se résoudre seul. Mais peut-être qu’en étant accompagné, ce sera moins compliqué. »